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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 24 : Allées et venues nocturne.

Chapitre 24 : Allées et venues nocturne.

            Cela faisait à présent quelques années qu'elles avaient fait construire plusieurs gigantesques villas, au cœur d'un domaine de plusieurs dizaines d'hectares, non loin de St Raphaël. Des murs et grilles de plus de deux mètres de haut ceinturaient l'ensemble de la propriété. Un seul portail, monumental, permettait l'accès au domaine et était veillé nuit et jour par un service de sécurité privé dépendant entièrement des propriétaires des lieux.

            C'était la nuit, environ une semaine après que Jade et Orlane aient décidé de se rendre au salon de thé tous les matins, appréciant de pouvoir bavarder ensemble en s'adonnant à ce plaisir simple qui était le leur, ne se lassant pas du spectacle que la mer offrait en permanence.

Plusieurs siècles avaient passé depuis que Jalen avait rejoint leur rang et le recrutement avait lentement commencé.

            Après May, deux autres personnes, triées sur le volet, avaient été opérées par Jade, qui avait encore accompli de notables progrès en matière de biotechnologie, parvenant à ralentir, mais pas encore à stopper, la dégénérescence cellulaire. Elle était plus à l'aise avec les runes, et deux guerriers, néanmoins bien inférieurs à Jalen, avaient donc vu le jour. Il y avait plus d'hommes que de femmes, contrairement à ce qu'avait connu Jalen dans son lointain futur, mais il fallait bien un début à tout, et les trois amies étaient certaines d'arriver à un équilibre, même si cela devait prendre un ou deux siècles encore.

            Tout allait pour le mieux, jusqu'à cette fameuse nuit où la plus ancienne des Immortelles ouvrit subitement les yeux, consciente que quelque chose d'anormal était en train de se produire.

— Lourna… murmurèrent Orlane et Jade.

— Oui, je sais… fit Lournn-Go'Ha en attrapant son portable, s'asseyant dans son lit, semblant attendre une confirmation.

            Un homme de très grande stature, à la peau d'ébène, apparut à l'embrasure de la porte, après avoir poliment frappé. Il évita soigneusement de regarder dans la chambre, la maison pourtant plongée dans le noir complet.

— Une quarantaine d'hommes, Mademoiselle. Des troupes d'élites, lourdement armées et un pc de commandement à l'extérieur de nos murs. Notre personnel civil a été neutralisé au niveau du portail. Ils avancent lentement en longeant l'allée principale.

— Merci à toi, fit Lournn-Go'Ha en composant un numéro.

            Quelques sonneries plus tard, elle déclara froidement :

— Il me semblait que nous avions un accord…

            Un silence au bout du fil puis des ordres aboyés sur un ton sec, destiné à quelqu'un d'autre que son interlocutrice. Un nouveau silence, puis :

— Une malencontreuse initiative. Ils ne savent pas. Ils ont pris une liberté qu'ils se croyaient permise.

— Des hommes de valeur, pour vous ?

— Oui madame, sans exception, lâcha la voix au bout du fil, semblant véritablement ennuyée.

— Vous pouvez communiquer avec eux ?

— Non, ils ont tout coupé, afin de limiter les risques de se faire repérer, les imbéciles.

— Vous avez quinze minutes. Orlane est déjà partie promener. Vous connaissez Orlane, n'est-ce pas ?

— Oui, fit faiblement la voix au téléphone.

— Quinze minutes, donc… conclut Lournn-Go'Ha en raccrochant.

            Elle soupira doucement puis déclara :

— Je vais sortir et les attendre sur le pas de la porte. Orlane, va au poste de commandement. Si possible, ne tue personne. Tout le monde a droit à l'erreur, et je ne veux pas, si je n'y suis pas forcée, tendre des relations déjà compliquées…

— Ça marche, fit Orlane en venant chercher ses lèvres, avant de se vêtir, se gardant bien toutefois de mettre des chaussures à talon en présence de son amante.

— Je vous accompagne, Mademoiselle ? demanda le colosse, une fois celle-ci dans le couloir.

— Non merci, Acha, je suis d'humeur taquine, sourit Orlane, avant de disparaitre dans le noir.

