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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 9 : Solange.

Chapitre 9 : Solange.

            Il devait être au environ de neuf heures du matin quand on gratta à la porte.

— Tu peux entrer, Solange, fit la voix de Lournn-Go'Ha alors que Jade gardait les yeux fermés.

"Par tous les dieux, réagit-elle, en les ouvrants d'un coup. Le drap ! Erf, trop loin, et Orlane est couchée dessus ! Mes vêtements ! Dans la pièce à côté ! se lamenta-t-elle intérieurement."

            Solange entra dans la pièce, et Jade piqua un fard monumental. Au gré de la nuit, elle s'était complètement imbriquée avec Orlane, Orlane qui ne semblait pas avoir la moindre envie de faire un quelconque effort pour y remédier. Un bras dessus, un bras dessous, une jambe bloquée par une autre jambe… 

            Ses deux amies semblaient se moquer éperdument de ce qu'elles pouvaient bien montrer… Elle prit sur elle de décider de faire la même chose. Solange garda de toute façon soigneusement le nez par terre avant de déclarer :

— Vous m'avez demandé de vous prévenir quand maman était réveillée…

— Oui, tu as bien fait de venir. J'arrive, et si tu peux monter du lait et une tisane, c'est gentil.

            Solange inclina la tête et sortit avec un sourire. Lournn-Go'Ha se leva en s'étirant, avant de s'habiller et de se diriger vers la porte.

— Je reviens dans une petite heure, Solange va revenir.

Et elle s'éclipsa. Après le deuxième passage de la jeune aubergiste, les deux filles se retrouvèrent attablées, l'une devant un bol, l'autre devant une tasse.

— On s'excuse pour hier soir, quand on a réalisé où tu étais, Lourna est allée te chercher en vitesse.

— Vous avez droit à un peu d'intimité, tu sais, il n'y a rien de grave.

— Si, on s'arrangera dorénavant, éluda Orlane, en portant la tasse à ses lèvres. C'est bon le lait ? Je ne crois pas te l'avoir déjà demandé... C'est marrant.

— J'adore ça, oui, et ça nourrit en plus de désaltérer.

Elle fit une pause, puis demanda :

— Tu peux me raconter comment vous avez rencontré les parents de Solange ? J'ai un peu discuté avec elle et apparemment vous les connaissez depuis longtemps.

— Pourquoi pas ? Oui, si tu veux. Il n'y a pas grand-chose à dire, si ce n'est que c'est la seule personne que j'ai jamais épargné, fit-elle en souriant, s'amusant à dévoiler ses crocs

— La mère de Solange ?

— Non, je ne mange pas les femmes…

— Tu as bien voulu me mordre, moi… Je m'en souviens encore.

            Orlane lui lança un long regard amusé et enchaîna :

— C'était la journée, en mai. Il était prés de midi, et j'avais faim, trop faim. Lourna essayait de me sevrer, enfin, disons de m'apprendre à ralentir le rythme de mes repas. J'étais en manque total. On est tombé sur un homme qui ramassait des herbes, assez à l'écart de ce village. Et on s'est approché.

— C'était son père ?

— Oui, c'était lui. J'avais faim, je n'y suis pas allée par quatre chemins. Mais comme j'étais prête à mordre, j'ai entendu un cri de désespoir. Sa femme était restée cachée dans des buissons, il n'était pas seul. Elle a avancé en me suppliant de le laisser tranquille. J'étais un peu ennuyée, mais vraiment en manque. Je n'aime pas tuer les femmes, mais là, mis à part lui briser le cou, je n'avais pas beaucoup de solution. Ne jamais laisser de témoins, tu comprends… Bref, Lourna s'est approchée d'elle, et j'ai voulu mordre son mari.

— Et il s'est passé quoi alors ? Pour que les deux soient encore vivants ?

— Sa femme a fait, je pense, la seule chose qui pouvait les sauver.

— Ha ? Elle a fait quoi ?

— Elle s'est jetée à mes pieds en me suppliant de les laisser partir.

— Ça m'étonne que cela ait suffi…

— Non, en effet. Lourna était en train de venir l'attraper quand elle s'est accrochée à mon pantalon, et je n'oublierai jamais ce qu'elle m'a dit ce jour-là. C'est ce jour-là que je me suis rendue compte que j'avais peut être encore une petite once d'humanité en moi, résuma-t-elle, songeuse.

