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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 5 : Prisonnière ?

Chapitre 5 : Prisonnière ?

         Jade devait passer un mois entier en compagnie des deux prédatrices et apprit énormément sur elles durant cette période, qui fut partagée entre baignades, (car au grand bonheur de la jeune Atlante, elles étaient d'une propreté irréprochable, et prenait au minimum un bain par jour, souvent deux), longues promenades en forêt, de jour et très longues discussions dans leur chambre, généralement sur le lit, en mode câlin.

            Les relations entre les deux immortelles semblaient à la fois très simples et étaient pourtant extrêmement complexes.

            Lourna passait absolument tout à Orlane. Celle-ci semblait pouvoir faire absolument tout ce qui lui chantait. Et pourtant, Jade ne fut jamais dupe, car ce n'était là qu'apparence. De façon imperceptible, Orlane demandait l'aval de son amie, pour absolument tout. Un bref regard, une légère hésitation, un doigt qu'elle laissait glisser sur le bras de son amante après avoir déclaré vouloir faire quelque chose. Et à chaque fois, un sourire ou un geste tendre donnait l'autorisation. Jade était absolument persuadée que Lourna pouvait stopper Orlane d'un simple geste, ou mot, et ce, quoi qu'elle soit en train de faire. Elle était également certaine que cela ne relevait pas d'une simple position de dominante. C'était un comportement ancré, qui remontait très certainement au début de leur relation, il y avait des siècles, où il avait dû se révéler vital.

            Elle passa toutes ses nuits blottie entre les deux amies, qui semblaient éprouver un réel plaisir à la serrer dans leurs bras. Et il ne fallut pas plus d'une semaine pour que Jade ne se mette inconsciemment à les imiter, étreignant l'une ou l'autre au grès de la nuit, ne sachant plus si c'était bien ou mal, de toute façon rassurée par le comportement d'Orlane, qui respecta effectivement sa parole, ne faisant plus rien qui puisse gêner ou ennuyer la jeune Atlante, ni même prêter à confusion.

            C'est un soir, après avoir mangé, que Jade risqua :

— Vous n'avez pas besoin de dormir, n'est-ce pas ?

— Pas vraiment, encore que cela dépende. Il arrive parfois que l'on soit vraiment claquée, mais c'est rare.

— Pourtant on va se coucher…

— Mmmh, d'une, tu ne tiens plus debout, non ?

— Moi oui, c'est vrai… La journée a été longue. Sympa, hein, vous êtes gentilles avec moi… Mais oui, je vais volontiers me coucher.

            Un instant de silence, puis Lourna reprit :

— De deux, on a besoin de se retrouver, à un moment ou à un autre de la journée. Serrées l'une contre l'autre, tu laisses le temps couler lentement, sereinement. Tu te sens bien, au chaud, ça resserre énormément les liens. Tu ne trouves pas ?

— Vous vous mettez au lit par plaisir, en fait, analysa Jade au bout d'un petit moment de réflexion.

— Voilà, pour faire court, c'est très exactement ça.

            Jade réfléchit encore, songeuse, pendant quelques minutes, avant d'avouer,

— Tant qu'Orlane… Enfin, vous comprenez, n'est-ce pas ? Tant qu'elle est sage, j'aime bien quand je suis avec vous. Je ne devrais pas… Pourtant…

— Ah ça…

            Et la jeune Atlante avait senti la main d'Orlane prendre la sienne, tandis qu'elles montaient se coucher.

            Elle n'avait pas vraiment réagit, au tout début, les première fois qu'elles avaient cherchées ses lèvres pour les lui frôler. Elle comprit que ce simple geste, accompli indifféremment par Lourna et Orlane était un signe d'affection. Ce n'était pas un baiser, ce n'était jamais appuyé, jamais tendancieux, c'était réellement un frôlement. Elle y avait droit le matin au réveil, le soir au coucher et plusieurs fois dans la journée, pour des raisons qui lui échappaient la plupart du temps. Elle finit par s'y habituer et à tendre les lèvres d'elle-même, comprenant qu'il n'y avait là rien, ni de méchant, ni de dangereux.

            Les deux immortelles ne lui posèrent plus aucune question, se contentant de la laisser vivre à leur côté, sans que Jade ne comprenne bien le pourquoi du comment. Elle surprenait fréquemment le regard gris de Lourna qui l'observait, indéchiffrable. Des yeux qui avaient vu des millénaires défiler, dans le corps d'une fille de 25 ans. Le contraste était saisissant… Dans ces cas-là, elle se contentait de baisser simplement les yeux ou de détourner le regard, évitant à tout prix une quelconque épreuve de force.

