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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 1 : Rencontre nocturne.

Chapitre 1 : Rencontre nocturne.

 

4000 ans auparavant, durant le Moyen Âge de la Terre.

 

 

La forêt chuchotait, emplie du bruissement des insectes, des appels de créatures nocturnes, à qui des réponses lointaines semblaient parfois parvenir. De petits mammifères vaquaient à leurs occupations, grignotant qui des escargots, qui de petites pousses tendres... Sans se rendre compte un seul instant que le prédateur ultime les frôlait presque parfois, semblant savoir parfaitement où se diriger. Les nuages se déchirèrent lentement. La lune, d’abord timide, puis majestueuse, teinta la scène de sa lumière diaphane, révélant une fine silhouette vêtue de noir, silhouette assurément féminine, se glissant lentement entre les diverses essences de la forêt …

            Un léger bruit, provoqué intentionnellement ainsi qu'un souffle tout proche lui firent fermer les yeux l'espace d'un instant, tandis qu'elle saturait ses poumons, inhalant lentement le léger parfum de la personne qui venait de la rejoindre. Deux regards de velours, dorés, se croisèrent, tandis que son pouls s’accélérait. Un sourire, auquel elle répondit en retour, chacune laissant entrevoir le reflet acéré de l’ivoire. La nouvelle venue portait la même tenue, et chacun de ses gestes était lui aussi empreint de cette grâce innée, qui n'appartient qu'aux plus terribles prédateurs.

            Lourna sentit une main glisser lentement le long de ses reins, la deuxième ne tardant pas à rejoindre la première. Les deux jeunes femmes s'enlacèrent, un long baiser les unissant, jusqu'à ce qu'un léger bruit attire leur attention, les faisant sourire. Rompues à traquer les humains comme elles l'étaient, il était évident que ce n'était pas un autre prédateur nocturne qui venait d'aussi maladroitement casser une branche en marchant dessus... Il ne leur fallut pas bien longtemps pour découvrir l'origine du bruit : un jeune braconnier, semblant relever un collet à la faveur de la nuit.

— Orlane ?

            La plus jeune des deux créatures sourit, se mouvant silencieusement. Par jeu, elle détacha une petite branche morte d'un pin et la fit craquer entre ses doigts. Le braconnier se retourna d'un bond, paniqué, lâchant le lièvre qu'il tenait dans ses mains, s'attendant certainement à se retrouver face à l'un des gardes de sa seigneurie. Mais pas face à ça...

Grandes, altières, les yeux à présent verts, atrocement belles. La beauté d’un prédateur qui vous observe de ses yeux d’émeraude, phosphorescents, et auquel il est complétement vain de vouloir échapper.

            Impuissant, il les vit s'approcher de lui, incapable de seulement reculer. L'une d'entre elles lui sourit… Et il aurait donné n’importe quoi pour ne pas voir ce sourire… Une main frôla sa joue… Curieusement, alors qu'il s'attendait à un contact glacé, il fut surpris de le trouver doux et chaud. Un souffle imperceptible sur son cou… Une brève douleur … Un léger étourdissement… Un voile noir...

            Et un cri, un véritable hurlement, qu'il ne pouvait déjà plus entendre :

— Vous ne m'échapperez pas !

            Les deux chasseresses analysèrent la situation en une fraction de seconde : un humanoïde revêtu d'une armure d'or et d'ambre, semblant émerger des ténèbres, comme laissant glisser sur lui un manteau d'ombre, camouflage des plus improbables. Armure à présent légèrement luminescente, menue, semblant née de l'impossible mariage du verre et de l'acier, complétement recouverte de runes lumineuses, de la couleur changeante du feu, semblant onduler lentement sur la surface de métal, se déplaçant, même.

La silhouette fit un pas dans leur direction. Son avant-bras gauche était surmonté par un étroit canon dont la gueule émettait une lumière bleue semblant vivante, pulsant comme un cœur, nimbé d'étincelles violette. Le casque, quant à lui, complétement opaque, semblait ne laisser aucune possibilité à son occupant de voir à travers.

