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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 11 : Ceci est un appel de détresse, lancé à travers les âges.

Chapitre 11 : Ceci est un appel de détresse, lancé à travers les âges.

— Comment on ouvre un verrou ADN, Jade ? demanda Lournn-Go'Ha, tandis que l'intéressée se dirigeait vers son armure et activait l'interface Holo.

— C'est très facile, en fait. Et si cette personne a dit vrai, on cherche midi à quatorze heures depuis le début pour rien. Note, j'aurais pu y penser toute seule… Quand on te donne la réponse, ça semble toujours tellement évident…

            Orlane regarda l'interface illuminer les bois alentour et murmura :

— Tu m'as crié " Arrête, il est couvert de runes"… Tu voulais dire quoi ?

— Ben en fait, fit-elle en compulsant les données qui s'offraient devant elle, je parlais de ses tatouages, qui n'en sont pas. Vous m'avez prise pour une guerrière, mais je n'en suis pas une, pour tout avouer.

— Comment ça, tu n'es pas une guerrière ? rétorqua Orlane, tu as une armure de combat, non ?

— Non, pas vraiment, c'est plutôt une armure de survie ou d'exploration… Pour tout dire, ce qui se rapproche le plus d'un guerrier atlante, c'est l'homme que nous avons rencontré tout à l'heure, et qui a emmené Solange, on ne sait toujours pas où, d'ailleurs, précisa-t-elle en jetant un œil à Lournn-Go'Ha.

            Celle-ci resta de marbre, et après quelques secondes, Jade continua :

— Les runes sur son corps servent à soigner, à protéger et à combattre. Ça complète une armure de combat. Quand il t'a saisie, tu n'as rien ressenti ?

— Si, je n'avais plus de force.

— Ses runes ont pris ta force en s'enroulant autour de ton bras, oui, et il s'en est servi pour te projeter contre l'arbre.

— Mais Lourna l'a massacré, ton guerrier ! dit-elle, mauvaise.

— Oui, et du coup j'ai compris un truc qui aurait dû me sembler évident…

— Et lequel ?

            Jade poussa un profond soupir, semblant toujours aux prises avec son interface.

— Jade… murmura Lournn-Go'Ha.

— Ton amante cache son vrai visage, Orlane. Elle t'aime, je le crois sincèrement, à un point inimaginable. Elle murmure toujours, elle marche toujours tranquillement. Ses gestes sont posés, mesurés. Quand elle te prend dans ses bras, ou même moi, elle le fait avec une douceur infinie. Un peu comme toi l'autre après-midi, après le... Euh… Le massacre des soldats.

            Elle a peur, peur en permanence, peur de disjoncter, comme toi l'autre jour. Elle a peur car il y a autant de différences entre toi et elle qu'entre un chaton et un tigre adulte.

— Tu exagères un petit peu quand même, murmura Orlane.

— Je ne la mettrai jamais en colère intentionnellement, en tout cas. Après votre départ, j'ai un peu analysé les données récoltées par mon armure, pendant le combat, si on peut appeler ça un combat…

— Tu peux faire ça ? demanda Lourna, amusée.

— Je peux en faire des choses, tu sais… Cet homme était environ quatre fois plus fort que toi, Orlane. Je parle bien de puissance physique, alors que tu es déjà une véritable battante. Il était protégé par un bouclier psy 5 fois, au minimum, plus puissant que celui de mon armure. Lournn-Go'Ha a pulvérisé ses défenses en moins de 3 secondes. Elle n'a pas cherché à comprendre comment les affaiblir ou les contourner, non, elle est passée au travers comme dans du beurre sous l'effet de la colère. Elle a craqué, tu comprends, à la différence de son combat avec moi, lors de notre rencontre, elle a craqué…

            Cet homme est un combattant formidable, crois-moi… Ses os ne sont pas des os, enfin, plus des vrais… Il est modifié… amélioré. Mais mise en colère, la femme que tu aimes l'a mis hors de combat en moins de 6 secondes, j'ai compté ! Elle a brisé son avant-bras juste en marchant dessus, en forçant à peine… Et je ne comprends toujours pas comment il a pu s'en sortir vivant…