            Lournn-Go'Ha glissa une bague à son doigt sous la ferme insistance de Jade et descendit tranquillement les escaliers qui menaient au rez-de-chaussée. Un serviteur lui ouvrit la porte et elle fit un pas au dehors, humant l'air nocturne. "Comme tout était si simple avant, songea-t-elle. Enfin…"

Elle fit encore quelques pas sur le perron, descendit les quelques marches qui la séparaient de la pelouse, avant de s'asseoir majestueusement sur l'une des marches de l'escalier, ramenant ses pieds vers elle, inclinant ses genoux sur le côté. Elle croisa ses mains dessus et attendit patiemment l'arrivée du commando.

            Elle n'eut que quelques minutes à attendre, avant que la troupe, progressant lentement, n'apparaisse dans son champ de vision. Elle sourit d'un air glacial, les yeux nimbés de reflets émeraude.

            Dans le véhicule blindé qui servait de QG à la force d'action, une femme et un homme regardaient un écran, suivant en direct l'assaut au moyen d'une caméra fixée sur le casque de l'un des hommes de tête. L'homme, de grande stature, brun, les cheveux coupés à la brosse, avait le visage taillé à coups de serpe, tandis que la jeune femme, avoisinant certainement la trentaine d'années, d'une taille légèrement supérieur à la moyenne, châtain clair, les cheveux mi-longs, arborait un visage sévère.

— C'est qui, ça ? demanda-t-elle à son compagnon.

— Jamais vu ni prise en photo celle-là…. Elle fait quoi dehors ?

— Elle attend, on dirait…

— C'est impossible voyons ! Capitaine ? fit-il dans le micro situé devant lui, situation ?

            Le micro crachota quelque peu puis une voix répondit : une personne de sexe féminin, jeune, en sous-vêtements, de ce que nous pouvons voir. Heu, comment vous dire, ses yeux semblent phosphorescents… Et elle nous regarde.

— Il fait nuit noire, capitaine, ce n'est qu'une impression. Avancez et capturez-la. Investissez ensuite la villa.

            Un long silence, puis l'homme reprit, agacé :

— Vous avez l'autorisation d'avancer, capitaine !

            Ce fut une voix qu'il eut du mal à reconnaitre qui répondit avec beaucoup d'hésitation :

— On ne peut pas.

— Expliquez-vous !

— Elle nous regarde, monsieur. Je… Je n'arrive pas à avancer. Ses yeux brillent…

— Pardon ? Capitaine, capturez-la !

— Je vous assure qu'elle nous regarde, émit le capitaine d'une voix de plus en plus tremblante.

            La jeune femme dans le véhicule fronça les sourcils, se mordillant les lèvres. Le capitaine de la section d'assaut était un vétéran, capable de pénétrer dans une pièce tout en sachant que des hommes armés l'attendaient à l'intérieur. La peur n'entrait pas dans son curriculum vitae… Quelque chose clochait.

— Monsieur, elle vient de lever ses deux mains, paumes face à nous, réussit à expliquer le capitaine.

— Mais enfin, mais c'est quoi toutes ces conneries, hurla le gradé dans le véhicule. CAPTUREZ-LA ! C'est un ordre !

— Il n'y a plus que neuf doigts, elle vient d'en enlever un, fit la voix du capitaine altérée par la peur. Elle vient d'en enlever un deuxième…

            Puis l'homme ne fut plus capable de parler. Toutes les dix secondes, Lournn-Go'Ha baissait l'un de ses doigts, semblant mimer un sombre compte à rebours. Quand il ne resta plus qu'une main, la femme prit le contrôle des opérations, comprenant que rien n'était normal et sentant le danger.

— Capitaine, reculez lentement. Ne vous retournez pas. Contentez-vous de reculer, en ordre, sans dispersion, mais reculez !

            Eprouvant un véritable soulagement, l'homme fit quelques gestes de la main, indiquant ainsi les consignes à exécuter et dans un ensemble parfait, ses hommes et lui commencèrent à reculer, gardant leurs armes vers le sol, sans quitter l'étrange jeune femme des yeux. Celle-ci hocha la tête et recroisa ses deux mains sur ses genoux.

 — Pourquoi leur demander de reculer ?

            La jeune femme se mordilla une nouvelle fois les lèvres, avant de répondre lentement :

 — Tu es comme moi. Tu as bien vu ses yeux, non ? On va revenir de jour.