            En dehors du contexte hallucinant de cette rencontre des plus improbables, en pleine forêt, entre des créatures mystiques et une autre semblant émerger d'un futur lointain, ce fut l'aura meurtrière qui émanait du nouvel arrivant qui interpella le plus Orlane et Lourna... Un véritable tueur, puissant, lui aussi, et résolu, pas de doute. Les deux jeunes femmes braquèrent leurs yeux sur l'arrivant, chacune essayant de broyer la volonté de leur adversaire. Elles se savaient capable de stopper un ours en pleine charge, simplement en brisant son esprit, en le rendant fou de terreur.

            Aucun contact positif, autant essayer de terroriser une chute d'eau... L'inconnu leva son bras gauche. Mieux valait jouer la sécurité et opter pour une prudente retraite. Les deux femmes s'évanouirent purement et simplement dans le sous-bois.

            A l'intérieur du casque, un écran donnait une image en temps réel de l'extérieur. Écran inondé de symboles et de runes diverses, rapportant une foule d'informations sur l'environnement immédiat et sur l'état de santé de l'occupant et de son armure. Vitesse des battements de cœurs, pression artérielle, état de fatigue, état du bouclier psychique. État de l'armure, inventaire des possibles dommages, niveau énergétique… Et enfin les différents viseurs et systèmes d'acquisition des cibles.

                        L'humanoïde extirpa une seringue d'un compartiment logé dans la jambe droite et fit rapidement une injection au braconnier, avant de se relever lentement. Il fit un léger pas en avant, la partie de chasse semblant à présent complétement jouée, déjà largement distancé.

 C'est alors que la voix se fit à nouveau entendre, résonant comme un défi au travers de la nuit, énonçant distinctement, comme activant des commandes vocales :

— Modification de gravité ! Activation ! prononça-t-elle en s'élevant de quelques centimètres au-dessus du sol, engageant la poursuite.

            Acquisition des paramètres cibles ! poursuivit-elle toujours à voix haute, comme pour se donner du courage.

            Recherche automatique de solution de tir : activée !

            Enhanceur musculaire, 90% !

            Mode combat : activé !

            Interface de chasse, mode nocturne, modification !

            Le bruit d'une arme qui n'appartient pas à ce monde, pas encore, et qui charge. Un flash, suivi d'un nouveau cri :

— Vous ne m'échapperez pas !

            Des bruits feutrés dans les sous-bois seulement éclairés par la lune, nimbés de brume. Derrière les deux silhouettes qui fuient, la troisième semble à présent mener la chasse, se déplaçant très rapidement à quelques centimètres du sol, revêtue de son armure, qui semblait être un véritable exosquelette d'une conception inimaginable de perfection.

            Le bruit de l'arme se fit à nouveau entendre, et un second flash jaillit vers la plus proche des fuyardes, qui esquiva en se jetant au sol, reprenant ensuite sa course au terme d'un rapide roulé boulé.

            La surprise se lisait dans leurs regards, et l'incompréhension également. Elles couraient maintenant depuis plus de dix minutes, depuis que leur "repas" avait été interrompu...

            Elles avaient l'habitude de traquer leurs proies, pas de fuir. Mais la créature qui venait de les prendre en chasse semblait elle non plus ne pas appartenir à ce monde... Elles couraient pourtant à une vitesse inimaginable, leur vision nyctalope leur permettant de voir comme en plein jour, d'éviter les branches, les arbustes, de sauter par-dessus les fossés et les bosses naturelles qui composaient ce petit morceau de forêt où elles savaient trouver une proie. Mais l'inconnu, ou plutôt, l'inconnue, au son de sa voix, les pourchassait sans aucun problème, les rattrapant même, alors qu'elles avaient une avance de plusieurs kilomètres...

            C'était de la démence pure et simple... Aucune de leurs ruses n'avait fonctionné, et il était absolument hors de question pour Lourna de se séparer d'Orlane. En pleine époque médiévale, sur Terre, et bien que larges d'esprit, de par leur nature, elles se demandaient à quelle sorte de démon elles pouvaient bien avoir à faire.