            Ne le méprise pas, Orlane, ne le sous-estime pas, si un jour tu devais, par hasard, le recroiser…

            Enfin, je m'égare, ta question portait sur les runes, voilà ce qu'elles sont. Par contre, je vais vous avouer une chose : les trois-quarts des runes qu'il portait me sont inconnues… Je ne sais pas qui les a gravées, mais cette personne doit posséder des connaissances uniques et me surpasse littéralement…

            Elle fit une petite pause, puis affirma :

— Ce n'est pas de la technologie, par contre, là, on parle bien de magie. De la magie runique. Très peu de personnes étaient capables de s'en servir. Une petite poignée, tout au plus. Bon Lournn-Go'Ha, on y est…

— Oui ?

— Si c'est un verrou ADN, il faut que tu poses la main sur mon armure, peu importe où.

— Ha ? Ce n'est pas dangereux ?

— Pas pour toi, grinça Jade.

           Elle s'approcha d'Orlane et lui murmura :

 — On va s'éloigner un peu, des fois qu'elle prenne feu…

— Jade ! fit Orlane, indignée.

            Mais Lournn-Go'Ha se contenta de rire. Un rire chaud, naturel, communicatif et posa sa main sur l'exosquelette sans appréhension.

— Bon, ben, elle n'a pas pris feu… Alors, voyons voir ce dossier… Ouais, il est ouvert… Voyons… Ha ?

— C'est quoi ? demanda Orlane, tout en cherchant les lèvres de son amie.

— Vous ne pouvez pas arrêter trois secondes hein ? Il y a une vidéo, là-dedans. Du genre de celle avec le " bateau en métal ". Et divers documents.

— Comment se fait-il qu'il faille que je pose ma main sur ton armure, pour déclencher un mécanisme ? Ça n'a pas de sens…

— Je ne sais pas… On va regarder la vidéo, on verra bien.

— C'est long ?

— Mieux vaut s'asseoir, à mon avis. Protégées comme elle l'était, il doit y avoir quelque chose d'important dedans, tu sais, répondit-elle à Orlane.

            Jade modifia les réglages de l'écran Holo pour que la vidéo s'affiche à environ un mètre vingt du sol. Elles prirent les couvertures et s'adossèrent toutes trois au tronc d'un arbre conséquent, formant un gros matelas sur lequel elles s'assirent, confortablement calées.

— C'est rigolo, j'ai l'impression d'être à la maison, chez moi, quand j'étais petite et de regarder un film … Enfin, chez moi… Je me rappelle l'avoir fait, mais c'est très flou…

— Mmmh ? émit Orlane.

— Ben, tu es tranquillement chez toi, bien installée, et tu regardes une vidéo. Ça peut être un reportage, des gens qui t'expliquent quelque chose, en fait. Ou bien un film, où des gens font semblant qui leur arrive des choses dans la vie, alors que c'est faux…

— En fait tu regardes des gens vivre ta vie à ta place ? Alors que toi tu es chez toi, c'est bien ça ? C'est un concept, s'amusa Lournn-Go'Ha.

— Dit comme ça, c'est sûr, ça fait moins sympa. Bon allez, je lance…

 

         Elles virent tout d'abord une pièce, magnifique, ornée de statues gigantesques, d'albâtre, représentant des hommes et des femmes sur des chars ou bien des chevaux. Un trône vide occupait le champ de la caméra. Très vite, une voix prononça.

— Sérénissime altesse, tout est prêt.

— C'est traduit automatiquement en français, expliqua Jade. Ne me demandez pas pourquoi…

            Une personne entre deux âges, au visage carré, les cheveux blancs, le teint cuivré, vêtue d'une toge blanche, à la romaine, entra alors dans leur champ de vision et s'assit sur le trône, regardant derrière la caméra.

—Vous pouvez parler, Seigneur.

— Oui, elle va m'entendre ?

— Oui, votre altesse, vous pouvez regarder la caméra.