 — De Jour ? Non mais tu ne crois tout de même pas que…

 — Je ne sais pas ce qu'elle croit, mais elle vient de leur sauver la vie, vous savez, fit Orlane d'un ton enjoué derrière le couple qui continuait à suivre la scène devant leur écran. Dites, c'est rigolo toutes ces petites lumières et tous ces petits boutons, continua-t-elle en prenant appuie des deux mains sur une console de communication, d'un air très intéressé.

            L'homme saisit avec rapidité l'arme de poing qu'il avait dans son holster, mais ne put jamais dégainer. D'un simple geste Orlane venait de lui attraper et briser le poignet, déclenchant un hurlement.

— Et voilà, fit-elle d'un air faussement navré, c'est toujours pareil… Je bavarde et on me veut du mal… C'est malheureux tout de même, non ? demanda-t-elle à la femme qui lui faisait face, l'homme s'écroulant lentement par terre. Vous avez une arme vous aussi ? s'enquit-elle d'une petite voix malheureuse.

            N'obtenant pas de réponse, elle posa son pied sur la jambe de l'homme à terre en appuyant d'un coup sec, lui fracturant le tibia, lui arrachant un nouvel hurlement de douleur, avant qu'il ne sombre dans l'inconscience.

— Vous ne voulez toujours pas répondre ?

— Je vous en supplie… commença la femme, portant ses mains à sa bouche.

— Je ne vous demande pas de me supplier, je vous pose une question, commenta Orlane en posant son pied sur la deuxième jambe de sa victime.

— Non ! hurla la femme, non, je n'ai pas d'arme !

—Ben voilà, c'est pas compliqué, vous voyez… fit Orlane en se retournant, faisant mine d'étudier le camion. C'est un joli joujou, que vous avez là… Oui oui, la porte est bien derrière moi, continua-t-elle sans la regarder. Mais vous n'y arriverez pas vivante… Enfin, vous pouvez toujours essayer…

Non… ? conclut-elle au bout d'un petit moment, c'est bien, vous êtes sage.

            Elle se retourna avec un grand sourire, lui faisant face, lisant l'horreur dans ses yeux.

— Je suis sûre que l'on va être copine ! Vous vous appelez comment ?

            Quelques secondes de silence passèrent à nouveau, oppressantes, puis :

— Sabine.

— Bonsoir Sabine, moi, c'est Orlane, fit l'Immortelle en lui tendant la main.

            Mais la militaire en face d'elle n'osa pas lui tendre la sienne, entendant encore le cri de douleur de son collègue, quand Orlane lui avait brisé le poignet.

— Vous ne voulez pas me dire bonjour ? demanda Orlane, semblant déçue, en plantant ses yeux en amande, gris, dans les siens.

— Je vous en prie, sanglota la jeune femme.

— Mais vous êtes vraiment marrante, vous… Je vous tends la main, et vous vous mettez à pleurer… On recommence : Bonsoir Sabine, moi, c'est Orlane.

            La femme lui tendit lentement sa main en tremblant de terreur, mais Orlane se contenta de la saisir avec une infinie délicatesse, avant de l'attirer doucement à elle et de la prendre dans ses bras.

— Vous êtes plus grande que moi, chuchota l'Immortelle, ses lèvres collées contre son oreille, d'un ton qu'elle rendit volontairement ennuyé. Vous me trouvez petite, peut-être ?

— …

— Oui, ou non ?

— Non, répondit-elle d'une voix blanche.

— Vous voyez que l'on va être copine ! Qui commande, ici ?

— Lui et moi…

— Qui est le plus gradé des deux ?

— C'est moi, fit la jeune femme terrorisée, tandis qu'Orlane promenait doucement son museau contre son cou.

— Vous avez quelqu'un dans votre vie, Sabine, je sens son odeur sur vous… Je suis vraiment adorable, vous savez, quand on se contente de discuter tranquillement avec moi…

— Oui, oui j'ai quelqu'un…

— Vous savez sur combien de kilomètres je peux remonter une piste ?