            L'obscurité se fit plus dense, comme le sous-bois s'épaississait, la nature de la végétation changeant peu à peu au rythme de leur course effrénée. Le terrain à présent en pente et de plus en plus chaotique, elles se retrouvèrent meurtries par de véritables murs d'épineux, qu'elles ne parvenaient plus à éviter. Le bruit de l'arme démoniaque se fit entendre une nouvelle fois, suivi d'un éclair de lumière et d'un cri étouffé, tandis que la jambe de l'une des Immortelles était frôlée par le rayon de chaleur.

— Orlane ? Interrogea la deuxième.

            Celle-ci serra les dents et fit non de la tête, poursuivant sa course.

— On ne va pas tenir longtemps, ma chérie, ahana-t-elle.

— On va l'affronter au corps à corps, elle est plus rapide que toi, on ne lui échappera pas de toute façon. Plus rapide que toi ne veut pas dire plus forte que moi, hein…

            Nouveau battement de cils d'Orlane, en guise d'acquiescement. Elles firent demi-tour au même moment, avant de s'élancer vers leur poursuivante, dans l'intention évidente de la prendre en tenaille.

            " Un suicide collectif ? " s'interrogea avec amusement la femme en armure.

— Neuro vitesse : optique ! Modification !

Interface de combat : corps à corps ! Modification !

            Campée sur ses deux jambes, elle attendit ses deux adversaires, sûre de sa force. Au moment de l'impact, tandis que les deux Immortelles frappaient, l'une avec un coup de pied à la tête, l'autre projetant ses doigts recourbés comme des griffes, visant la gorge, l'armure, comme animée d'une volonté propre, fit mouvoir ses bras avec une vitesse inouïe pour bloquer les deux coups.

            Elle avait vu les deux femmes fuir, avec une certaine rapidité, certes, mais les avait néanmoins aisément rattrapées. Elle leur avait tiré dessus alors qu'elles étaient en mouvement, et en avait frôlé une. Elle pensait la partie de chasse terminée…

            Elle ne comprit son erreur que lorsque la presque totalité des indicateurs de l'écran de son armure virèrent au rouge sous les deux impacts. Elle pivota et ne dut de rester debout qu'au fait que son annihilateur de gravité soit enclenché. Un troisième coup en plein plexus, porté de la paume de la main par Lourna, la projeta avec violence contre un chêne proche où elle s'écrasa sur le dos, ses deux bras projetés en arrière de chaque côté de l'arbre.

            Malgré un procédé technologique faisant en sorte que son corps reste toujours à équidistance des bords de son armure, sans jamais la toucher, pour limiter les chocs en cas d'impact, un voile rouge recouvrit ses yeux et elle ne put retenir un gémissement.

            Une telle force était impensable... Son armure était un véritable joyau technologique. Elle-même était modifiée, techniquement et biologiquement. Elle ne pouvait pas... Elle n'eut pas le temps de penser davantage.

            Orlane la prit par les épaules, lui sourit gentiment, et projeta son genou au niveau de son estomac avec un Han! de bûcheron, y mettant toute sa force, créant une onde de choc telle que le chêne derrière se brisa, avant de s'écrouler lentement dans un fracas épouvantable, entraînant dans sa chute toute la végétation qui se trouvait sur son passage. Elle ne lâcha pas celle qu'il fallait bien à présent appeler leur victime et continua à la tenir par les épaules.

            Elle murmura :

— Tu sais ce que j'adore avec les coquillages ? Non, bien sûr, tu ne peux pas savoir, dit-elle en se passant lentement la langue sur les lèvres. Ce que j'adore, vois-tu, c'est les ouvrir...

            Elle souleva l'exosquelette au-dessus de sa tête, le tint quelques instants à bout de bras, dos vers le sol, et le fit tomber brusquement de tout son poids sur la souche de l'arbre qui venait d'être abattu.

            Cette fois ce fut un véritable hurlement qui se fit entendre.

— Tiens, tu entends Lourna ? Ça peut crier autre chose que des choses incompréhensibles ou des méchancetés, rit Orlane.

            Une telle force... Les yeux grands ouverts, en état de choc, incapable de se relever, elle fit rapidement un check-up : Niveau énergétique : 15%. Des antidouleurs étaient en train de lui être injectés. Plusieurs fractures au niveau du dos et des bras, la colonne vertébrale touchée...

