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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 23 : May 2.0

Chapitre 23 : May 2.0

               Le lendemain matin, après une première nuit blanche passée au côté de May, Jade reçut la visite d'Orlane.

— Tout va bien ? On a pris une décision, cette nuit. On va descendre le lit ici. Pas question que tu passes tes nuits toute seule ici. Et puis je voudrais que tu me donnes des cours.

— C'est gentil ça, sourit Jade. Et oui, ok pour les cours, si ça t'intéresse.

— Oui !

            Jade resta silencieuse quelques instants, puis hésita :

— Elle a côtoyé des humains, n'est-ce pas ? A un moment ou à un autre… Je n'ai jamais osé lui poser la question.

— Ha han… Comment en es-tu venue à croire ça, dis-moi, fit Orlane, mi-curieuse, mi-amusée.

            Jade relia une poche de liquide ambrée à un cathéter, surveilla la réaction du corps de May sur un écran, fit une légère grimace et procéda à plusieurs ajustements, Orlane attendant calmement à ses côtés, surveillant attentivement ses gestes. Et c'est au bout de quelques minutes, semblant satisfaite, que Jade reprit :

— Sa main sur mon ventre… fit elle en secouant la tête. Je me pose la question depuis longtemps, tu sais… Elle avait posé sa main sur le ventre de la maman de Solange. Elle avait ensuite déclarée qu'elle n'était pas fertile… Ça ne s'invente pas.

            Orlane fit deux pas et posa son regard sur le corps endormi de May, caressant sa joue du dos de sa main.

— Elle m'a déjà plusieurs fois ouvert ses bras. La première fois, à l'auberge de Solange. Elle a su comment me calmer, m'attirer à elle. Ça non plus, ça ne s'invente pas, continua la jeune Atlante.

— Ça marche aussi sur moi, tu sais, pas que sur les humains, fit l'Immortelle, en se retournant.

— Elle a appris sur toi ?

— Non. Non. Elle savait déjà le faire.

            Jade hocha la tête.

— Elle sait soigner avec un verre d'eau. Elle régénère toute seule… Quelle utilité ? Mis à part si effectué sur un humain, comme elle l'a fait sur moi, toujours à l'auberge. Tu apprends à faire des choses qui ne te servent à rien, toi ? Non, Ça n'a pas de sens. Et puis qui lui a appris à faire ça ?

            Orlane se contenta de sourire.

— Elle sait endormir quelqu'un en posant sa main sur son front. Elle sait anesthésier la peur, chez un être humain. Solange en est le parfait exemple. Elle a compris ma réaction, le premier matin où on s'est retrouvé toi et moi ensemble. Ça ne s'invente pas, encore une fois…hein… Donc, j'en suis persuadée, à un moment ou à un autre… Et puis il y a encore une dernière chose, mais de toute façon, je suis sure d'en oublier.

— Laquelle ?

— Je t'ai vue te battre Orlane, à moins que tu ne triches ? Mais tu arraches des membres, tu mutiles, tu griffes… Comme avec les soldats…

— Non, je ne triche pas. Je me bats effectivement comme ça.

— Lournn-Go'Ha, je m'en rappelle parfaitement, m'avait donné un coup de pied à la tête. Puis un coup de paume en plein plexus. Le seul que j'ai vu se battre comme ça, c'est Jalen. Alors ? Encore une fois, qui lui a appris à se battre de cette manière ?

— Je vais être honnête avec toi, jade. Je n'en sais absolument rien. Rien du tout, ma chérie. J'en suis moi aussi, bien avant toi, bien avant de te connaitre, arrivé exactement aux mêmes conclusions.

            Mais c'est tabou. Complètement tabou. Lourna n'en parle jamais. Pour te sauver, quand tu étais malade, je lui ai posé plein de questions. Je n'ai appris que deux trucs, pas plus. Et je garde ces deux trucs pour moi. Ils m'appartiennent.

            Pour elle, sa vraie vie commence avec moi, c'est ce qu'elle m'a plusieurs fois affirmé. Je ne connais pas plus que toi la Lourna qu'elle a été avant de me rencontrer. Ou presque pas. Tu as très certainement raison, Jade. Et je pense exactement la même chose que toi.

— C'est tabou…

— Oui, complètement. Et puis, tu sais, parfois, le passé, il vaut mieux ne pas le connaitre. Fais comme moi. Vis à côté d'elle. Elle t'aime, tu le sais. Profite simplement du fait de pouvoir marcher à ses côtés.

