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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 2 : Personne ne touche à Orlane, personne !

Chapitre 2 : Personne ne touche à Orlane, personne !

                Une vingtaine de minutes après, vers trois heures du matin, ayant rabattu sa capuche sur son visage, Lourna frappa d'une certaine façon à la porte d'une auberge située à l'extérieur d'un village de taille modeste, juste à côté d'un cours d'eau conséquent. Un ponton, éclairé par des torches, révélait la présence de plusieurs embarcations, au mouillage pour la nuit. Elle attendit patiemment que l'on vienne lui ouvrir. L'aubergiste, muni d'une lampe à huile, ne posa aucune question, connaissant sa cliente. Elle lui murmura néanmoins quelques mots et il hocha vigoureusement la tête en signe d'acquiescement. Elle passa à côté de la grande salle à manger de l'établissement, avant d'emprunter un escalier de bois qui menait à un petit étage, apparemment doté de seulement quatre chambres. Une fois dans celle qui lui était toujours réservée, elle alluma l'une des deux lampes et ouvrit la fenêtre, rapidement rejointe par Orlane, qui déposa son fardeau sur le lit.

            La chambre, grande, propre, fonctionnelle, était dotée d'un grand lit, de 4 chaises et d'une table. La seule et unique fenêtre donnait sur le sud et la rivière. Les draps en lin écru étaient eux aussi d'une propreté irréprochable, tout comme les deux oreillers. Une couverture était roulée au pied du lit.

— Elle a de la fièvre et semble délirer, tu sais...

            Lourna se dirigea vers la porte et la verrouilla. Elle posa une nouvelle fois sa main sur le front de la fille aux cheveux de miel.

— Elle dort, néanmoins. Sers-moi un verre d'eau, il y a un broc et des tasses sur la table, là.

            Orlane s'exécuta avec diligence.

 — Merci. Retourne-la, s'il te plait.

            Orlane saisit et retourna sur le ventre la jeune femme qui ne dû qu'au fait d'être endormie artificiellement de ne pas hurler de douleur. Lourna s'assit ensuite à califourchon à la base de ses reins prenant grand soin de n'y pas faire reposer son poids et posa sa main sur le dos de la jeune femme, écartant ses longs cheveux blonds, palpant avec douceur la colonne vertébrale, jusqu'à trouver ce qu'elle cherchait.

 — C'est ici... Oui, la colonne est effectivement endommagée, constata-t-elle les yeux fermés.

Elle garda la main gauche appuyée sur son dos et se concentra pendant plusieurs minutes, tenant le verre d'eau dans l'autre main. Ça se ressoude, affirma-t-elle, tandis que l'eau dans le verre commençait à émettre un léger voile de vapeur avant de se mettre à frissonner.

— Arrête ça, implora Orlane, tu vas brûler ta main... Je déteste quand tu fais ça… Je te déteste ! aboya-t-elle en se tordant les mains d'inquiétude.

            L'eau bouillonnait à présent dans le verre, meurtrissant la main de la guérisseuse, quand celle-ci annonça, semblant satisfaite :

— C'est ressoudés, la colonne et les côtes, le plus urgent...Pour les autres fractures et les plaies, je verrai demain, là, je n'ai plus de jus... finit-elle en se levant posément et en allant poser le verre sur la table, la main brûlée par la chaleur.

— Lourna...

— Je régénère très vite, rappela-t-elle en observant le corps endormi sur le lit. Il faut la remettre sur le dos, et lui caler la tête avec l'oreiller, s'il te plait.

— On tape sur quelqu'un, et ensuite, on le soigne, maugréa Orlane, en s'exécutant néanmoins avec rapidité. Elle a encore pas mal de fièvre, elle grelotte à présent…

— On va prendre la couverture et se coucher contre elle, allez !

            Orlane se déshabilla entièrement et se blottit contre la jeune femme, imitée par l'autre immortelle, qui, sous le regard de velours de son amie, finit par souffler la lampe et se placer de l'autre côté du lit, tirant une partie de la couverture sur la femme endormie au milieu, se lovant aussi contre elle.

