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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 10 : Jalen.

Chapitre 10 : Jalen.

            Au petit matin, Solange ouvrit les yeux avant Jade et se demanda quoi faire. Elle hésita un très long moment, puis décida de rester dans les bras d'Orlane. Ils étaient chauds, elle se sentait en sécurité, il n'y avait pour l'heure aucune raison de bouger.

            Jade avait fini par ouvrir les yeux. Il fallut dix bonnes minutes à tout ce petit monde pour se dire bonjour, se sourire, et finir par se lever. Lournn-Go'Ha conseilla à Solange d'aller préparer quelques affaires et de dire au revoir à ses parents. Elle avait la matinée entière pour ça. Ensuite, après un petit repas, elles se rendraient à pied à la rivière pour se laver, avant de prendre deux chevaux chez le maréchal ferrant, et de quitter le village.

            Jade profita de la matinée pour essayer une nouvelle fois d'y voir plus clair dans l'interface de son armure, aidée de la plus ancienne des Immortelles, mais finit par laisser tomber peu avant midi. En début d'après-midi, après le repas et un bain vite expédié, Lournn-Go'Ha se rendit chez le maréchal ferrant, prit par la bride les deux chevaux qu'elle avait réservés longtemps à l'avance, et rejoignit sa petite troupe à la sortie de l'agglomération.

            Après un dernier adieu, Solange monta derrière Orlane et elles partirent au petit trot, passant par la forêt. Elles n'avaient pas de but précis, étaient équipées pour pouvoir camper, et avaient assez de vivres pour plusieurs jours.   

            Au soir de cette première après-midi, alors qu'il ne devait rester qu'une heure de jour et où tout était nouveau pour la petite aubergiste, Lournn-Go'Ha décida d'installer le campement. Un cours d'eau serpentait dans la mousse, tout près d'une petite clairière. L'endroit était idéal. Après installation des couvertures sur le sol et la mise en place de cailloux pour allumer un petit feu, Solange sortit quelques tranches de lard, ainsi que de quoi faire une tisane. Son père lui avait confié l'une des bouteilles de vin réservée à leur cliente, et tout le monde s'était assis autour du foyer.

— Tu vas voir, avait souri Orlane, c'est une nouvelle vie, que tu vas commencer !

            Elles n'entendirent rien, absolument rien, avant de s'entendre déclarer :

— Je suis navré, tellement navré…

            Les deux immortelles se retournèrent en sifflant comme des serpents. Un homme leur faisait face. Grand, les cheveux courts, bruns et le torse nu. Des tatouages terriblement étranges semblaient danser sur sa peau. Il ne semblait pas armé. Et ce qui frappa davantage les jeunes femmes, ce fut sa manière de se déplacer, lentement, en économisant chacun de ses gestes. On voyait ses muscles rouler sous sa peau. Jade eut une impression de déjà-vu : Il se déplaçait exactement comme ses deux amies…

            L'homme s'inclina lentement avec une majesté incroyable, avant de relever la tête et de déclarer :

— Je viens chercher Solange. Je suis navré, mais elle repart avec moi, ce… n'est pas… négociable.

— Ce n'est pas négociable ?! miaula Orlane, griffes en avant. Mais je vais te dépecer vivant ! clama-t-elle en se jetant sur lui.

— Arrête, hurla Jade, une main tendu vers elle, il est couvert de runes !

            Mais Orlane était déjà sur lui. Les runes de ses avant-bras donnèrent l'impression de glisser sur le poignet de l'immortelle tandis qu'il la saisissait et il la projeta d'un simple mouvement contre l'arbre le plus proche, où elle s'écrasa sur le dos, en gémissant. Les yeux devenus fous, hors d'elle, elle se jeta à nouveau sur lui. Il bloqua, la retourna dos contre lui et la maintint, un bras sous sa gorge et son autre maintenant ses deux poignets.

— Je vais te broyer, hurla-t-elle.

