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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Prologue.

Prologue.

             Courageusement, le jeune homme faisait face, observant la créature qui se déplaçait lentement devant lui. Il était en effet difficile de qualifier d'humaine la personne qui lui souriait sauvagement, dévoilant ses crocs.

 

             Elle se faisait appeler Mielle. Elle n'était pas blonde, non, ses cheveux avaient l'exact couleur du miel en été, lorsqu'il était inondé de soleil. Ses longues tresses noyaient ses épaules, une partie de sa poitrine et son dos, avant de descendre jusqu'à mi-cuisse. Elle était terriblement belle, comme peut l'être une créature de plusieurs millénaires, ne vieillissant pas et qui, au fil du temps, finit par ressembler exactement à ce à quoi elle a envie de ressembler.

 

            Une panthère, une véritable panthère, dans ses mouvements, dans son attitude, ses déplacements. Jusqu'à ses yeux. Son ultime épreuve. Son ultime test… Il se rappelle l'avoir attendu plusieurs heures, seul, debout, dans l'un des gymnases, quand elle était apparue par l'une des portes latérales. Elle donnait l'impression d'avoir une trentaine d'années seulement et était vêtue simplement, d'un ensemble composé d'un short et d'une chemise à manches courtes, blanc. Elle marchait pieds nus.

           Elle chargea, le forçant à esquiver d'une torsion du buste. Il essaya de placer un coup de pied latéral dans son dos, mais Mielle se retourna, toujours souriante et bloqua d'une seule main, immobilisant sa cheville. L'instant d'après il se retrouvait projeté dos au sol. Elle fit tranquillement un pas en arrière et le regarda à nouveau, semblant curieuse de sa réaction. Il était déjà debout, cherchant à exécuter un balayage.

Il se savait capable de défoncer à mains nues des plaques de cinq centimètres d'orichalque, l'alliage des atlantes, le métal le plus résistant jamais créé. Des runes couraient en permanence sur son corps, le protégeant, le soignant, déviant les projectiles les plus meurtriers. Son ossature était composée d'un alliage léger et ultra résistant. Ses nerfs, améliorés eux aussi, permettaient des réflexes foudroyants. Il ne vieillissait pas. Son cerveau, lui aussi, était amélioré, augmentant ses capacités à raisonner et à appréhender en un instant une situation donnée, prenant la meilleure décision possible le plus rapidement possible. Et tout cela ne servait à rien, à rien du tout. Son adversaire se jouait en permanence de lui et avec le sourire !

            Il porta une nouvelle série de coups, visant aussi bien la tête que le buste de la jeune femme qui se trouvait en face de lui. Elle se saisit de l'un de ses poignets, puis du deuxième et commença à serrer. Il tenta un coup de pied à l'entrejambe, commençant à paniquer, mais la réponse fut immédiate. Il hurla, son tibia brisé par le coup de pied démentiel qu'il venait de recevoir. Aussitôt son corps secréta des endomorphines, effaçant en grande partie la douleur, tandis qu'il se tenait à présent sur sa seule jambe valide. Il hurla à nouveau, s'effondrant, quand Mielle brisa sa deuxième jambe. Ses cellules s'employaient déjà à le faire régénérer. Il croisa ses yeux et compris qu'elle allait lui briser les deux poignets. En désespoir de cause, il tenta une attaque mentale. Il s'attendait à se heurter à un mur, à des protections psy, mais pas à ça… Son attaque mentale ne frappa que de la fumée, rien de tangible, rien. Le droit, puis le gauche, elle lâcha ses deux poignets, ses mains à présent inutiles pendants au bout de chacun de ses bras.

— Tu n'as pas l'air d'arriver à grand-chose, fit-elle en accentuant son sourire, narquoise. Tu as mal, peut-être ?

            Une pause, puis elle demanda à nouveau, se moquant ouvertement de lui :

—Tu veux que je te montre comment on fait, pour réaliser une véritable attaque psy, peut-être ? Je peux te donner un cours… Un vrai…

            En colère, un voile rouge devant les yeux, impuissant et quasiment incapable de respirer, il sentit une rage folle l'envahir. Il faillit lui hurler de se taire, il faillit l'insulter, tandis qu'elle le regardait, moqueuse, les deux mains sur les hanches, à quelques dizaines de centimètres de lui.