— Dors à présent.

— J'ai faim...

— Tu ne la manges pas, rit doucement Lourna.

— Pfff. Elle se plaqua jusqu'à épouser complétement le corps de la jeune femme et ferma les yeux. Non, je ne la mangerai pas… Et tu le sais très bien, murmura-t-elle, quasiment inaudible.

 

 

           La jeune femme en question finit par émerger de l’inconscience aux alentours de midi, alors que le soleil de juillet inondait la pièce de sa lumière dorée. Une présence chaude sur son flanc droit lui fit doucement tourner la tête. Orlane était toujours lovée contre elle, ses yeux entrouverts posés sur son visage. Ils n’étaient plus verts, mais d'ambre et d'émeraude, absolument magnifiques.

— On ne dort plus, mademoiselle ? murmura-t-elle en blottissant son museau au creux de son cou.

— Non, répondit-elle doucement, sur le même ton. Je ne suis plus dans mon armure ?

— Non, on te l'a enlevé. Et ta fièvre semble tombée, sourit-elle.

— J'avais de la fièvre ? Ha… Vous ne m'avez pas tuée ?

— Non, pas encore… J'a-do-re le son de ta voix, tu sais, ronronna Orlane. Tu as un nom ? poursuivit-elle après avoir inspiré lentement l’odeur de la jeune femme blonde, son visage collé contre la peau de son cou.

— Je suis navrée, mais je ne sais pas…

— Ha ? Tu as oublié ?

— Je ne sais pas…

— Tu nous as dit avoir peur de mourir, hier soir. Tu nous as dit que c'était important que tu ne meures pas. Que tu avais fait ce que tu devais faire, tu t'en souviens ?

— Non… murmura la jeune femme… Je n'ai jamais dit ça…

— Tu connais le français… Tu es Française ? éluda Orlane, préférant ne pas insister, comprenant qu'il y avait un blocage.

— Non, je ne suis pas Française… Je ne sais pas pourquoi je connais cette langue… Je ne me rappelle de rien… Je sais juste que la France est un pays… Je ne vous mens pas.

— Je sais. On ne peut pas me mentir.

— Je ne suis plus sûre de rien… Je ne sais même pas comment je suis arrivée ici…

— Ha han… Tu as un joli collier, dis-moi… Je peux le regarder de plus près ? demanda l'immortelle en le saisissant délicatement sans attendre de réponse.

— Il est à moi… C'est le mien… implora la jeune femme, les larmes lui montant aux yeux.

— Oui, il est à toi, confirma Orlane, il est à toi, il n'y a pas de souci. Je ne te le prends pas. Ne t'inquiète pas. Un brin émotive, hein ? Ne t'inquiète pas, assura-t-elle à nouveau. Lourna m'a demandé de ne pas te faire de mal et de toute façon, je n'en ai pas envie. Je suis une experte pourtant, tu sais, pour faire du mal aux gens… Mais quand je te vois, j'y arrive pas…Ça semble pourtant pas bien compliqué, de te faire souffrir… C'est du jade, la petite pierre, non ?

— Oui, souffla l'intéressée.

— Je peux t'appeler Jade ? Ça te plait ? demanda Orlane en lui caressant doucement les cheveux, après un petit moment.

— Oui, oui, si vous voulez. Ça m'est égal… On est toute seule ?

— Il semblerait bien, oui. Il est important pour toi, ce petit collier ?

— Je crois, oui, répondit Jade après une infime hésitation.

— Tu crois…Tu n'as vraiment plus aucun souvenir ?

— Pas beaucoup, non. Vous me faites peur …

— C'est vrai ça ? ronronna à nouveau l'immortelle. C'est vrai que je te grignoterais bien… Tu as une très jolie couleur de peau… Tu as une légère odeur salé aussi…

            Elle fit une pause de quelques secondes, puis demanda :

— Comment te sens-tu, sinon ? Ton dos ?