            Elle ne s'était pas méfiée, et c'est maintenant, sur le dos, brisée comme une poupée de chiffon, qu'elle le remarqua. Elle s'en aperçut, elle le décela : celles qui auraient dû être ses proies respiraient. Elles respiraient, comme tout un chacun, comme les mammifères, comme les êtres vivants de cette planète... Son gibier habituel ne respirait pas. Sur quoi, était-elle tombée ?

            Elle grelota, avant de jeter un regard sur la température interne de son armure : 22 degrés Celsius... Pourquoi ai-je si froid, pensa-t-elle. Une hémorragie interne ? "

Elle lança un nouveau check up. Non… Une rapide analyse. " Je vois, j'ai froid car elles me terrifient, le bouclier psy vient de céder, lui aussi. J'ai peur, comme une souris cernée par deux chats. "

            Orlane interrompit ses pensées :

— Bon, alors, on l'ouvre, ce coquillage ?

            " Elle s'amuse, l'autre non, elle doit être beaucoup plus jeune, ne put-elle s'empêcher de penser tandis qu'Orlane la remettait sur pied, plaçant ses mains sous ses aisselles, l'adossant à un nouvel arbre. Elle ferma les yeux, comprenant qu'elle allait mourir, tandis que son écran s'éteignait, alors que des mains dotées de doigts capables de déchirer l'Orichalque perçaient son casque par le milieu, avant de le briser en deux en tirant de chaque côté.

            " Je vais mourir, mais je meurs en voyant l'impensable, elles sont incroyables... "

Privée de respirateur, elle hésita, puis respira difficilement une première fois l'air chaud de la nuit.

— Mais qu'avons-nous là ? demanda Orlane d'un ton enjoué.

            Le casque arraché avait révélé la frimousse d'une humaine avoisinant la vingtaine d'années, aux longs cheveux de miel et à la peau légèrement cuivrée, dotée de grands yeux marron qui lui mangeaient le visage.

— Mais c'est comestible en plus, continua-t-elle à rire en approchant son visage du cou de la blondinette et en inspirant profondément. Je peux te mordre ? Tu as goût de quoi ?

— Tu as un nom ? l'interrompit Lourna. Je t'ai entendu parler notre langue.

— ...

— Ma chérie te demande comment s'appelle le miam de ce soir, murmura Orlane à son oreille.

— Orlane, repose-la doucement par terre, s'il te plait.

            Celle-ci tourna la tête vers sa compagne, interrogative.

— Elle est inoffensive, à présent, alors repose-la par terre, s'il te plait. On ne risque plus rien. C'est terminé. Et elle le sait.

            Après une infime hésitation, Orlane fit descendre lentement sa victime au sol, et l'adossa doucement contre la base de l'arbre, faisant en sorte qu'elle soit naturellement calée en position assise et ne puisse glisser sur le côté. Elle lâcha ensuite sa prise et se rapprocha de sa compagne, se coulant derrière elle et l'enserrant par la taille.

— Tu es quoi, un démon ?

            L'intéressée secoua lentement la tête en signe de dénégation, meurtrie, épuisée et à présent complétement incapable de bouger, son armure quasiment morte pesant un poids fou sur elle, emmurée vivante dans ce qui aurait dû lui servir de protection.

— Tu viens d'où ?

            Lourna se libéra tendrement d'Orlane avant de se rapprocher, impressionnante de grâce et de s'accroupir lentement, pour se mettre au niveau de son interlocutrice.

— Je vais être franche avec toi, mademoiselle l'inconnue en armure, continua posément Lourna. Je ne sais absolument pas quoi faire de toi... Pourquoi nous avoir agressées ? Comment fais-tu pour voler ? C'est quoi cette espèce d'armure en métal ? Comment fais-tu pour supporter le poids d'une telle chose ?

            Sa victime toussa et cracha du sang.

— Tu as du mal à parler... Et tes poumons semblent touchés... Peux-tu encore marcher, avec ton armure ?