— Elle t'a dit quoi ?

— C'est gravé au fer rouge… Elle a levé ses yeux sur moi. Et pour le supporter, mon regard, ma grande, il en faut, du courage… Elle a donc levé les yeux, et m'a dit mot pour mot : Pitié, madame, je suis enceinte.

— Ouch, grimaça Jade, c'était Solange ?

— Oui, c'était Solange, acquiesça-t-elle.

— Et ensuite ?

— Lourna est intervenue… Elle a assis son mari en me faisant non de la tête, mais j'avais déjà lâché prise… Puis elle s'est occupée de la femme. Elle s'est assise derrière elle, l'a prise dans ses bras, et je pense qu'elles ont discuté, échangeant des murmures, pendant plus de deux heures. Son mari était en état de choc, et ne réagissait plus. En temps normal, si tu n'as pas de bouclier psy, c'est déjà compliqué, n'est-ce pas ? Alors imagine quand je suis agressive… Bref, Lourna s'en est occupée après et ils ont longuement discuté, très longuement.

            A la fin, ma chérie a fait quelque chose qu'elle n'avait faite qu'une seule fois pour moi, et vraiment par obligation. Et je déteste ça. Je hais lui faire du mal. Elle m'a tendu son bras, et m'a demandé de boire… J'étais en manque total, et elle le savait, je n'ai pas eu le choix.

            Elle a eu mal, car dans ce cas-là, pas moyen d'être douce, et moi j'ai terriblement souffert de ce que je lui infligeais. Ça me faisait mal, tu comprends… Ils ont compris ce qui se passait. Ils ont compris que Lourna était de parole. On est allé à l'auberge. On a choisi une chambre, et on leur a assuré qu'ils ne risqueraient jamais rien. Mais venant de notre part, en fait.

            Solange s'est un petit peu mélangée les pinceaux hier matin, en affirmant que l'on avait promis qu'ils ne risqueraient jamais rien. Mais de toute façon, pas moyen de ne pas intervenir. Ce qu'ont fait ces soldats m'a rendu complétement folle, et Lourna ne les aurait pas laissés comme ça.

            On a payé plusieurs années d'avance, et on peut venir quand on veut. Ils sont toujours aimables, ne posent aucune question et on s'est assuré de la loyauté de Solange, quand elle était petite. Voilà. C'est un pied à terre. Quand on veut passer un petit moment tranquille, on vient ici, conclut-elle.

— Orlane ?

— Mmmh ?

— Tu te rappelles ce que j'avais dit pour l'amplificateur d'empathie ? fit-elle avec un sourire.

— Qu'il ne pouvait amplifier que ce qui existait déjà ?

            Jade lui fit oui de la tête, continuant de sourire.

— Bon, on va attendre Lourna, et on va aller prendre un bain, tu en penses quoi ?

— J'en ai bien envie, oui, par contre, je voudrais aussi récupérer mon armure. Il faut vraiment savoir ce que contient ce satané dossier, ce ne peut être une coïncidence, tu comprends ?

— Oui… Si ces hommes n'étaient pas passés par ici, je pense que ce serait déjà chose faite, conclut-elle alors que Lournn-Go'Ha poussait la porte.

— Bon, la mère de Solange va mieux. On a longuement parlé et je pense que d'ici une petite semaine tout devrait rentrer dans l'ordre. Ha ! Et des bêtes sauvages ont attaqué une troupe d'hommes dans la forêt, paraît-il. Il n'y a pas de survivant, sourit-elle.

— Si tu n'as pas trop peur des bêtes en question, que dirais-tu d'un bain à la rivière ?

— Bonne idée, on va laisser Solange s'occuper de la chambre.

— Lournn-Go'Ha, pour le dossier…

— Ce soir. Là on va se baigner, on profite du soleil, du beau temps, et ce soir, après manger, on regarde ça, tu es d'accord ?

— Après manger… Orlane mange ce soir ?

— Non, après que toi, tu aies mangé, fit-elle les yeux rieurs, allez les filles, on y va !

            Solange remonta quelques temps après. Comme à son habitude, elle ouvrit d'abord la fenêtre et se dirigea ensuite vers le lit, défaisant le drap.