            Il avait été entraîné durant de longues années, il était fort, terriblement fort. Elle l'avait mis au tapis avec une facilité dérisoire. Il réfléchit à toute vitesse, essayant d'ordonner ses pensées. Tout cela n'avait aucun sens… Pourquoi l'entraîner pendant tout ce temps, pour en arriver là ?

— Non, finit-il par répondre, ce ne sera pas nécessaire.

— Non ? murmura-t-elle en le regardant dans les yeux.

            Ses dernières forces le lâchaient progressivement, mais il se força à se mettre à genoux, serrant les dents malgré les drogues administrées de façon continue par son organisme.

—Non… Très bien… Mais non, qui ?

            Il hésita longuement puis finit par baisser les yeux.

— Non, maîtresse.

            Mielle se mit elle aussi à genou et posa sa main sur sa joue.

— Tu viens de sauver ta vie, murmura-t-elle. On préfère les femmes, vois-tu, car si tu leur donnes de grandes capacités, elles vont se demander pourquoi elles les ont. Elles ne seront pas nombreuses à essayer d'en tirer profit personnel. Elles vont généralement essayer de faire le bien autour d'elle, sans penser à mal, un peu comme des mères.

            Les hommes sont différents, malheureusement. Donne-leur de grandes capacités et ils deviennent la plupart du temps imbus de leur personne, se croient tout permis, pensent qu'ils ont le droit et le devoir de diriger les autres, tu comprends ? J'ai fait exprès de te faire mal et de me moquer de toi. Mais tu as tenu bon. Ta fierté n'a pas pris le dessus. Si tu avais dit oui, tu serais en train de te tordre par terre, en attendant que la mort te délivre. Reste humble, Jalen. Oui, tu as de très grandes capacités et un très grand talent, ajouta-t-elle d'une voix douce, mais n'oublie jamais qui tu sers… Ne parle pas, repose-toi. Sache que tu as passé le test. Je cherche un homme comme toi depuis longtemps. Vous n'êtes guère nombreux, et je voudrais que cela change… Tu me plais, Jalen. On se reverra.

 

 

          C'était il y avait plus de 300 ans. Il l'avait effectivement revue nombre de fois en privé. Ils n'étaient pas ensembles, d'ailleurs, personne ne semblait avoir ce privilège, mais les après-midi où elle le rejoignait n'étaient pas rares. Jamais le matin, jamais la nuit. Elle ne restait pas plus de quelques heures, mais elle semblait effectivement l'apprécier. Du moins, au début. Les rencontres avaient fini par s'espacer au fil du temps.

Jalen marchait à présent tranquillement dans une gigantesque et magnifique forêt typiquement méditerranéenne, composée en grande partie d'essences de pins, de chênes et d'arbousiers. La température y était encore douce, en ce début de matinée, mais il savait pertinemment qu'elle ne tarderait pas à monter. Le bruissement des insectes se faisait déjà entendre et une compagnie de perdrix décolla sous ses pas. Les bois semblaient densément peuplés, l'explication étant que chasseurs et prédateurs naturels en étaient absents.

            De nombreuses petites cascades, un peu plus hautes que la taille d'un homme, jaillissaient au sommet d'affleurements rocheux, pour tomber de toute leur faible hauteur dans de superbes vasques naturelles. Elles allaient ensuite rejoindre en petits lits paresseux et ce, parfois sur plusieurs kilomètres, la longue rivière, au cours tranquille, qui serpentait au milieu des arbres. Nombre d'anses, fréquemment bordées de plages de sable fin, blanc, était une véritable invite à la baignade.

            Mais le plus surprenant était le dôme artificiel, semblant composé de métal et de verre, qui surplombait les frondaisons, et qui s'étalait à perte de vue. Jalen se trouvait en effet au centre d'un formidable vaisseau spatial, conçu par des créatures sans âge.

            Il répondait pour l'heure à une convocation et pour se rendre sur les lieux de son rendez vous, pas d'autres moyens que de marcher plusieurs heures, afin d'atteindre le cœur de la forêt. Pas de route et interdiction formelle de se déplacer en volant. Il était d'ailleurs absolument interdit d'y pénétrer sans autorisation. Les abords du vaisseau spatial étaient réservés à l'équipage et représentaient déjà des centaines de kilomètres carrés. Mais son centre était occupé par cette immense forêt et seules ses trois maîtresses pouvaient s'y déplacer librement. Elles y étaient chez elles.