            Les soirs, elle demanda à manger (à de rares exceptions près) dans la salle à manger, expliquant que cela lui faisait du bien de voir un peu de monde, même si ce n'était pas des Atlantes. Elle demanda également plusieurs fois à Lourna si Solange pouvait dîner en leur compagnie et l'immortelle accepta sans poser de problème. Solange semblait faire énormément de bien à Jade, ce que les deux amantes comprenaient parfaitement. Le patron de l'auberge servait invariablement un verre de vin à Lourna et une tisane à Orlane, prouvant ainsi qu'il les connaissaient très bien.

            Il y eut environ deux soirs par semaine où les deux amantes s'éclipsèrent, et ce après le repas du soir. Jade ne devait jamais savoir si elles étaient parties en chasse ou faire autre chose… Elle demeura alors seule dans la chambre, après une visite courtoise de Solange, qui discutait une petite heure avec elle avant de s'éclipser, la laissant attendre par la suite le cœur de la nuit, où les deux chasseresses revenaient se lover contre elle, l'enlaçant invariablement de leurs bras.

 

 

              Ce fut une grosse semaine et demie après que Lourna lui ait ouvert ses bras qu'Orlane jeta plus ou moins inconsciemment les bases d'un rituel que Jade et elle se devait de garder toute leur vie.

            La jeune Atlante se réveilla un matin, ne sentant pas la présence de Lourna à côté d'elle. Elle ouvrit les yeux pour découvrir Orlane, qui se mordillait les lèvres, allongée près d'elle, mais se gardant bien de la toucher, alors qu'elle passait habituellement ses nuits lovée contre elle.

— Bonjour, avait souri l'immortelle, semblant légèrement tendue.

— Bien le bonjour, Orlane, avait répondu Jade, ne sachant à quoi était du l'absence de la plus ancienne des Immortelles.

— Bien dormi ?

— Oui…

— Nous sommes seules, ce matin…

— Ha ? fit Jade, à laquelle cela rappelait un mauvais souvenir. Lourna est sortie ?

— Oui. Dis-moi, fit l'Immortelle après une infime hésitation, je ne te fais plus peur, n'est-ce pas ?

— Ne joue pas, Orlane, s'il te plait, ne recommence pas à jouer, murmura Jade, sentant la panique l'envahir, malgré son bouclier psy.

— Non, non… fit-elle, s'affolant presque. Je veux dire, tu as vu, je ne te touche pas… Tu ne risques rien, hein, même si Lourna n'est pas là. Je… Enfin… Ça te dirait de prendre le petit déjeuner avec moi ? Enfin, toi du lait et moi une tisane, ici, dans la chambre… On pourrait … Enfin, on pourrait bavarder un peu, toute les deux… Rien que toutes les deux… Tu vois ?

            Jade soupira doucement :

— Je ne vous mens pas, Orlane, je ne vous ai jamais menti… Je vous ai dit tout ce que je savais… Pas la peine d'essayer de vous y prendre autrement. Que veux-tu que je te dise de plus ?

— Oui oui, on sait tout ça, fit Orlane, la mine ennuyée et légèrement triste. Tu peux pas nous mentir et tu le sais. Je voulais juste dire, parler, comme ça, de tout, de rien, entre filles… Comme… Enfin, tu vois ?

— Comme des amies ?

— Voilà ! acquiesça Orlane dont le visage sembla s'illuminer. Je n'ai jamais eu d'amie, alors je me disais… Comme on s'entend assez bien…

            Jade regarda attentivement le visage de l'immortelle, mais non, il ne semblait pas y avoir de piège. Orlane semblait réellement anxieuse, ça semblait lui tenir à cœur. Elle repensa aux yeux verts et au braconnier, aux coups qu'elle s'était pris, puis chassa ces images de sa tête avant d'acquiescer :

— Ben écoute, pourquoi pas, oui, volontiers…

— C'est sympa ! Je descends chercher tout ça. Habille-toi, je n'en ai pas pour longtemps, dit-elle dans un sourire en enfilant ses vêtements.

            " Je passe du stade de prisonnière à celui de copine… Encore une fois, pas la peine de chercher à comprendre… Mais c'est vrai que depuis une semaine, elle est vraiment sympa… "

            Orlane ne tarda effectivement pas, portant une bouteille de lait, une miche de pain, une terrine et une théière fumante, le tout sur un plateau. Elle s'assit à table avec son attirail, et sembla radieuse quand Jade vint s'asseoir en face d'elle. Elle attendit patiemment que la jeune Atlante se serve son verre de lait et porta ensuite la tasse à ses lèvres, avant de demander, semblant à nouveau légèrement tendue, bien droite sur sa chaise :

— A ton avis, je devrais porter des boucles d'oreille ?