— Solange, vous voulez venir vous baigner avec nous ?

            La plus ancienne des Immortelles, sur le pas de la porte, se figea avant de se retourner lentement. Orlane bloqua alors qu'elle se dirigeait vers la sortie, et se retourna tout aussi lentement. Solange releva la tête, le corps encore penché sur le lit, la mine stupéfaite, et toutes regardèrent Jade.

            Ça lui avait échappé comme ça. Sans réfléchir. Et maintenant il lui fallait soutenir trois regards, dont un, surtout, semblait poser problème. Le silence dura près de dix secondes, et sembla durer une éternité à la jeune femme blonde. Lournn-Go'Ha finit par détourner ses yeux pour les porter sur la jeune femme de chambre.

— C'est une très bonne idée, sourit-elle, je descends arranger ça auprès de tes parents. Attendez-moi dehors.

— Je suis navrée Mademoiselle, je ne peux pas, ce n'est pas possible. J'ai du travail, et puis, vous, vous êtes, enfin, je ne peux pas aller avec vous…

— Prendre un bain avec nous ne te fera pas de mal, tu verras, c'est agréable, enchaîna Orlane. Jade a une bonne idée.

— Mais Mademoiselle Orlane, je…

— Orlane…

— Je vous demande pardon ?

— Orlane, je m'appelle Orlane…

— Solange, Jade a voulu te faire plaisir, tout simplement, assura Lournn-Go'Ha. Elle a trouvé bonne l'idée de te sortir un petit peu de l'auberge, pour venir te baigner a la rivière, avec nous, car c'est ce que nous avions décidé de faire ce matin. Il n'y a aucun mal à ça. Je pense très sincèrement que cela te fera du bien.

            " Elle lit en moi comme dans un livre ouvert ", songea la jeune Atlante.

— Maintenant, continua l'immortelle, personne n'a le droit de décider pour toi. Tu peux soit venir avec nous, et j'arrange tout. Tu sais à quel point je peux tout arranger, n'est-ce pas ? Soit rester ici, à faire ce que tes parents attendent de toi. Nous sortons, tu t'occupes de la chambre, et Jade ne t'importunera jamais plus. Ce choix te revient.

— Oui, je veux bien, fit-elle en rosissant délicatement.

— Descends avec Orlane, en ce cas, finit gentiment Lourna, j'arrive dans une minute.

            Orlane prit la main de Solange et la mena doucement vers le bas de l'auberge. Lournn-Go'Ha attendit que les filles soient sorties avant de se rapprocher de Jade, de passer une main dans ses cheveux, remontant le long de sa joue, et de demander avec douceur :

— Est-ce bien ce que tu attendais de moi ?

            Jade se rapprocha légèrement, passa ses bras autour de son buste, et murmura simplement :

— Oui, merci, tu as été merveilleuse.

— Pourquoi, Jade ? Peux-tu simplement me dire pourquoi tu as voulu ça ?

— Je ne sais pas, au début ça m'a échappé comme ça, j'ai simplement voulu être gentille. En fait, je crois simplement que cela me fait plaisir, elle me fait du bien…

            Une pause, puis :

— Tu n'es pas fâchée, hein ?

— Non, je ne suis pas fâchée du tout.

— Ha ?

— Oui, allez, allons prendre ce bain. Rejoins les filles dehors, je vais voir ses parents, fit-elle en frôlant ses lèvres.

 

 

           Une fois tout arrangé, Jade mena les trois jeunes femmes là où elle s'était baignée seule, l'après-midi où elle avait réussi à remettre de l'ordre dans ses idées. Un endroit où l'eau, parfois peu profonde, permettait une immersion en douceur, et avec assez de végétation pour être camouflée du regard des autres.

            Solange était anesthésiée depuis son plus jeune âge. Mais voir les deux immortelles dans une chambre, en statique, et les voir se déshabiller en extérieur, avant de plonger dans l'onde et de commencer à nager, ce n'était pas réellement la même chose, elle en eut le souffle coupé.

            La jeune femme blonde intervint alors que Solange devenait elle aussi, comme Jade les jours précédents, rouge pivoine.

— On sait, on sait, elles sont magnifiques, de vraies œuvres d'art… Mais ne t'inquiètes pas, moi, je suis mal fichue comme on n'en peut plus. Alors viens, tu feras la moyenne ! s'amusa-t-elle avant de plonger tête la première dans un trou d'eau.