— Orlane, tu te souviens que je vous avais affirmé me sentir comme droguée, peu de temps après notre rencontre ?

— Oui, je n'oublie pas grand-chose, tu sais.

— Là encore, Lourna a tout de suite compris ce que je ressentais. Je n'étais pas la première à avoir eu ce sentiment… Tu as vécu un moment à côté d'elle, tout en demeurant humaine… N'est-ce pas ?

— Plusieurs années, oui, admit Orlane dans un murmure, le regard trouble. Oui. Mais moi, ma chérie, à ta différence, droguée, je l’étais au dernier stade…

          Il fallut deux mois à Jade pour arriver à ses fins, et beaucoup de stress et de transpiration, tellement le corps de la rouquine était endommagé au départ.

            May finit par ouvrir les yeux, Jade à son chevet.

— Bien le bonjour, May, murmura la jeune femme blonde, vous avez mal quelque part ?

— Bonjour Mademoiselle. Non… Non, je me sens très bien…

— Pas envie de boire ?

            La jeune femme fronça les sourcils et déclara, hésitante :

— Non, pas du tout.

— Votre organisme est sevré. Voulez-vous essayer de vous lever ?

            May se leva et fit quelques pas dans la pièce, stupéfaite par les sensations qu'elle percevait.

— Je vais vous laisser à Lourna, la femme à la barre de fer, vous savez, sourit Jade. Mais avant, je voudrais discuter trois secondes avec vous, si vous le permettez.

— Oui, bien sûr, fit May en s'asseyant sur le bord du lit.

— C'est moi qui vous ai opérée en urgence. Vous êtes complètement sauvée, à présent, vous ne risquez plus rien.

— Merci beaucoup, fit une May hésitante.

— Vous devez la vie à un homme, du nom de Jalen. Vous le connaissez ?

— Non, du tout.

— Vous étiez en train d'être passée à tabac et il est intervenu.

— Je me souviens de beaucoup de douleur, oui, beaucoup, et je me suis réveillée devant votre drôle d'amie. Mais c'est tout.

Jade prit une profonde inspiration.

— Je vous engage à aller remercier cet homme. Je ne vais pas être méchante, May. Ou, du moins, je vais essayer de ne pas l'être. Je ne vous connais pas. Sans lui, vous seriez morte. Vous étiez une fille de joie. Je vous interdis, vous m'entendez, je vous interdis de coucher avec lui une fois ou deux, pour le remercier. Cet homme a déjà beaucoup souffert, par ma faute. C'est le genre de personne qui s'unit pour la vie, voyez- vous. Il ne comprendrait pas. Si vous lui faites du mal, si vous le brisez, si je le vois souffrir à cause de vous, je vous broie. Lourna a promis de ne pas vous faire de mal. Pas moi. Vous êtes devenue terriblement forte, May, vous allez apprendre à découvrir votre corps. Toutes vos limites ont été repoussées. Ne vous imaginez jamais, jamais, que vous m'êtes supérieure, jamais !

— Mielle ? fit la voix de Lourna dans son dos, notre amie s'est réveillée ?

— Mielle ?

— Et bien je ne sais pas… Des menaces… Je vous broie… Je vous suis supérieure… Je n'ai jamais entendu Jade dire ça. Alors j'ai cru… Cette femme qui m'a l'air au demeurant des plus sympathiques vient de sortir de deux mois de coma, et toi tu lui parles de Jalen… Tu veux bien nous laisser un petit peu seules, toutes les deux ?

— Oui, bien sûr, excuse-moi Lourna, je suis fatiguée, je crois. Le stress. J'ai été méchante et vous ne le méritez pas, May, reprit-elle, sur un ton d'excuse. Pardonnez-moi. Ça a été dur, pour moi, ces quelques semaines… Je suis vraiment navrée, affirma-t-elle en caressant gentiment la joue de la rouquine.

— Tu as été une championne. Orlane t'attend. Va te reposer.

— Oui… fit Jade avant de lui frôler les lèvres et de s'éclipser.

— Votre petite amie ?

— Non, du tout. Ma petite sœur.

— Ha.

— Vous vous sentez comment ?

— Plutôt bien, très bien même.

            Lourna écarta lentement ses bras et murmura :

— Venez un peu me voir, on a beaucoup de choses à se raconter, toutes les deux.

               Trois heures plus tard May apparut dans le salon où Orlane et Jade, assises, discutaient tranquillement.

— Jade ? fit la rouquine en se penchant et en la prenant dans ses bras. Merci, merci et merci encore.