— Il me semble avoir moins mal, répondit Jade au bout de quelques secondes. Ma colonne est endommagée, je m'en souviens.

            Orlane posa délicatement le bout de ses doigts sur le buste de la jeune femme et se mit à suivre les courbes de son corps avec une infinie douceur, évitant soigneusement ses plaies et ecchymoses.

— Mon amie t'a soignée hier soir, pendant ton sommeil…Tu as peut être moins mal, mais elle a souffert, tu sais, expliqua-t-elle en poursuivant ses caresses.

— Soignée ? frissonna Jade, n'aimant pas du tout les sensations qui commençaient à parcourir son corps.

— Oui, pour faire simple, le soigneur déplace la douleur et le mal dans un verre d’eau, qui se met à bouillir au fur et à mesure du transfert. C’est un don, elle a appris à faire ça il y a longtemps… Mais si on lâche le verre d’eau, ça ne marche pas…Elle s’est brûlée la main pour te soigner. Ta colonne est ressoudée, ainsi que tes côtes.

            Jade ne sut quoi répondre, incrédule, mais sentant bien qu'elle n'était effectivement plus paralysée. Les caresses d’Orlane se firent diaboliques et dépassèrent lentement son nombril, s'aventurant vers la naissance de ses jambes.

— Je te fais toujours peur ?

Jade se crispa, puis tourna la tête et demanda fermement :

— S’il vous plait, ne faites pas ça.

— Je te fais mal ? sourit à nouveau Orlane. J'adore vraiment le son de ta voix, tu sais…

— Non, vous ne me faites pas mal du tout et vous le savez très bien. Mais s’il vous plait, ne faites pas ça. Ne m’avilissez pas. S’il vous plait, faites en sorte que je puisse continuer à me regarder dans un miroir… Je ne suis pas une chienne, ni un jouet… Ne me brisez pas… Ne faites pas ça… je vous en supplie. Ne me touchez pas…

— J'ai l'habitude de faire ce que je veux, tu sais, expliqua Orlane d'une voix douce.

— Je sais que je n’ai absolument aucun moyen de vous en empêcher. Je suis trop faible… C’est pour cela, finit-elle, en détournant la tête et en fermant les yeux, une larme coulant doucement le long de sa joue, que cela s’appelle du viol.

            Orlane se figea quelques instants, semblant brusquement avoir le feu aux joues. Elle retira doucement sa main du corps de sa proie, sans avoir eu le temps de dépasser son mont de vénus, essuyant ensuite les larmes qui ruisselaient sur les pommettes de la jeune femme.

— Personne ne te violera ici, tu ne risques rien, ça n’arrivera pas, jamais, affirma-t-elle calmement. Ce n'était pas du viol Jade. Ce n'était pas pour ça… Moi, je ne viole personne…

            Les yeux toujours clos, Jade sanglotait doucement. Après une infime hésitation, Orlane se lova à nouveau contre elle, nicha son museau au creux de son cou, et après un long soupir, ferma les yeux, attendant le retour de son amie.

 

 

            Des chuchotements réveillèrent Jade à nouveau. Orlane était de dos, debout devant Lourna et enserrée dans ses bras, chacune murmurant à l'oreille de l'autre. La conversation sembla durer une dizaine de minutes. Dix minutes pendant lesquelles la nouvelle arrivante fit plusieurs fois de légers signes de dénégation de la tête, braquant parfois son regard sur Jade.

            "Leurs yeux changent de couleur, nota la jeune femme. Les siens sont à présent gris. Mais par tous les dieux, comment font-elles pour être aussi belles ? pensa-t-elle avec une pointe de jalousie.

             Orlane était restée nue, et bien que n'éprouvant absolument aucune attirance pour les femmes, Jade ne put s'empêcher d'admirer le galbe fuselé de ses jambes, sa chute de reins, ses épaules, jusqu'à ses cheveux, qui, noirs comme le jais, étaient coupés courts, au carré. Lourna portait toujours sa capuche, liée semblait-il à une tunique qui descendait jusqu'à mi-cuisse, sur une sorte de pantalon, de ce qu'elle pouvait en juger. Mais même tourner la tête finit par l'épuiser, et elle préféra refermer les yeux.