            Solange hésita encore quelques instants, puis se retourna pour se déshabiller, et demanda d'une voix claire, mais ferme, que tout le monde ferme les yeux. Par affection, les trois jeunes femmes jouèrent le jeu et bientôt elle fut immergée jusqu'à la tête. Elles nagèrent un bon moment, avant que Jade et Orlane n'aillent chercher de la mousse.

            En sortant de l'eau, Lourna et Jade firent chacune passer leurs longs cheveux par devant l'une de leurs épaules, avant d'incliner la tête dans un ensemble parfait et de les essorer .

— C'est pour ça que je préfère les cheveux court, fit remarquer Orlane, c'est trop long à sécher…

— Mes cheveux ne te plaisent pas ? C'est bien la première fois que j'entends ça, fit remarquer Lournn-Go'Ha, amusée.

— Je n'ai pas dit ça…

            La première, Orlane alla s'allonger, afin de sécher au soleil, suivie de ses deux amies. Seule Solange resta dans l'eau. Lournn-Go'Ha attendit dix bonnes minutes, puis lança gentiment :

— Tu vas finir par attraper froid. On ferme les yeux, mais viens t'allonger avec nous…

— Vous ne regardez pas, promis ?

— C'est promis, fit Orlane d'une voix douce, excluant toute moquerie.

            Elles sentirent la jeune femme s'allonger à côté d'elles, sur le sable, et chacune tint parole. Il était midi passé lorsqu'elles revinrent à l'auberge. Solange constata qu'il y avait une nouvelle serveuse et déclara vouloir aller aider son père. Mais Lournn-Go'Ha secoua négligemment la tête :

— On va manger un morceau ensemble, j'ai réservé une table ce matin. Ton père a une nouvelle serveuse, ne t'inquiète pas.

— Je peux tout de même aller lui parler ?

— Bien sûr. On va t'attendre là-bas.

            Solange se rapprocha rapidement de son père et se mit à lui parler, en se tordant les mains. La discussion parut durer quelques minutes puis son père la prit dans ses bras et la serra fort. La jeune femme essuya une larme, et quitta la pièce.

— Elle va où ? demanda Jade, intriguée.

— Voir sa mère, je suppose…

— Ha oui…

— Jade ?

— Oui ?

— Nous allons bientôt partir d'ici. D'ici un jour ou deux, pas plus.

— Partir d'ici ?

— Oui, les gens finissent toujours par se poser des questions. On va essayer de voir ce soir pour ce mystérieux dossier, comme tu l'appelles, mais après, on s'en va. Et tu viens bien évidemment avec nous. Mystère éclaircie, ou pas.

— Oh.

— Il y a un souci ?

— Non, répondit précipitamment la jeune Atlante… Non non, je vous suis…

— Jade ?

— Mmmh ?

— Réponds-moi franchement. La présence de Solange te fait-elle du bien ?

— Et bien, comment dire, elle est comme moi…Tu comprends. C'est une fille normale, enfin, comme si j'étais normale, fit-elle en levant les yeux au ciel. Mais oui, j'apprécie sa présence, c'est vrai.

— Elle vient avec nous, lâcha négligemment l'Immortelle.

— Heu, comment ça ?

— On l'emmène, j'ai l'accord de sa mère. Je lui ai beaucoup parlé, tu sais. Elle sait sa fille en sécurité avec moi. Elle lui espère un avenir meilleur que le sien. Elle sait que je suis de parole. Le destin de Solange n'est pas de finir ses jours ici, fit-elle dans un demi-sourire.

— Je sais pas comment on va faire pour le lit. A quatre dedans… grinça Orlane.

— Quatre ? Mais vous avez vu Solange ? Comment pouvez-vous imaginer une minute que…C'est n'importe quoi. Et mon armure ? Et quand vous chassez, et quand vous voulez faire l'am…

— Me voilà, fit une voix claire dans son dos.

            Solange paraissait quelque peu déboussolée, Jade picora plutôt qu'elle ne mangea et les deux Immortelles burent comme d'habitude, une tisane et un verre de vin.

— Maman m'a dit, commença-t-elle.

            Lournn-Go'Ha leva la main.

— On va aller promener, ma chérie. On va parler de tout ça.