Jade regarda à nouveau attentivement le visage d'Orlane. " Non, elle ne se moque pas de moi. Elle a besoin de parler et elle ne sait pas par où commencer, ça crève les yeux… songea-t-elle. Elle essaye d'être gentille et ne sait absolument pas comment s'y prendre… Elles sont sublimes toutes les deux et elle me demande, à moi, un conseil… Je me demande vraiment ce que je représente à leurs yeux, je n'arrive pas à piger… "

— Franchement, si tu devais porter des boucles d'oreille, je verrai bien deux petits anneaux, pas trop longs, commenta-t-elle, lui expliquant par la suite pourquoi.

            Orlane écouta avec un intérêt certain et se prenant au jeu, Jade lui posa une question à son tour. Elle vit Orlane se détendre lentement et prendre un réel plaisir à la conversation qui s'étoffait peu à peu. Cela dura un peu plus d'une heure, jusqu'à ce que la porte s'ouvre sur Lourna, qui les trouva toutes deux en train de sourire, sans qu'aucune ne semble se forcer. Lourna s'absenta encore un certain nombre de matins, les semaines qui suivirent, permettant à Orlane et Jade de prendre à nouveau leur petit déjeuner ensemble, semblant lentement s'apprivoiser l'une l'autre.

 

 

        C'est au terme de ce mois que la plus ancienne des Immortelles sembla prendre sa décision :

— On t'observe depuis un moment, à présent, Jade. Et je n'ai pas plus de réponse qu'au départ. Tu ne mens pas, tu ne triches pas et rien ne colle. La femme que tu es et celle qui nous a pris en chasse, cette fameuse nuit, n'ont absolument rien en commun, rien du tout. Tu es, je dois bien l'avouer, d'un naturel adorable. Orlane t'apprécie énormément, presque comme une amie… Si ça peut apporter des réponses, on va allez la chercher, ton armure. On verra bien. Rester ici un an de plus ne changerai rien…

— Merci, fut la seule chose que Jade trouva à murmurer.

 

 

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Ce chapitre vous a plu ? Vous avez attaqué votre lecture par hasard ? Tentez le Prologue, afin de voir comment tout cela à commencé !

La suite vous tente ? pas de problème, partez à la rencontre de Lournn-Go'Ha.

Il ne vous à pas plu ? Ce sont des choses qui arrivent ! Plaire à tout le monde est absolument impossible. Laissez un com, n'hésitez pas, que nous puissions échanger ;)

 

Sinon, vous aussi vous aimez écrire ? Avez envie d'être édité ? Rebecca.G, qui tient le blog du Fil d'argent, est en plein dedans.

Plus envie de lire un roman pour le moment ? Jetez un oeil sur Le pot de crayon, un blog très sympa qui parle un peu de tout et où l'on se sent bien.

Dernière de mes trouvailles, le blog de Vio la vilaine. J'adore le ton et l'humour omniprésent.

( Ce n'est en aucun cas de la pub pour qui que ce soit, je fonctionne aux coups de coeur uniquement )

Bonne lecture, quelle qu'elle soit !

 

                                                                             Peter.

 

 

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Maëlle B.F. 09/12/2016 21:48

Ah mais ils sont trop courts vos chapitres ^^ j'ai l'habitude de dévorer mes livres donc c'est une expérience de devoir attendre ;).

Maëlle B.F. 10/12/2016 21:58

Oh mais je ne vois que maintenant ce qu vous dites sur mon blog..merci :) ! J'ai découvert le blog de Vio la vilaine il y a peu de temps et j'adore aussi !

Peter Dussoni 10/12/2016 17:51

C'est gentil, ça ^^
On en apprend plus dans le prochain chapitre, promis. Elle n'est pas sortie de nul part, cette jeune guerrière Atlante :)

Maëlle B.F. 09/12/2016 22:20

Oh non, mais c'est parce que c'est bien que c'est trop court ;)

Peter Dussoni 09/12/2016 22:07

Oui, celui là est très court, c'est vrais. Je mettrais le suivant en ligne dans moins de temps, promis. Et il sera plus long. Je pense qu'à une ou deux éxceptions prêt, celui là est l' un des plus courts de tout le roman. Et puis certains lisent peut être moins vite... Plaire à tout le monde .... ××
La casse tête chinois

Peter Dussoni 09/12/2016 21:10

Je sais, je sais, je sais. J'avais dis Dimanche. Mais l'image était trouvée, le chapitre découpé, donc, bon... Je tiens ce blog avant tout pour me faire plaisir. Alors hop !
Bonne lecture à tous.