            Orlane frôla les lèvres de son amante d'un baiser, s'habilla en regardant Jade qui semblait à nouveau somnoler et sortit sans un bruit par la porte de la chambre. Une fois restée seule, Lourna se déplaça jusqu'au lit et posa doucement une main sur le pied gauche de Jade, qui, pour la troisième fois de la journée, émergea de sa torpeur.

— Bonjour, chuchota-t-elle.

— Bien le bonjour, répondit Jade, dans l'expectative.

            "Bien le bonjour… Amusant, ça, comme expression," songea l'immortelle, en regardant attentivement le corps dénudé allongé devant elle.

— Je voudrais continuer à te soigner, commença t'elle, mais pour cela, je vais être obligée de poser mes mains sur toi.

            Jade continua à la regarder, sans rien répondre.

— Je voudrais ton autorisation, conclut Lourna.

— …

L'immortelle attendit quelques instants, puis continua.

— Je te demande simplement si je peux poser mes mains sur ton buste, tes jambes et tes bras. Peut-être ta tête, tant qu'on y est, continua t'elle, légèrement amusée.

Après un instant de silence, Jade risqua :

— Vous jouez, comme Orlane ?

            Lourna ne répondit rien et alla chercher le broc et un nouveau verre d'eau, puis s'approcha une nouvelle fois du lit.

— Orlane a-t-elle fait quelque chose de répréhensible, considérant ce qui s'est passé cette nuit, quand tu as engagé la chasse ? demanda t'elle doucement.

            Après une infime hésitation, Jade répondit :

— Je regrette pour hier soir, je pense m'être trompée de cible.

— On parlera de ça plus tard, à tête bien reposée. Je recommence, donc. Orlane t'a-t-elle fait du mal ? T'a-t-elle fait souffrir ? A-t-elle joué avec tes blessures ? A-t-elle appuyé sur tes fractures ? Tes ecchymoses ? T'a-t-elle frappée ? T'a-t-elle torturée moralement ? Psychologiquement ? J'attends.

— Non, murmura Jade.

— Qu'a-t-elle fait exactement alors ?

            Jade rougit profondément, morte de honte et n'osa rien répondre.

— Tu n'as pas envie de parler ? Je suis navrée, mais cela ne marche pas comme ça, alors tu vas me raconter ce qui s'est passé !

— …

— Bon, gênée comme tu sembles l'être, ça va être trop long. Alors écoute-moi bien : Elle ne t'a rien fait, rien du tout ! Rien ! J'espère très franchement que tu ne seras jamais victime d'un vrai viol ! Si elle t'avait contrainte à hurler, cela n'aurait pas été de douleur, crois-moi !

            Lourna prit une profonde inspiration, puis lâcha, avec une pointe de mépris :

— La femme que tu critiques a été prise en chasse hier soir par une inconnue en armure de combat et a été blessée par une arme dont je ne connais même pas le nom. Une blessure très superficielle, fort heureusement. Il n'y a pas de mots, dans aucune langue, pour décrire ce que je t'aurais fait subir si tu lui avais vraiment fait du mal… Personne ne touche à Orlane, personne…

Jade baissa les yeux, le regard dans le vague.

 — A ma demande, poursuivit Lourna, elle a pourtant porté cette ennemie comme une enfant jusqu'ici, au lieu de la laisser crever dans les bois. Elle m'a aidée à te soigner, hier soir. Elle t'a mise un oreiller, une couverture alors que tu avais de la fièvre, te l'a enlevée quand tu n'en avais plus. Sache qu'elle t'a veillée toute la nuit, jusqu'à ce midi, où tu t'es réveillée. Tu avais encore mal… Malheureusement, elle ne sait pas soigner, pas comme moi. Elle ne sait pas non plus demander à quelqu'un de dormir, comme je sais le faire. Elle savait que j'en aurais encore au moins pour deux heures, vois-tu. Elle a simplement essayé d'être gentille... On ne fréquente pas les humains. Encore que mon cas ait été différent. Mais Orlane ne côtoie que moi, depuis sept-cents ans ! Elle ne pensait pas à mal. Elle n'avait absolument aucune possibilité d'imaginer ta réaction. Elle a fait avec toi, ce qu'elle aurait fait avec moi, si j'avais été malheureuse ou triste. C'est tout.