            "Ma chérie, nota Jade. J'ai loupé un truc, il a l'air gros, mais je l'ai loupé, songea-t-elle."

Elles finirent l'après-midi et la fin de la journée à se promener à la lisière des bois, ou le long des champs de blé. Le soleil était partout, la fin de journée était belle, et les quatre femmes passèrent, semble t'il, un très bon moment. Lourna et Solange ralentirent plusieurs fois le pas, se retrouvant alors de longs moments en arrière, se tenant la main, à discuter et à parfois sourire. A la nuit tombée, après un repas vite expédié, cette fois, dans leur chambre, et apporté par Solange, Lourna prit sa décision et demanda :

— Tu peux la faire venir ?

— Ben oui, fit-elle en glissant un regard en coin à Solange.

— Solange peut tenir un secret, ne t'inquiète pas, et elle est déjà au courant.

— Oh ?

— Fais-la venir, s'il te plait, on va se pencher sur cette énigme.

            Orlane se cala sur le lit, contre le mur. Solange s'assit sur le bord du lit, les mains jointes sur ses genoux. Lournn-Go'Ha se plaça debout, légèrement en retrait par rapport à Jade, et celle-ci finit par dire :

— Cible transfert biométrique : autorisation !

            La lueur bleuâtre apparut dans la chambre, entre la table et la porte, et Solange, bien que prévenue par Lournn-Go'Ha, dans l'après-midi, ne put retenir un sursaut. Deux bras l'attrapèrent par le buste, et Orlane lui murmura, passant ses jambes de chaque côté de son corps et calant son dos contre elle :

— N'aies pas peur, tu vas voir, c'est très joli. Vraiment merveilleux.

            Solange hésita quelques secondes avant de se laisser aller contre le corps assis derrière elle, regardant alternativement la lueur et Jade.

— Stabilisation extérieur hôte : modification !

L'armure se solidifia sur place, pulsant légèrement.

 — Mode Holo, extérieur : modification !

La pièce se nimba de la lueur de l'interface de l'exosquelette, et Solange ne put retenir un petit cri d'émerveillement.

— Alors, voyons voir ça… Bon revoilà ce fameux dossier. Tu vois, il porte bien ton nom, mais je ne vois pas comment l'ouvrir, j'ai tout essayé…

            Au bout d'une petite heure de nouveaux essais infructueux, Orlane demanda :

— C'est possible de faire voir à Solange le bateau en fer qui vole ?

— Orlane, on est sur un truc, là…

— Ben, c'est pour voir si elle a peur… Et puis ton truc, vous n'arrivez pas à l'ouvrir, de toute façon…

            Lournn-Go'Ha jeta un œil amusé sur son amante.

— Jade, si ça lui fait plaisir, sourit-elle.

— Tu lui passes absolument tout, fit-elle en bougonnant.

— Oui ma chérie, c'est comme ça. Montre-lui, s'il te plait.

— Bon, j'ai une question avant. Orlane, je peux savoir pourquoi tu ne mordilles pas Solange, s'il te plait ?

— Tout simplement parce qu'elle n'est pas toi, ma chérie.

               Jade secoua la tête d'un air désespéré.

— Ouais, en fait tu me mordilles pour me faire plaisir, c'est ça ?

— Naturellement… Tu adores ça, fit une Orlane plus que sincère.

— J'avoue, ce n'est pas faux, avoua-t-elle en soupirant. Bon, ok pour le vaisseau…

            Solange regarda avec beaucoup d'intérêt la vidéo en trois dimensions, et, au grand désespoir d'Orlane, arriva à ne pas crier au moment du tir et de l'explosion.

— Tu n'as pas crié, lâcha Orlane, légèrement rancunière.

— Vous m'avez bien expliqué que c'était faux, comme dans un rêve, donc je n'ai pas eu peur…

— Oui, mais bon, quand même...

— Bon, si tout le monde est content, je continue mes recherches, hein.

            Aidée de Lournn-Go'Ha qui fit proposition sur proposition, avec beaucoup de justesse, remarqua la jeune Atlante, elle essaya de parvenir à ses fins jusqu'à une heure avancée de la nuit. Rien n'y fit.

— Regarde, fit Lournn-Go'Ha, d'une voix amusée.