            Mais elle ne broyait rien du tout, complétement immobilisée. Et Lournn-Go'Ha fut là, à côté de lui. Elle ne le frappa pas, elle ne hurla pas, elle saisit simplement son menton, lui tourna doucement la tête vers la sienne et lui murmura :

— Sais-tu qui je suis ?

— Oui, Maîtresse, fit-il en détournant le regard.

— Maîtresse ? répéta-t-elle, semblant amusée.

            Orlane faisait toujours des efforts méritoires pour se délivrer, mais sans y parvenir.

— La femme que tu tiens dans tes bras et à qui tu viens de faire du mal, s'appelle Orlane, reprit Lournn-Go'Ha. Elle partage mes nuits. Tu viens de la projeter contre un arbre… Tu as une minute, une minute pour me convaincre de ne pas te désosser sur place, continua-t-elle sans élever la voix. Orlane, il va te lâcher, tu vas rejoindre les autres, sans rien tenter. Tu as compris ma chérie ? Il est plus fort que toi…

            Orlane fit oui de la tête, arrêtant de se débattre.

—Tu as dix secondes, pas plus, pour la libérer, reprit-elle, toujours en murmurant.

            L'homme hésita légèrement mais relâcha sa prise. Orlane fit un pas, respirant avec force, hésitante, elle aussi.

— Un marché est un marché, ma chérie, rappela son amante.

            Orlane se dirigea vers les autres filles, elles aussi stupéfaites par les événements et se cala entre Jade et Solange avant de se retourner, boudeuse.

— Une minute, donc. J'attends.

            L'homme fixa Orlane un moment, avant de murmurer :

— Vos yeux semblent si jeunes… fit-il en secouant la tête.

            Il sembla se reprendre, et regardant Lournn-Go'Ha, il déclara :

—Vous avez fait une promesse, mais vous n'allez pas pouvoir la tenir. Dans un peu plus de deux ans va se produire un événement que vous ne pourrez jamais totalement oublier. Et vous ne pourrez rien faire, vous comprenez, rien du tout. Vous ne pourrez pas l'éviter. Solange va mourir, j'en suis navré. Et malgré tout votre savoir, vous ne pourrez pas l'empêcher. La parole donnée à ses parents ne pourra être respectée. Solange sera l'un de vos plus grands regrets. Je suis ici pour empêcher que ce drame ne se produise, vous comprenez ? Je suis ici parce que des personnes, pour qui elle tient une place très spéciale au sein de leurs cœurs, veulent qu'elle en réchappe.

— Mais qui ? Qui vous envoie ?

— Je ne peux pas vous répondre et j'en suis navré. Lever la main sur vous, heu, je ne sais pas comment vous appeler, dit-il en fixant Orlane. Enfin, lever la main sur vous m'a fait mal, terriblement mal, mais je n'ai pas le choix, vous comprenez, je dois emmener Solange, ou elle va mourir...

— La minute est écoulée, reprit doucement Lournn-Go'Ha.

— Je suis navré, je vous l'ai déjà dit. Mais je n'ai pas le choix. Si je n'arrive pas à vous convaincre, je vais devoir vous l'arracher. En ce moment même, à cet instant, vous n'êtes pas assez forte pour m'en empêcher. Vous êtes trop jeune. Je préférerais m'ouvrir les veines, que de vous toucher. Je vous respecte plus que tout autre chose en ce monde. Mais je vous le répète, ce n'est pas négociable.

— Plus fort que moi ? sourit-elle, semblant curieuse. Vraiment ?

            Et elle frappa, toute sa volonté focalisée en un seul point, tendu dans un seul but, la luminescence verte de ses yeux à son paroxysme. Elle sentit une résistance, qu'elle défonça proprement. Elle pénétra mentalement son esprit, et le broya. L'homme était par terre, il hurlait en se tordant dans tous les sens.