            Jade aurait viré pivoine si cela avait été possible, mais il lui était impossible de devenir plus rouge qu'elle ne l'était déjà, ne trouvant absolument rien à dire.

            Bref, me suis-je bien fait comprendre ?

— Elle voulait me grignoter… Elle a collé sa bouche contre ma gorge.

— Tu commences à me lasser, jeune fille… Elle voulait te grignoter… Te grignoter, fit Lourna en secouant plusieurs fois la tête de gauche à droite, avant de comprendre que la jeune femme devait vraiment être à bout de nerfs.

Cela l'ennuyait, mais elle allait néanmoins devoir lui expliquer quelque chose d'une façon indélébile.

 — De quelle couleur étaient ses yeux ? Verts ? reprit-elle.

            Jade hésita.

— Non, d'ambre et d'émeraude, souffla-t-elle.

— C'est une jolie définition, ça, fit Lourna dans un demi-sourire. Alors sache que tu ne risquais absolument rien, rien du tout, elle était simplement joueuse !

— Vos yeux changent de couleur… murmura à nouveau Jade.

— Et Orlane mordille tout le temps, elle est comme ça. C'est quelque chose qu'elle adore faire.

Son regard se durcit brusquement, comme elle déclara :

—Par contre, ma grande, je suis navrée, mais je vais te demander de ne jamais, plus jamais tu m'entends, plus jamais parler de viol à Orlane.

Ses yeux passèrent du gris pâle au vert profond, tandis qu'elle continuait :

 — Je ne le pardonnerais pas. Encore une fois, me fais-je bien comprendre ? dit-elle en fixant Jade dans les yeux, laquelle essaya de reculer dans le lit sans pouvoir y parvenir, tandis qu'une terreur insondable l'envahissait.

Elle cria une première fois tandis qu'une douleur lancinante irradiait son bras droit fracturé. Prise de panique, transpirant de peur et son cœur battant à tout rompre, elle se mit à claquer des dents. "Elle va me tuer, là, tout de suite, suffoqua-t-elle. " Elle essaya de hurler, d'épouvante cette fois, tandis que Lourna plaquait sa main sur sa bouche.

— Si je continue, ton cœur va lâcher, expliqua-t-elle posément, clinique. Comprends-tu bien ce que je suis en train de te dire ? assena-t-elle en enfonçant sa tête dans l'oreiller, continuant de braquer son regard sur elle. Plus jamais Tu connais le sens du mot jamais ? Plus jamais, plus jamais tu ne prononceras ce mot en sa présence.

            Jade essaya à nouveau de hurler de douleur, d'effroi, de panique, mais la main de la jeune femme l'en empêcha. La douleur émanant de son bras était ignoble, indicible.

— Je joue comme Orlane, là ? Orlane est un ange. Mon ange ! Combien de temps crois-tu tenir ? Ton cœur est en train de claquer. Je suis en train de le faire claquer ! Comprends-tu bien ce que je suis capable de te faire ?

            Au bout d'interminables secondes les yeux de son bourreau revirèrent progressivement au gris alors que le cœur de Jade continuait de bondir hors de sa poitrine. Le corps de la jeune fille était complétement glacé, au bord de l'infarctus. L'immortelle enleva sa main de la bouche sur laquelle elle avait été plaquée avec force et la posa doucement sur le front de celle qu'Orlane avait décidée d'appeler Jade.

— Chutttt…fit-elle, du bout des lèvres.