            Jade regarda derrière elle pour voir Solange, profondément endormie, dans les bras d'une Orlane qui ne savait pas trop quoi faire.

— Bon, il est tard : on va dormir.

— C'est encore un échec, Lournn-Go'Ha.

— Oui, mais on finira par réussir, ne t'inquiète pas.

— On fait quoi pour Solange ?

— Tu as le cœur de la réveiller ?

— Non, pas vraiment…

— Alors on va se coucher nous aussi, et demain il fera jour, selon l'expression consacrée, fit-elle en souriant.

— On ne se déshabille pas ?

— Non, pas question que Solange se réveille dans un lit avec nous, nues, dedans. Pour une nuit, on ne va pas en mourir.

            Jade se coucha contre l'immortelle et monta sa tête à hauteur de la sienne.

— Je peux te parler un peu ? fit-elle en murmurant.

— Oui, bien sûr, j'adore parler en murmurant, sourit de nouveau Lourna.

— Tu peux faire preuve de tant de tendresse, de gentillesse, d'amour même. Je ne comprends pas comment vous pouvez parfois faire autant de mal autour de vous. Comment vous pouvez tuer tous ces gens. Ça me dépasse.

— Tu préférerais que je sois atroce ? murmura Lournn-Go'Ha en enroulant un de ses doigts dans l'une des mèches de cheveux de la jeune Atlante. Tu préférerais que j'égorge Solange dans son sommeil ? Tu préférerais que je t'immobilise et que je prenne ton corps, pour que tu n'aies plus à te poser de questions concernant mes comportements ? finit-elle, curieuse.

            Jade enfouit son visage dans les cheveux de l'immortelle et murmura en retour :

— Je n'arrive plus à avoir peur de toi, ni à t'en vouloir de quoi que ce soit.

Elle fit une pause avant de murmurer à nouveau :

 — C'est mal de se poser des questions ?

— Non, ce n'est pas mal de se poser des questions. Je te l'ai déjà dit, nous sommes ce que nous sommes.

Elle réfléchit, puis souffla :

 — Regarde les chats, ils peuvent dormir des heures sur toi, être câlins, te mordiller doucement, pour jouer. Faire pattes de velours. Mais mets-les en face d'une proie, que se passe-t-il ?

— Ils jouent avec pendant des heures, avec une cruauté inimaginable.

— Tu es du bon côté de la barrière, Jade. Tu as notre affection, elle est rare. Mais nous restons ce que nous sommes vis-à-vis des autres, c'est comme ça.

— Et Solange, elle a aussi votre affection ?

— Solange, c'est un cas très différent du tiens, mais oui, elle a toujours eu notre affection.

— Lournn-Go'Ha ?

— Oui ?

— Je crois que je vais dormir, tu veux bien me prendre dans tes bras ?

— Comme si tu avais besoin de poser la question, se moqua gentiment l'Immortelle en s'exécutant.

— Tu sais Lourna, je ne me rappelle pas avoir eu de sœur.

— Dors ma chérie. Tu en as deux autour de toi, à présent, affirma-t-elle en resserrant son étreinte.

            Et Jade sombra dans un sommeil sans rêve. Celle-ci endormie, Orlane demanda quoi faire au petit matin, si Solange voulait redescendre.

— Tu vas t'allonger doucement, pour qu'elle soit le plus confortable possible, laisse tes bras autour d'elle. Mais, si, au matin, elle se réveille avant Jade, et qu'elle force pour repousser tes bras, laisse-la se libérer.

— D'accord. Tu l'aimes, hein ?

— Jade ? Oui, évidemment, mon cœur. Tu es jalouse ? Au bout de sept-cents ans, tu te mets à être jalouse ? Elle n'est pas comme nous, tu sais. Et il n'y a aucune raison que cela change. Il faudra lui trouver un homme, à l'occasion, sourit-elle.

— Lourna ?

— Oui, ma chérie ?

— Elle va vieillir…

— Tu touches à quelque chose qui me fait mal, là, Orlane.

Le silence dura à nouveau plusieurs minutes.

— Tu lui as menti, tu sais très bien à quel moment je me suis transformée.

— Oui, je lui ai menti.

— Et même pour cette raison, tu ne le feras pas ?

— Orlane, si on t'avait proposé l'immortalité en échange de ce que l'on t'a fait subir, avant que tu ne tombes sur moi, tu aurais dit quoi ?