            L'homme porta ses yeux sur l'objectif, fit en sorte de se tenir bien droit, et déclara, avec une émotion palpable et un immense respect :

— Bonjour Madame… Madame…

Il tourna sa tête sur le côté :

 — Son nom, je ne connais pas son nom…

— Elle choisira elle-même, votre Seigneurie, vous pouvez l'appeler Madame, c'est assez respectueux, ne vous inquiétez pas.

            L'homme hocha la tête, fixa à nouveau la caméra et reprit :

— Madame, je suis l'actuel prince des Atlantes. Je ne sais pas si ce nom vous interpelle ou évoque quelque chose pour vous. Mais, tout comme nous, vous êtes une Atlante, Madame. Vous êtes le fruit de centaines d'années de recherche. Vous êtes notre dernier espoir, Madame. Si vous recevez ce message, c'est que notre technicienne en chef a réussi sa mission.

            Il sembla hésiter, puis se reprit :

—Cette femme représente l'élite de notre société, Madame. Elle s'est portée volontaire, il y a des milliers d'années pour vous. Afin de vous retrouver, afin de vous délivrer ce message.

            On entendit un murmure à côté du Prince et il hocha la tête.

— On m'explique que pour vous trouver, vous atteindre, elle a dû recourir à la violence. Nous en sommes désolés, mais nous n'avions pas le choix. Nos prêtres ont estimé que c'était la façon la plus adaptée de faire en sorte que tout se déroule, du moins le plus possible, comme prévu. Si cette femme est actuellement votre prisonnière, si elle est actuellement maltraitée, nous vous supplions de comprendre, de la pardonner. Un programme dans son cerveau l'y a obligée.

            L'homme sembla hésiter quelques secondes puis continua :

— Madame, vous êtes quasiment immortelle, la dégénérescence cellulaire n'a pas de prise sur vous. Vous avez une intelligence hors du commun. Vous êtes forte. Terriblement forte, sur le plan psychologique et physique. Je… Je vous ai vue, il y a quelques mois, dans votre chambre de stase, avant que vous ne soyez cachée sur un autre continent.

            Un nouveau chuchotement à côté du monarque, qui encore une fois, hocha la tête.

— On m'explique qu'il est très important que vous sachiez que vous avez eu des parents, Madame. Nous avons mis en place un programme de recensement, quand nous avons compris que… Enfin, quand il a fallu le faire. Vous aviez deux mois quand vous avez été repérée. Déjà, à cet âge, nos analystes ont remarqué chez vous des aptitudes hors du commun. Vos parents ont… acceptés, vous comprenez, pour nous, pour essayer de tous nous sauver, ils ont accepté...

            Nouveau chuchotement, nouveau oui de la tête.

— On me dit que nous avons une photo de vos parents, on va vous la montrer. Ils sont morts il y a environ 60 ans. Ils ont vécu heureux, ils étaient fiers de vous… La photo, affichez la photo !

            Une photo apparut en lieu et place de la vue précédente. Un homme et une femme d'une quarantaine d'années, bruns tous deux, vêtus de toges blanches, qui souriaient, en se tenant par la taille.

            Jade se leva à la vitesse d'un serpent et effleura l'interface de quelques mouvement de doigts, avant de reprendre sa place, n'arrivant pas à retenir ses larmes, n'osant pas regarder Lournn-Go'Ha.

— Elle voit la photo ? entendit-on, le son n'étant pas débranché.

— Oui, votre altesse.

— Ha bien, laissez-la un petit peu.

            Au bout d'une minute environ, la photo s'effaça et le monarque réapparut. Une personne entra en courant dans le champ de vison des 3 jeunes femmes, salua son seigneur, le poing sur le cœur.

— Les défenses de Saturne n'ont pas tenu. Une dernière escadrille de cinquante vaisseaux tente une interception, mais ils ne tiendront pas.

            L'homme s'inclina en reculant et disparut.

— Madame, reprit le monarque, semblant craquer. Ils… Ils nous ont retrouvés. Heureusement, le projet était fini. Vous êtes cachée, Madame. Vous êtes en, sécurité.