            Les draps du lit étaient inondés de sueur. Sous l'ordre mental de Lourna les battements de cœur et la respiration de Jade se calmèrent peu à peu. Il lui fallut tout de même plus d'une heure pour parvenir à se calmer complétement, Lourna contribuant grandement à ce que son organisme parvienne à se ressaisir. Elle finit par ôter sa main de son front et murmura :

— Je n'avais pas l'intention de te faire de mal en entrant dans cette pièce. Tu étais déjà à bout de nerfs et j'en suis navrée, sincèrement navrée. Mais que les choses soient bien claires : Tu es ici, vivante, car tu es une énigme pour moi. Ne te méprends pas. Tu n'es pas un jouet, pas plus qu'une chienne. Tu as une chance terrible d'être encore en vie. Ne nous lasse pas. Nous sommes ce que nous sommes et ton jugement, quel qu'il soit,  ne nous intéresse pas.

Après une courte pause, elle conclut :

 — Il ne fallait pas nous agresser. Pour la dernière fois, me fais-je bien comprendre ?

            Jade trouva plus prudent de se taire et de répondre d'un battement de cils.

— Le sujet est donc clos, finit-elle négligemment, comme si de rien ne s'était passé. Puis-je donc poser mes mains sur toi, pour te soigner ?

— Oui… fut tout ce que Jade trouva à répondre, d'une toute petite voix, encore en état de choc, son bras la faisant toujours horriblement souffrir.

            Lourna retira sa capuche, défaisant sa tunique, pour apparaître en chemise longue, blanche et en pantalon. Libérée de la capuche qui la maintenait prisonnière, sa crinière auburn dégringola en cascade jusqu'à ses reins Elle passa ses deux mains de chaque côté de sa tête, libérant ses épaules.

            Jade eut à nouveau la respiration coupée, complétement submergée par l'aura qui émanait de la jeune femme qui lui faisait face et qui ne paraissait pas avoir plus de 25 ans. Même un tigre ne pouvait impressionner ses proies de cette façon. Sa simple présence suffisait à ôter toute volonté de résistance, à accepter de se laisser mourir. L'immortelle saisit une nouvelle fois le verre, grimpa sur le lit, et se mit à ausculter le corps encore meurtri.

— Une seule séance devrait suffire, annonça-t-elle.

            Elle posa sa main sur l'une des fractures, puis sur une autre, tandis que les os se ressoudaient et que l'eau se mettait à bouillonner. Sentant une douce chaleur envahir son corps et la douleur s'envoler, Jade risqua néanmoins :

— Vous allez vous faire mal…

— Tu ne vas pas remplacer Orlane, n'est-ce pas ? affirma Lourna en s'attaquant à la dernière plaie, située sous le sein droit. Voilà, j'ai terminé, finit-elle par annoncer en descendant du lit et en allant poser le verre en ébullition sur la table.

            Elle continua, regardant sa main, puis Jade :

— Veux-tu te rendre aux toilettes ? Tu peux marcher, à présent.

            Jade fit signe que non de la tête.

— Tu es sûre ? Pas de fausse pudibonderie, s'il te plait.

— J'étais nourri par mon exosquelette, expliqua-t-elle en réponse. Mon corps assimile parfaitement ce qui m'était injecté, il n'y a pas de déchet, dit-elle en rosissant.

— Oh… Je vois, C'est un peu comme Orlane et moi avant, murmura-t-elle.

— Ha ?

— Oui, pas de déchet, quand on ne se nourrit que de sang. As-tu faim, à ce propos ? Tu n'es plus nourrie à présent. As-tu besoin de manger ?

 — Oui…

 — Que voudrais-tu manger, en attendant le retour d'Orlane ?

            Jade réfléchit quelques instants et déclara être intéressée par un verre de lait.

— Tu veux un verre de lait… lâcha Lourna du bout des lèvres, en lui jetant un long regard.

            Un oui de la tête appuyé le lui confirma. Lourna repensa à l'exosquelette qui les avait poursuivies, aux ordres donnés à haute voix, à cette impression de force impitoyable qui se dégageait de celle qui les avait prises en chasse, et se dit que la nature recelait bien des mystères.