— J'aurais dit non.

— C'est pareil pour Jade. Tu te vois la bloquer sur un lit, et lui faire subir ça de force, en prétextant que c'est pour son bien ?

— Non, bien sûr que non. Ce n'est pas ce que je voulais dire, dit-elle d'une voix meurtrie.

— Alors on verra bien, elle est encore jeune, elle est modifiée, elle nous a dit. Laissons le temps au temps.

— Lourna, si j'avais été un garçon ?

— Tu as besoins de parler, on dirait mon ange… Et bien de deux choses l'une. Soit tu serais morte au premier creux à l'estomac que j'aurais ressenti, soit je serais hétéro. Tu te débrouilles pour parler de choses qui me font mal alors que nous sommes quatre dans ce lit et que je ne peux même pas te prendre dans mes bras ! Tu es ma seule faiblesse, Orlane, la seule ! N'en profite pas pour essayer de me faire du mal parce qu'une fille blonde est arrivée dans ce lit, alors que tu l'adores toi aussi ! Personne ne pourra jamais te remplacer Orlane, personne sur cette terre n'en est capable ! Alors arrête tes bêtises de fillette de quinze ans, s'il te plait !

— Je commence à être en manque, je suis désolée, dit-elle d'une voix triste.

— J'ai bien compris ma chérie, maintenant dors, demain je t'emmène à la chasse, ne t'inquiète pas.

— Je t'aime.

— Je t'aime aussi.

            Elles se saisirent par la main et fermèrent les yeux.

Voilà. Ce chapitre vous a plu ? Vous êtes tombé ici par hasard ? Vous pouvez débuter par le prologue.

Envie de lire la suite ? Partez à la rencontre de Jalen...

Que ce texte vous plaise, ou pas, n'hésitez pas à laisser un commentaire, en bien, ou en mal.

        Voilà, les personnages sont plus ou moins calés et ne demande plus qu'à évoluer. Dans le chapitre suivant, nos héroïnes se mettent en route. Mais le chemin sera long et certaines rencontres, imprévues...

          La première partie du roman s'achève ici. A partir du chapitre suivant, plus rien ne pourra être comme avant, que ce soit pour Jade, ou ses deux compagnes. Il ne reste plus à Lournn-Go'Ha qu'a partir à la rencontre de son destin. Qui est-elle vraiment ? Pourquoi a-t-elle vue le jour ? Dans quelles conditions ? Qu'est-il advenu de Jalen ? Orlane, est-elle réellement si forte que ça ? Et jusqu'où serait prête à aller Jade, pour sauver l'un des deux monstres, qu'elle appelle à présent, amies ?

          Un petit lien pour finir, comme je commence à en avoir l'habitude : Un blog sympa de critiques de livres. Je m'y sens bien quand je le parcours, suivez le lien pour rencontrer Lectures en B, apparemment tenu par une lectrice non soignée pour son addiction. (Un comble)

Quelles qu'elles soient, bonnes lectures !

                                                                      Peter.

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Antoine DELOUHANS 24/02/2017 16:17

Mystères et suspens au rendez-vous! Comme vous dites on arrive à un tournant et j'attends avec impatience de découvrir les embuches auxquelles les filles devront faire face :) On attend tellement de connaitre leur histoire à ces deux Immortelles, de savoir ce que contient ce satané dossier ;)
Bravo encore pour le rythme et la montée en puissance régulière qui nous incite a vouloir "cliquer" les pages.

Peter Dussoni 24/02/2017 19:42

Bonsoir Antoine, et merci pour votre passage et votre commentaire.
Ce livre est véritablement une genèse, donc les personnages mettent un peu de temps à tous se caler entre eux. tant mieux si la mise en place ne semble pas trop longue, c'est parfois ma crainte...
Bonne soirée !
Peter.

TiphaineLUE 04/01/2017 19:41

Que de questions... hâte d'avoir les réponses !

TiphaineLUE 05/01/2017 18:15

Je cours y jeter un coup d'oeuil !

Peter Dussoni 04/01/2017 20:58

Bonsoir. Oui, pas mal de réponse dans les deux prochains chapitres. Un extrait du suivant est en ligne sur ma page Facebook.
Bonne soirée et merci pour votre passage !
Peter.