— Plus fort que moi ? répéta-t-elle en faisant lentement le tour de sa victime. Elle se passa la langue sur les lèvres, avant de continuer, hautaine, impitoyable : Personne n'est plus fort que moi, personne. Tu as touché Orlane. Je ne sais pas si tu peux encore m'entendre, mais ton calvaire risque de durer un long moment. Personne ne touche à Orlane, personne !

      Elle est un ange à côté de moi, tu comprends ? Un ange ! C'est elle qui chasse, c'est elle que j'envoie en première ligne, quand il y a un souci. Toujours elle. Car, elle, on peut finir par la raisonner. Le calvaire qu'elle peut être amenée à faire endurer à quelqu'un, a une fin, tu comprends ?

            Jade se rappela à cet instant de l'homme qui essayait de monter à l'arbre, sous l'impulsion d'Orlane. Pire qu'elle ? Elle frissonna. Je suis du bon côté de la barrière, repensa-t-elle. Elle me serre dans ses bras, elle est douce avec moi. Je croyais qu'Orlane était la pire des deux… Par tous les dieux, comment peut-on devenir comme ça ?

— J'évite par tous les moyens de me mettre en colère ! J'essaye toujours de me contrôler, car moi, je suis abominable !  assena-t-elle en marchant sur l'un de ses bras et en appuyant dessus. Elle sentit une résistance anormale et força jusqu'à entendre un bruit sec : Son avant-bras venait de se briser, provoquant un nouveau hurlement.

— Je vais te briser les os un à un, lentement, pour avoir osé porter la main sur elle. Plus fort que moi ? Mais tu vas mettre des jours à crever ! Des jours ! Tu penses être fort ? Mais tu vas hurler jusqu'à ne plus avoir de cordes vocales ! Ton agonie n'aura pas de fin ! Tu m'entends !? Pas de fin !

— Elle est partie, murmura Orlane, le visage triste. Je ne l'ai vue qu'une fois comme ça. C'est un peu après qu'elle m'ait trouvée. Même moi je ne peux plus la raisonner. Elle ne s'arrêtera que lorsqu'il sera mort. Il ne faut jamais, jamais la mettre en colère, jamais… Ça ne sert à rien de rester ici, venez. Viens Solange, ça ne te sert à rien d'assister à ça.

            Les deux jeunes femmes, livides, ne purent que faire oui de la tête, en se retournant lentement pour suivre Orlane.

            Dans le cerveau du guerrier, un mécanisme se déclencha. Une chose se produisit. Mécaniquement, sans en avoir conscience, sa main encore valide glissa jusqu'à sa taille, et d'une poche, sans que son cerveau commande quoi que ce soit, il sortit le pli donné par sa maîtresse.

Lournn-Go'Ha hésita quelques instants, puis, la curiosité l'emportant, elle s'en saisit, tout en maintenant son emprise sur celui qui était toujours à terre et qui continuait à se débattre en hurlant. Elle attaqua tranquillement sa lecture, en posant son pied droit sur le bras qui venait de lui tendre la lettre, commençant à appuyer doucement. Au bout d'une demi-minute, ses yeux s'écarquillèrent lentement, tandis qu'elle relâchait la pression sur son bras. Et elle se mit à rugir dans une langue inconnue, semblant poser des questions. L'homme lui répondit, mais pour Jade, il fut évident que les réponses sortaient de sa bouche sans qu'il n'en ait conscience. Un dispositif interne, couplé avec son cerveau, venait de prendre le relai, elle en était persuadée…

      Au bout de quelques minutes, à poser des questions et à écouter les réponses qui lui étaient fournies, Lournn-Go'Ha stoppa son attaque mentale en gémissant, semblant terriblement navrée :

— Mais vous ne pouviez pas le dire ? Vous êtes un imbécile. Vous êtes malade ! Vous ne pouviez pas sortir ce pli plus tôt ? Vous n'avez pas réalisé ce qui se produirait en touchant Orlane ? Elle ne vous a rien dit ? Elle veut votre mort ? Vous vous rendez compte que j'aurais pu choisir de vous défoncer à mains nues ? Vous ne l'auriez jamais sorti ce papier !