— Je vais voir en bas si je peux te trouver ça… émit-elle en fixant toujours les yeux de la blondinette. Je vais te laisser seule quelques instants, poursuivit-elle. On est au premier étage, et tu es nue. Ne fais rien que tu puisses regretter, s'il te plait.

            Un nouveau oui de la tête, tandis que Jade se levait avec précaution et faisait quelques pas, lui firent ouvrir la porte et descendre chercher l'aubergiste. Restée seule, triturant distraitement son collier, elle se rapprocha néanmoins de la fenêtre, la laissant prudemment fermée. Il devait être près de 16h00, à présent, et le soleil, perché dans un ciel sans nuage, faisait miroiter l'eau de la petite rivière sur laquelle donnait la fenêtre de la chambre. La forêt n'était pas loin non plus, et juste à gauche de celle-ci, des champs de blé, dont les épis à maturité formaient un océan de lumière dorée, n'attendait plus que la récolte à venir.

Ce chapitre vous à plus ? J'espère que le suivant  : Je compte bien rester en vie !  vous plaira également.

Vous avez attaqué votre lecture un peu au hasard ? Vous aimeriez savoir comment tout a commencé ? Il vous suffit de vous rendre, d'un simple clic, sur le prologue.

Bonne lecture !

 

L'image illustrant ce chapitre provient de Pixabay.

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Nwar 01/05/2017 17:46

Haletant, palpitant, surprenant ... un plaisir de lecture !

Peter Dussoni 02/05/2017 20:33

Bonjour Nwar. Merci pour votre passage et pour vos encouragements !
Je viens de trouver le temps de passer sur votre blog :)

Antoine DELOUHANS 12/01/2017 21:09

bonjour, et un chapitre de plus de lu, comme vous, j'aime bien me poser vraiment pour lire donc j'ai enfin pu me retirer au calme :)
Les personnages se dévoilent petit à petit. Il y a, malgré la dureté de ce qui se passe, une sorte de chaleur bienveillante qui émane de ce chapitre.
J'attaque la suite dès que je peux de nouveau m'isoler.
Bonne soirée.

Peter Dussoni 14/01/2017 17:24

Bonjour Antoine. Merci pour votre passage et votre commentaire :)
Oui, les personnages se dévoilent peu à peu. C'est ce que j'ai bien aimé tout au long de ces premiers chapitres, prendre mon temps pour caler le caractère et la place de chaque personnage. Un peu comme au début d'un JDR.
j'espère que les autres chapitres vous plairont également. Nous verrons bien ^^.
A bientôt !

Maëlle B.F. 06/12/2016 23:08

Bonjour, j'ai atterri chez vous grâce à votre commentaire chez Rebecca G. Je me suis laissée prendre au jeu (d'abord chapitre 1 puis prologue) et j'ai bien envie de connaître la suite :) Je trouve que c'est une très belle idée de partager votre roman sous cette forme !

Peter Dussoni 07/12/2016 09:13

Bonjour. Merci beaucoup pour votre commentaire. Oui, le blog de Rebecca G est agréable à lire et je commence à m'y promener. Je suis ravi si l'histoire vous plaît.
J'ai effectivement fait le choix du partage sur Internet, plutôt que de le ranger dans un tiroir. Pour la suite, pas d'inquietude, le roman est achevé dans son intégralité.
Un chapitre par semaine me semble être un bon rythme.
N'hésitez pas à vous abonner ou à suivre le blog. Je ne publie pas le même jour selon les semaines.
Encore merci et j'espère à bientôt.

careli tutolibre 28/11/2016 18:11

hello, petit passage suite au comm sur mon blog
merci pour la lecture et bonne continuation pour l’écriture, je repartirai de 0 un peu plus tard, là je suis en surbooking total

Peter Dussoni 28/11/2016 19:40

Merci pour votre passage.
Un chapitre par semaine, n'hésitez pas à revenir.
Bonne continuation !