            Ce fut d'une voix naturellement rauque, chaude, semblant venir du fond de la gorge, que l'inconnue répondit :

— Je pense être paralysée à vie... Avant que vous ne m'enleviez mon casque, j'ai eu le temps de faire un dernier check-up, ma colonne vertébrale est touchée... Mon armure est quasiment privée d'énergie, j'ai des côtes cassées, si je la garde dans cet état, je vais finir étouffée... Ou mes côtes finiront par perforer mes poumons.

 — Tu emploies plein de mots que je peine à comprendre... Tu es sûre que tu es paralysée ?

            La guerrière répondit par un nouveau léger signe de tête.

— Orlane, relève-la, tu vas la porter.

            Celle-ci s'approcha à son tour de la jeune femme à terre.

— Allez-vous me tuez ou me faire du mal, à présent ?

            Orlane approcha une nouvelle fois son visage et fit glisser lentement sa langue tout le long de la gorge de la jeune femme en murmurant, mutine :

— Il faut bien avouer que c'est très tentant... Si tu savais comme j'ai faim…

— J'ai un petit peu peur de mourir…

            Orlane émit un petit rire, avant que Lourna ne déclare, incrédule :

— Pardon ? Tu as un petit peu peur de mourir ?

— Oui… répondit une petite voix.

— Tu nous as prises en chasse, tu as blessé la femme que j'aime, tu es à ma merci et tu me dis ça ? Mais te rends-tu compte de l'emprise que cela me donne sur toi ?

— Oui…

— Au moins tu es sincère, s'amusa Orlane, son nez toujours collé contre le cou de sa victime.

— Je crois que c'est important que je ne meure pas, mais je ne sais pas pourquoi… Je ne sais plus… souffla difficilement la jeune femme, les larmes lui montant aux yeux. J'ai fais ce qu'il fallait faire, je promets, mais je ne sais plus… Je ne sais plus, vous comprenez, continua-t-elle le visage à présent baigné de larmes. Je ne sais plus… conclut-elle, semblant inconsolable. C'est atroce… Vous devez savoir, mais je sais plus…

Et elle éclata en pleur.

            Lourna regarda fixement pendant plusieurs secondes celle qui les avait prises en chasse, ses grands yeux marron, son visage qui semblait si jeune et qui semblait à présent si inoffensive, comprenant qu'elle était en état de choc, mais pas seulement. Il y avait autre chose, mais elle avait du mal à mettre le doigt dessus.

            La jeune femme se mit à tousser violemment et cracha à nouveau du sang lors d'une quinte de toux terrible, hoquetant, son visage livide à présent complétement ravagé par le chagrin.

— Elle va claquer, constata calmement l'Immortelle, avant de poser sa main sur le front de la jeune fille.

            Elle força la conscience de la jeune femme à basculer du rouge vif de la douleur vers le noir libérateur de l'inconscience, la faisant s'assoupir instantanément.

— On va essayer de lui enlever son armure. Elle a dit avoir des côtes cassées.

— Lourna ?

— Oui ?

— Il y a encore ces petits symboles qui luisent comme du feu…

            Lourna inspecta l'un des avant-bras et tira doucement sur ce qui pouvait être pris pour un gant. Une certaine tension opposa une résistance, mais finit par céder. Elle rapprocha à nouveau les deux bords de l'armure qui se recollèrent avec un bruit mat.

— On dirait que ça tient une fois très proche... Mais en forçant, ça vient. On va pouvoir la lui enlever.

            Après quelques minutes, Orlane demanda :

— Pourquoi on fait ça ?

— Je ne sais pas chérie, je t'avoue que je ne sais pas. Tu veux lui briser le cou ?

— Pas plus que ça, non, avoua Orlane, légèrement intriguée. Pourtant ce serait le plus simple… Elle mériterait…

— Oui, mon ange, elle t'a blessé… Je ne sais pas trop quoi te dire… C'est peut être une vague intuition... Ce n'est certainement pas un démon, ni un esprit... J'ai envie d'en savoir plus, et elle semblait nous connaître. De plus, elle ne ment pas. Elle a été d'une franchise absolue. Tu as vu ses yeux ? J'ai presque eu l'impression qu'elle nous offrait son âme en pâture. J'ai rarement ressenti ça, Orlane. Rarement.

— Oui, je sais. Elle est nue là-dessous… constata Orlane, plus qu'intriguée.