            Nous… Nous allons tous mourir, Madame. Nous sommes des fugitifs et avions trouvé refuge sur cette planète. Mais ils nous ont retrouvés. Ils ont anéanti notre planète et ils viennent finir ici ce qu'ils ont commencé il y a plus d'un millier d'années.

            Le seigneur essaya de se calmer, se remit bien droit sur son trône et déclara :

— Ceci est un appel au secours, madame. Un appel de détresse, lancé à travers les âges.

Nous sommes condamnés. Toute la population, hommes, femmes, enfants, tous vont mourir, il n'y aura pas de survivants. Notre technicienne est cachée elle aussi. Elle vous rejoindra plus tard. Je ne sais pas pourquoi, mais on m'a expliqué que c'était important qu'elle ne soit pas avec vous au départ.

            Madame, nous sommes impuissants. Complètement impuissants. L'ennemi est trop fort pour nous.

            Si un jour, votre technologie vous permettait de pouvoir lutter à armes égales avec nos envahisseurs.

            Si un jour, Madame, vous deveniez capable de remonter le temps... Nous sommes là, nous vous attendons. Tout notre peuple attend un miracle.

            Sauvez-nous, Madame, pour vos parents, pour tous ceux qui ont eu tellement foi en vous. Montrez-nous que nous avons eu raison. Prouvez à cette race monstrueuse qui a décidé de notre extinction qu'il peut y avoir plus fort qu'eux. Montrez-leur que vous existez. Sauvez-nous, sauvez-nous tous, s'il vous plait.

            Et l'écran s'éteignit. Jade attendit un long moment après l'arrêt de la vidéo avant d'oser regarder Lournn-Go'Ha.

           Elle serrait les mains d'Orlane dans les siennes, et son visage, certainement pour la première fois de sa vie, était ravagé de larmes. Jade n'osa pas la toucher, ni dire quoi que ce soit. Elles restèrent comme ça, jusqu'au petit matin, sans parler, le corps de l'Immortelle secoué de soubresauts, tandis que ses lèvres mimaient parfois, plus qu'elles ne le prononçaient, un seul et unique mot : Maman…

 

 

Et voilà, plus rien ne pourra être pareil, à présent, pour nos trois héroïnes...

Ce chapitre vous à plu et vous êtes arrivés ici par hasard ? Vous pouvez lire le Prologue.

Que ce chapitre vous plaise, ou pas, n'hésitez pas à laisser un commentaire :)

L'image d'illustration du chapitre provient de Pixabay.

Bonnes lectures à toutes et à tous.

                                           Peter.

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TiphaineLUE 16/01/2017 21:08

J'ai envie de pleurer. Mince alors, c'est triste ! Et trop bien. Voilà, respire tiftif... Bon... On aura compris que je suis émotive et que je me suis vraiment attachée à ces personnages. Du coup j'ai trop envie de lire la suite !

Peter Dussoni 16/01/2017 21:16

Bonsoir Tiphaine :)
Un petit peu triste, oui. Un sentiment d'inéluctabilité... C'est bien ce que je voulais faire passer.
La route sera longue, mais l'empereur fait pourtant bien passer un message :
"Prouvez à cette race monstrueuse qui a décidé de notre extinction qu'il peut y avoir plus fort qu'eux. Montrez-leur que vous existez."
Il y a un espoir ^^
Bonne soirée et merci pour votre passage également,

Peter.

Maëlle B. F. 16/01/2017 20:51

Ah super ! c'est mal j'ai ouvert ton mail alors que je devais aller manger, j'ai fait l'ado et lu dans mon coin ! ça fait un moment que je n'ai pas commenté mais pour donner des faits plus que des mots, il fallait vraiment que j'y aille et j'ai préféré te lire ;) Je n'ai pas oublié que je dois toujours te dire où sont les coquilles. Que préfères-tu ? Est-ce que ça te va si je surligne et modifie à côté les phrases ?

Peter Dussoni 16/01/2017 21:11

Hello Maëlle :)
Alors comme ça, on lit en cachette ? ^^
C'est gentil d'être passée, en tout cas. ( Ça fait plaisir )
Oui, oui, pour les coquilles, pas de soucis, je suis preneur :)
Merci encore et à bientôt :)

Peter.