— Vous êtes, si différentes, toutes les deux, parvint-il à dire, du sang sortant de sa bouche. Vous êtes, si… sauvages… Je ne m'y attendais pas. Je pensais pouvoir discuter… Je pensais qu'en expliquant… Je ne vous pensais pas si forte non plus… Au pire, je pensais vous immobiliser sans vous faire le moindre mal… Par tous les dieux, je n'ose imaginer sa force…       

      Il secoua lentement la tête.

— Elle semble toujours si calme…

— Vous récupérez vite, pour réussir à parler, murmura-t-elle à nouveau.

            Il hocha la tête, parvenant même à se remettre debout.

— Vous dites que j'aurais pu vous écouter au lieu de vous frapper. Mais vous avez fait du mal à Orlane, vous comprenez, fit-elle avec un faible sourire. Et ça, même si c'est elle qui a commencé, je ne peux ni le supporter, ni l'accepter. La situation est-elle si différente que cela ?

— Je ne peux vous répondre, je suis navré, je ne sais pas. Vous comprenez ?

— Oui, vous me dites la vérité... Vous arrivez à tenir debout, remarqua-t-elle avec une pointe de respect dans la voix.

— On m'a durement entraîné, vous savez… Vous me pardonnez ? demanda-t-il avec des larmes dans les yeux, qui ne devaient rien à la douleur.

— Oui, je vous pardonne, dit-elle. Dites-lui que je vous ai pardonné. C'est très important de le lui dire. Mais comment est-ce possible, comment ?

— L'armure, c'est un verrou ADN. Tout simplement ADN. Ouvrez…

— Je ne comprends pas…

— Moi, si, parfaitement, intervint Jade.

— Je ne vous reconnais pas, madame…

— Ma foi, je ne vous ai jamais vu. Remarquez, je ne comprends pas non plus ce qui se passe…

— On n'a plus beaucoup de temps, éluda Lourna. Solange, ma chérie, viens ici, s'il te plait.

— Attendez, j'ai un autre message, pour vous.

— Oui ?

— La nature trouve toujours un chemin, Madame… Maîtresse…

— Lourna, ici, ce sera plus simple, Lourna s'il vous plait, fit-elle en notant que les runes qui couraient le long de son avant-bras brisé devenaient rouge sang.

— Je n'ose pas…

— Ici, c'est comme ça. Lourna. Oui, vous vouliez me dire quoi ? La nature ?

— Elle trouve toujours un chemin. Vous vous inquiétez, quelque chose vous inquiète, je ne sais pas ce que c'est, mais elles, le savent. Continuez comme ça, surtout, ne changez rien. Ça se fera tout seul. J'ai un message en quelques mots, que je ne comprends pas, qui me vient à l'esprit.

            Il énonça une phrase, que Lournn-Go'Ha parut comprendre.

— J'étais inquiète, c'est vrai, oui, merci. Solange ?

            Solange fit quelques pas et Lournn-Go'Ha lui tendit le pli.

 — Les dernières lignes sont pour toi, tu sais lire ?

L'intéressée fit oui de la tête avant de prendre la lettre.

— C'est marqué quoi ? demanda Orlane.

— C'est écrit que j'ai des amies qui m'aiment et qui m'attendent. Qu'elles ne veulent pas que je meure, et qu'elles sont terriblement douées pour empêcher les gens de mourir… Le reste c'est pour moi toute seule, je le garde, fit elle en plaquant la missive sur son cœur, à l'aide de ses deux mains.

— Mais… fit Orlane.

— Ça n'a aucun sens, murmura Jade.

— Combien de temps ? demanda Lournn-Go'Ha au jeune guerrier.

— Une poignée de minutes… Pas plus, après je vais disparaître.

— Votre bras…

— Régénérescence cellulaire, aidée par les runes, oui, ça va assez vite. Encore quelques minutes et je n'aurai plus rien.