En cas de véritable urgence, il demandait une audience. Il n'avait entraperçu que quelques fois celle qui était au-dessus des deux autres. La maîtresse absolue du vaisseau et de son équipage. Un geste d'elle, un simple regard et les deux autres ne bougeaient plus d'un centimètre. C'était cette personne, qui, ce matin, l'avait convoqué…

            Il connaissait la raison de cette convocation. Il finit par rejoindre son but : un portail en orichalque. Tout seul, planté au milieu des bois, dans une petite clairière, à présent inondée par le soleil artificiel du vaisseau. Il savait qu'il menait au saint des saints. Un seuil de téléportation, qui devait mener on ne sait où, dans les entrailles du vaisseau, là où ses maîtresses avaient élu domicile. Il sentit une présence derrière lui. Une main légère se posa sur son épaule :

— Merci d'être venu, Jalen.

            Il inclina simplement la tête et une jeune femme sortit de derrière son dos pour apparaître dans son champ de vision. C'était Mielle.

— As-tu déjà eu des remords, dis-moi ? Sais-tu ce qu'est le regret ? demanda-t-elle d'une voix douce. Sais-tu l'effet que cela produit, de perdre quelqu'un que tu n'aurais jamais dû perdre ? C'est atroce, une douleur telle que tu ne peux la concevoir. Un venin perfide qui te ronge le cœur, les veines…

— Cela suffit Mielle, n'en rajoute pas !

— Si on ne peut plus s'amuser un peu… C'est vrai…

            Le jeune homme baissa immédiatement la tête, fixant le sol de la clairière en retenant sa respiration.

            La nouvelle arrivante le jaugea du regard pendant une très longue minute, avant de lui déclarer lentement :

— Il y a longtemps, Jalen, une chose s'est produite. Qui n'aurait pas dû. Je n'ai pas pu tenir une promesse. Je te demande, s'il te plait, de m'aider à rectifier cette erreur. Evidemment, cela ne va pas être facile. Elles risquent de ne pas se laisser faire. En dernier recours, donne-leur ça.

Elle lui tendit un petit pli.

 — Je compte sur toi.

La tête toujours baissée, il prit l'enveloppe du bout des doigts, se gardant bien de frôler ceux de l'immortelle qui lui faisait face, avant de la glisser dans l'une de ses poches.

— Je vais faire tout mon possible, Maîtresse.

            Il sentit des ongles sur son dos, deux fois quatre doigts, qui glissèrent lentement du haut vers le bas, jusqu'à ses reins, déchirant son vêtement, lequel s'imbiba lentement de sang. Les lèvres de Mielle s'approchèrent une nouvelle fois de son cou et par derrière, dans un souffle, elle murmura :

— Ramène-la-moi.

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Rebecca G. 04/12/2016 23:53

Joli début. Plein de mystère. Très bien écrit. Attention toutefois aux quelques fautes d'orthographe... (on a beau se relire 100 fois, elles prennent un malin plaisir à se cacher là où on ne les voit pas..^^)
Entre autres:
* Elle se saisiT de l'un de ses poignetS
* ils deviennent la plupart du temps imbuS

Peter Dussoni 05/12/2016 13:06

Merci pour les fautes et les compliments. Ça fait extrêmement plaisir. Oui, les fautes se cachent ! Il en reste toujours, malgré Word et ma femme qui m'a gentiment relu tous mes chapitres. Il faudrait d’ailleurs que je lui fasse une dédicace dans l'article, qui suis-je, tiens... Merci pour votre passage, en tous cas. Là, je n'ai pas le temps, mais ce soir, je repasserais certainement sur votre blog afin de continuer la discussion entamée sur l'édition, l'écriture d'un premier livre et ce que l'on jette comme part de nous même dedans.
A bientôt !

Kat.M 18/11/2016 19:04

Un excellent début qui donne l'eau à la bouche.
Les lecteurs sont fidélisés. Il faut tenir sa promesse de publication !

Peter Dussoni 18/11/2016 20:21

Bonsoir.
Merci. Pas de souci, le livre est déjà écrit.
La suite en début de semaine prochaine.

Kat.M 18/11/2016 19:04

Un excellent début qui donne l'eau à la bouche.
Les lecteurs sont fidélisés. Il faut tenir sa promesse de publication !

Nwar 17/11/2016 21:10

En attendant la suite, avec impatience.

17/11/2016 21:21

Bonsoir. Merci beaucoup pour votre encouragement.Le livre est fini, pas d'inquiétude. Une façon pour moi de le partager. Il y aura bien un chapitre par semaine. Bonne soirée.