— Il semblerait bien, oui. Ce doit être à cause de toutes ces espèces de ventouses qui collent à sa peau et sont reliées par un fil au métal...

— Lourna, c'est quoi, cette fille ? C'est quoi cette armure ? Je comprends rien... avoua-t-elle après un court silence.

— Et moi, pas grand-chose de plus que toi, fit-elle dans un sourire. La soirée commençait pourtant bien, dit-elle avec un petit rire. Fais attention, elle a une aiguille de métal plantée dans l'une des veines de l'avant-bras...

— De ce côté-ci aussi...

— Enlève-la doucement, elle est déjà assez abîmée comme ça...

            Orlane effleura les lèvres de son amante d'un baiser pour toute réponse. L'armure détachée finit par révéler une femme toute menue, quasiment sans poitrine, saignant de plusieurs endroits, le corps couvert d'ecchymoses. Pour seul atour elle portait une petite chaîne autour du cou, semblant constituée de la même matière que l'armure qu'elle portait jusqu'à il y avait peu. Une rune magnifiquement ciselée et sculptée dans de la pierre verte y était finement enchâssée.

— Si j'avais su que… commença Orlane. Je ne comprends pas… Elle me fait de la peine… Ça me fait de la peine de la voir comme ça…

            Elle finit par secouer la tête, comme pour chasser une mauvaise pensée.

 — De la peine… A moi…

— Elle nous a agressées, on s'est juste défendues, c'est tout, coupa Lourna, semblant ennuyée également. On était deux, on était plus fortes, c'est la loi de la nature. Mais elle a souffert, oui.

— Je sais ce que tu penses des lois de la nature... Et je n'ai jamais éprouvé de peine pour personne. C'est un sentiment que je n'aime pas du tout…

— C'était une façon de parler... Elle est encore en vie, pour elle, actuellement, c'est le principal, conclut Lourna, fronçant néanmoins les sourcils, intriguée elle aussi.

            Orlane la souleva comme un fétu de paille.

— On va où ? A l'auberge ?

— Oui, je veux un lit, un endroit tranquille pour finir la nuit et pouvoir poser les questions que j'ai envie de poser. Et il y en a… Mais avant, je vais dissimuler tous ces morceaux de métal, je reviendrai demain... Et tu passeras par la fenêtre avec notre bagage... Inutile qu'un client noctambule ne te voit passer !

Prochain chapitre : Personne ne touche à Orlane, personne !

Mais vous avez peut être attaqué votre lecture un peu au hasard ? Vous aimeriez savoir comment tout a commencé ? Il vous suffit de vous rendre, d'un simple clic, sur le prologue.

Bonne lecture !

 

L'image illustrant ce chapitre provient de Pixabay.

 

 

 

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Rebecca G. 24/01/2017 00:17

J'avoue ne plus trop me rappeler du prologue (j'irai certainement le relire sous peu) mais cela ne m'a pas empêché de grandement apprécier ce chapitre!! Fluide, prenant, très bien écrit. INTRIGUANT. Très bons dialogues et belles descriptions. J'ai beaucoup aimé! Bravo.

Peter Dussoni 24/01/2017 14:46

Bonjour et merci Rebecca.
Je suis content que ce chapitre vous plaise.
Et merci pour vos compliments, ils font chaud au coeur.
Bonne journée.
Peter.

Antoine DELOUHANS 05/01/2017 13:38

Un premier chapitre et un prologue qui annoncent un mélange de genre comme je les aime.
Le ton est à la fois poétique et épique, épicé avec quelques pincées d'humour dans les discours.
Merci pour ce début d'aventure qui me donne envie de continuer et d'en savoir plus sur votre univers.

Peter Dussoni 05/01/2017 20:18

Bonsoir. Merci pour vos encouragements, ça fait extrêmement plaisir. J'adore les discours, pour tout avouer. c'est à mon sens ce qui révèle souvent la personnalité d'un personnage. Et j'aime bien les agrémenter de ce qu'est en train de faire la personne qui parle. Il me semble que cela les rends encore un peu plus vivants. Après, on aime ou on n'aime pas.
Merci de votre passage.
Peter.