— Elles sont capables de faire ça ?

— Si vous saviez, Maît… Si vous saviez, Lourna.

— … Bon, oui, on verra ça...

            La plus ancienne des Immortelles hocha la tête, s'approcha de Solange, la prit par la taille et pencha sa tête vers son oreille. Elle murmura de longues minutes, et au fur et à mesure, on pouvait voir les yeux de la jeune aubergiste s'écarquiller de plus en plus. Au final, elle finit par faire la bise à Lournn-Go'Ha, et s'approcha des deux autres filles. Elle fit la bise à Orlane, qui demeura estomaquée et à Jade, qu'elle remercia particulièrement :

— Merci pour le bain à la rivière, merci d'avoir porté ton attention sur moi.

            Une courte pause, puis :

 — Je vous suis, Monsieur, fit-elle en se dirigeant vers l'homme.

— Mais tu vas où ? crièrent Orlane et Jade en même temps.

            Les larmes aux yeux, Solange répondit :

— Chez moi…           

      Le guerrier passa sa main devant le visage de la jeune femme et celle-ci sembla s'évanouir, alors qu'il l'attrapait pour l'empêcher de tomber. Il la souleva ensuite comme Jade avait si souvent vu Lourna le faire et après un dernier signe de tête, sembla s'effacer, comme lentement gommé, pour finir par disparaître complétement.

— Orlane ! cria l'immortelle en se dirigeant rapidement vers elle, inquiète. Et pour cause, son amie était assise par terre, le visage livide, apparemment très mal en point. Lournn-Go'Ha la prit dans ses bras pour aller la coucher sur l'une des couvertures, déposant par la suite un baiser sur son front.

— Elle est en manque depuis hier, expliqua-t-elle. Je pensais la faire manger cette nuit, mais ce dernier combat l'a achevée…

— Je pensais qu'elle ne mangeait qu'une fois par semaine, chuchota Jade, inquiète.

— C'est vrai en temps normal, acquiesça Lournn-Go'Ha, mais elle s'est battue contre les soldats et elle n'a pas mangé après. Elle était déjà à la limite de ses forces, et là, elle n'a plus du tout de jus…

            Elle posa sa main sur le front de son amante, qui réussit à sourire et même à se rasseoir lentement, aidée par son amie.

— Ça ne va pas fort… fit-elle en grimaçant.

— Je vais te donner à boire. Tourne-toi, Jade, s'il te plait.

— Hors de question, refusa Orlane. On va aller chasser, c'est tout.

— Je ne détecte rien, fit Lourna après un long silence, il n'y a personne à moins de cinq kilomètres. Navrée, mais tu ne tiens plus debout, alors ce sera ça et rien d'autre.

— Jamais !

— Sois raisonnable…

— Tu es souvent raisonnable, toi ?

            Après un long combat intérieur, Jade finit par demander :

— Si je vous trouve quelqu'un, vous me promettez quelque chose ?

— Si tu nous trouves quelqu'un ? répéta Orlane.

— Mon armure a un champ de détection supérieur à cinquante kilomètres, mais il faut me jurer quelque chose… dit-elle en regardant ses pieds, avant de continuer : Orlane est à bout de force, et elle refusera ce que tu lui offres. Une pause, puis : Je ne peux pas vous laisser comme ça, fit-elle en matérialisant son armure à côté d'elle.

— Je ne marche pas au chantage, énonça lentement Lourna.

— Je le sais bien, soupira la jeune Atlante. Laisse tomber, fit-elle en affichant des données.

— Jade, tu vas nous aider à accomplir un meurtre, à tes yeux, tu sais, tu ne devrais pas… murmura Orlane.