— Ha ?

— Orlane, salua-t-elle en inclinant la tête.

— May, fit Orlane en lui rendant son salut.

— Où est ce fameux Jalen, à qui je dois la vie ?

— Deuxième porte à gauche, à droite au fond du couloir… répondit Jade.

— Merci.

            Au bout de quelques minutes, Orlane hésita :

— Lourna…

— Elle peut obliger May à… ? C'est un peu horrible…

— Non, du tout. Mais elle peut faire comprendre bien des choses. Tu le sais. Si May se posait des questions, elle est maintenant en pleine possession des réponses, tu peux me croire. Jalen est adorable, il faut bien l'avouer. Et May devrait être morte… Elle va certainement avoir le courage de tenter sa chance. Maintenant, si ça ne colle pas, ce ne sera de la faute de personne, Jade. Comprends le bien.

— Oui, murmura la jeune femme, bien sûr. Si ça colle pas, ça colle pas. Ce que je ne voulais pas, c'est qu'elle fasse ça une fois ou deux, juste pour le remercier. Le reste, effectivement, ne me regarde pas.

— Ça collera, je peux te le promettre, Jade, affirma Lourna dans un demi-sourire, en pénétrant dans la pièce. Ils se ressemblent beaucoup… Je retourne travailler à présent, annonça-t-elle, volant un baiser à Orlane avant de se diriger vers la pièce qui lui servait de bureau.

            Au bout d'une petite heure, Orlane demanda :

— On écoute ?

— Orlane !

— Ben quoi ?

— Ça ne se fait pas…

            Orlane ferma les yeux quelques secondes et déclara, amusée :

— Elle est du genre rapide, tout de même... !

            Au fil des années, Jade avait réussi à apprendre à cerner un bruit par rapport à une position donnée. Transformant le brouhaha qu'elle percevait depuis sa transformation en véritable outil "d'espionnage". Mais également de communication. Elle ferma également les yeux quelques secondes, juste le temps de devenir pivoine. Puis les deux amies se regardèrent et éclatèrent de rire.

             C'était le début du printemps 1994 et en ce milieu de matinée, le soleil faisait déjà se réfléchir la mer comme un miroir. Miroir zébré par l'écume des vagues qu'un léger vent faisait naitre, avant de les envoyer mourir sur les plages de la Côte d'Azur. Une moto noire de grosse cylindrée venait de quitter une gigantesque propriété située dans les hauteurs de St Raphaël et se frayait à présent un chemin dans la circulation, déjà dense pour ce début de saison, louvoyant avec adresse entre les voitures. Elle finit par s'immobiliser devant un salon de thé dont la terrasse, donnant sur le front de mer, offrait un magnifique point de vue sur la belle bleue.

            Une fine silhouette, entièrement vêtue de cuir, mit un pied chaussé d'une botte dotée d'un talon de plus de dix centimètres à terre, avant d'envoyer son autre pied chercher et caler la béquille. Elle attendit que sa passagère, vêtue de la même façon, à l'exception des talons, lâche sa taille et descende de l'engin, pour la rejoindre. Elle retira ensuite son casque intégral, noir lui aussi, secouant la tête, faisant voler ses cheveux couleur de jais, coupés au carré, afin de leur redonner du volume. Elle fut bientôt imitée par la jeune femme, blonde comme les blés, dont les cheveux descendaient jusqu'à la taille, qui avait été sa passagère.

— Il parait qu'ils ont un thé noir au miel, orange et figue, commenta Orlane.

— J'ai toujours préféré le thé vert, mais s'il est vraiment bon… Pourquoi pas, sourit Jade, se gardant bien de montrer ses dents.

— On rentre ?

— On rentre !

 

 

Bonjour.

N'hésitez pas à jeter un oeil au Prologue, histoire de voir comment tout cela a commencé.

Les Allées et venues nocturne. Vous aussi vous aimez ça ? Alors allez vite lire ce nouveau chapitre :)

Balades cosmiques, un blog qui m'a particulièrement plu, on dirait qu'il est fait pour moi ^^

Pas beaucoup de temps, en ce moment... Comme beaucoup d'entre vous, je suppose ^^ Je fais au mieux :)

Bonnes lectures à toutes et à tous.

 

                                                      Peter.

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TiphaineLUE 25/03/2017 15:30

Miel, orange et figue ? Ça existe ?

Peter Dussoni 25/03/2017 20:51

Bonsoir Tiphaine.
Ha oui ! C'est un amateur de thé qui vous le confirme ^^