— Et je fais quoi ? Je te laisse allonger là pendant des heures, jusqu'à ce que tu n'aies plus le choix ? Que tu déchires le bras de la femme que tu aimes avec tes dents, pour ne pas crever? dit-elle méchamment. Je me méprise, déjà, actuellement, pour ce que je vais faire, alors ferme-la, compris ? fit-elle, le visage rouge de colère. Je ne sais même pas si je pourrai encore me regarder dans une glace ! cracha-t-elle en compulsant des données. Vous avez un groupe d'êtres humains, vous savez, comme moi, comme Solange, comme ses parents, à environ douze kilomètres au nord-est, par là-bas, dit-elle en pointant une direction du doigt. Allez-y, fit-elle en regardant ailleurs.

            Orlane se leva lentement et se dirigea vers elle, dans l'intention évidente de la prendre dans ses bras. Mais Jade recula et siffla :

— N'use pas tes forces, tu vas peut-être te retrouver obligée d'en assassiner un deuxième. Je ne veux pas de tes bras, je ne veux pas de ta tendresse. Va tuer l'une des cibles que je viens de te désigner et bouffe-la ! rugit-elle, les larmes aux yeux.

            Lourna s'approcha d'Orlane et la souleva sans dire un mot, avant de déclarer au bout de quelques secondes :

— Tu parlais d'une condition, dit-elle sans regarder la jeune femme en pleur. C'était quoi ?

Jade hésita quelques instants avant de se passer les mains sur les yeux pour essuyer ses larmes et déclara :

— Le tuer vite, ne pas jouer avec. Vous arrivez par derrière sans bruit et il s'endort, murmura-t-elle en regardant ses pieds.

— Pour toi, pour ce que tu viens de faire pour Orlane et qui te brise le cœur, on va essayer de faire mieux que ça. Merci Jade, conclut-elle avant de s'enfoncer dans les bois en portant son léger fardeau.

      Il faisait nuit depuis un petit moment à présent. Se retrouvant seule, se demandant également où était passée Solange, Jade mit son armure en mode défensif, avec un rayon de deux kilomètres. Elle se coucha sur l'une des couvertures, caressant lentement la petite rune en jade de son collier, songeuse, après avoir étudié un certain nombre de données. Elle finit par s'endormir au bout d'une petite heure, épuisée par sa journée et son chagrin.

            Beaucoup plus tard dans la nuit, elle sentit deux corps tièdes se serrer contre elle. Elle se leva et demanda à Orlane :

 — Ça va mieux ?

— Oui… répondit-elle d'une toute petite voix

— Parfait, bonne nuit, fit-elle en allant se coucher sur une autre couverture.

            Après une infime hésitation, Orlane vint s'asseoir à côté d'elle et murmura :

— On n'a tué personne ma chérie. Ils étaient plusieurs. Comment dire… Pour te faire plaisir, pour ta gentillesse, On s'est débrouillé pour en boire trois au lieu d'un, tu comprends ? Je n'en ai tué aucun, je te le jure. On est arrivé par derrière par trois fois. J'ai bu un peu, et Lourna l'a soigné dans la foulée… Pas de marque, aucun souvenir. Les trois dorment encore à côté du campement. Je ne suis pas complétement nourrie, mais je peux tenir deux ou trois jours sans problème. Cette nuit, tu n'as tué personne. Tu peux toujours te regarder dans un miroir. C'était tellement important pour nous…

— Mais pour soigner, il faut de l'eau…

— Pour les gros soins, oui, pas pour une blessure aussi simple.

— Oh…

            Une pause, puis : j'ai été méchante toute à l'heure, Lournn-Go'Ha est fâchée ?

— Non ma chérie, tu n'as pas été méchante, tu as fait quelque chose qui t'a arraché le cœur, et tu l'as fait par amour pour nous. Lourna n'est pas fâchée du tout, elle me laisse régler mes problèmes toute seule, de temps en temps, c'est tout, finit-elle dans un demi-sourire.

— Tu ne tueras plus personne alors ?

— Cette nuit, j'ai fait moi aussi quelque chose par amour. C'était compliqué. Dangereux. Ce n'était pas marrant non plus et la nourriture avait très mauvais goût… Cela répond-il à ta question, dit-elle en lui caressant les cheveux.

— Oui, souffla Jade. Mais je ne suis coupable de rien, hein, alors. Ils vont manger de la viande et ils iront mieux, c'est ça ?

— Oui, ils vont tuer de petits mammifères généralement complètement innocents qui ressemblent souvent à de vraies petites boules de poils adorables et ils vont les manger. Ils iront mieux par la suite, tout à fait, chuchota Lourna en se mettant à genoux à côté d'elles.

— Excuse-moi…

— On t'adore, tu sais…

— Je suis du bon côté de la barrière, c'est ça ? persifla Jade.

— Tout à fait. Et quel effet ça fait ?

— Et pour Solange ? éluda Jade.

— Lourna m'a un peu expliqué, expliqua Orlane. J'ai du mal à y croire, et toutes les réponses, ou du moins en partie, se trouvent dans un verrou ADN, j'ai pas bien compris…

— Le verrou ADN est la clef… Vous avez sommeil ?

— Pas vraiment, non…

— Alors on va l'ouvrir, je n'ai plus sommeil non plus…

 

 

Bonjour. ce chapitre vous a plu ? Vous avez envie de savoir comment tout a commencé ? n'hésitez pas à lire le Prologue.

Envie de lire la suite ? Vous vous demandez ce que cache ce fameux verrou ADN ? C'est simple : Un appel de détresse, lancé à travers les âges...

Que ce chapitre vous plaise, ou pas, laissez un commentaire, j'adore discuter ^^

Découvert par hasard, le blog de Soskuld, qui vaut à mon sens largement le détour. De la bandes dessinées, des dessins, de l'humour (beaucoup), parfois quelque chose de noir, bref, j'adore !

Bonnes lectures à vous tous.

                                     Peter.

P.S J'ai rajouté les dédicaces de ce roman, que je ne savais pas où placer, à la fin de l'article : "Qui suis-je". Cela m'a paru cohérent.

Encore merci à tous pour vos passage sur le blog !

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Antoine DELOUHANS 25/02/2017 10:24

Trop bien! et un mystère de plus mais là ça envoie!! J'adore la petite crise de Jade :)

Peter Dussoni 25/02/2017 21:10

Ha ha, merci. Oui, Jade finira par réussir à les humaniser. Le chapitre suivant est l'un de ceux que je préfère, l'écrire m'a vraiment plu. Mais cela n'a pas été l'avis de tout le monde. On verra bien :)
Bonne soirée :)

Peter Dussoni 11/01/2017 14:14

Bonjour :)
Bizarre ? Ha ? Pourquoi ? Ça m'interesse ... :)
Bonne journée :)

TiphaineLUE 11/01/2017 15:39

Ça doit être ça. Même, je sais pas trop comment expliquer mon idée. Je sais pas... Il est malaisant ce mec. Et puis ça se fait pas de faire du mal à Orlane !!

TiphaineLUE 11/01/2017 13:56

Il est bizarre Jalen. C'est tout ce que j'avais à dire.
Mais c'est trop bien !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Voilà.

TiphaineLUE 11/01/2017 20:10

Je n'ai pas encore de personnages préférés, mais je me suis attachée aux filles, je les aime bien. Elles sont toutes aussi supercalifragilistiexpialidocious les unes que les autres à leur façon. Les personnages ne sont pas un minimum vivants, ils SONT vivants.

Peter Dussoni 11/01/2017 16:26

J'en déduis qu' Orlane est votre personnage préférée ?
( Mon smartphone a encore mangé la moitié de mon commentaire précédent ...)

Peter Dussoni 11/01/2017 16:24

Han han... Vous lui en voulez de s'en être pris à Orlane ? C'est flatteur , c'est que les personnages semblent un minimum vivants et que l'on peut s'attacher à eux

Peter Dussoni 11/01/2017 14:15

Son comportement peut être ?