Orlane fit une petite pause, le temps de s'assurer que la femme qu'elle tenait dans ses bras assimile bien ce qu'elle venait de dire, avant de conclure :

 — Des centaines…

            La jeune femme se contentait à présent de pleurer en tressautant, ses nerfs la lâchant complétement et elle se serait écroulée si Orlane ne l'avait pas tenue dans ses bras. Elle la laissa tranquille un petit moment avant de continuer, toujours en murmurant :

 — Je vais essayer d'être claire. On n'emmerde personne, Sabine. Avec ma sœur, on se contente d'aller boire une tasse de thé en ville, de temps en temps et c'est tout. On respecte les limitations de vitesse. On ne fait de mal à personne. Bon c'est vrai, je n'ai jamais passé le permis moto, mais bon… Vous ne pourrez jamais comprendre ce que nous sommes. On est plus fort que vous, et on le sera toujours. Vous nous avez surveillés, sûrement depuis des années et vous avez compris que quelque chose clochait. Bravo. Si vous aviez averti vos supérieurs, vous n'en seriez pas là… Vous êtes ambitieuse, et c'est très bien, mais là, vous avez fait une très grosse connerie.

            Ma sœur, Jade, il y a des siècles, a eu une idée, voyez-vous : Ne plus être obligées de fuir, de déménager, de nous cacher. On est allé voir les gouvernements, on a révélé notre existence au plus haut sommet des Etats, et on a conclu un arrangement : Avancées technologiques contre immunité absolue. Je peux tuer qui je veux, torturer qui je veux, je n'aurai jamais le moindre souci. Et pourtant je ne le fais plus depuis des siècles, pour l'amour d'une sœur.

            Sabine, répondez-moi franchement, fit-elle en caressant ses cheveux. Vous n'arrivez pas à parler ? Ce n'est pas grave, faites un signe de la tête. Je vous terrorise ?

            Un oui de la tête contre son épaule mouillé de larmes fut la seule réponse qu'elle obtint.

— Un jour, il y a longtemps, la femme que j'aime, oui, j'aime une femme voyez-vous, s'est mise en rogne pour de bon, et vous savez ce qu'elle a dit ? Non, bien sûr, vous ne pouvez pas savoir…

            Elle a dit : Orlane est un ange à côté de moi, car on peut la raisonner. On peut la calmer. Le calvaire qu'elle peut être amenée à faire endurer à quelqu'un peut prendre fin. J'évite toujours d'intervenir, car moi, je suis abominable. Elle voulait briser tous les os de quelqu'un un par un, je crois… Vous voulez que je vous la présente ?

— J'ai compris, murmura Sabine, je vous jure que j'ai compris, pitié, je vous en supplie, pitié… arrêtez ça, s'il vous plait, arrêtez ça…

— Oui, vous avez compris. On ne peut pas me mentir, vous savez. Reste que vous nous avez réveillées en pleine cœur de la nuit… Et on déteste ça. Il faut nous comprendre, la nuit est bien faite pour dormir, n'est-ce pas ?… Vous avez bien mérité un gage, non ?

— …

— Oui ou non ?

            Sabine leva un visage ravagé de larmes sur Orlane, essayant de soutenir de son regard les yeux gris qui la fixaient intensément, avant de baisser la tête.

— Une dernière fois, Sabine. Oui ou non ?

            Une minuscule voix, brisée, fit entendre un faible oui.

— Vous avez quel grade ?

— Lieutenant-colonel…

— Je vous ai brisée, Lieutenant-colonel Sabine. Simplement en vous prenant dans mes bras, en vous parlant doucement et en vous caressant les cheveux. Vous avez conscience de ce qui aurait pu véritablement vous arriver ?

— Oui…

— Je vais vous laissez, à présent. Au fait, j'adore votre parfum. C'est quoi ?

— …

— S'il vous plait…

— Un parfum fait pour moi, chez un parfumeur…

— Il sent vraiment très bon, ha… On vient vous chercher… dit-elle alors que la porte s'ouvrait. Personne n'est mort, mais que cela ne se reproduise plus, conclut la jeune femme à l'homme qui venait de rentrer dans le véhicule. Une dernière chose : cette jeune femme a assez souffert. Pas de punition, pas de brimade, rien. On est bien d'accord ?

— Heu, je ne peux rien vous promettre…

— Vous voulez que j'en parle à Lournn-Go'Ha ?

— Non, répondit l'homme après une courte hésitation.

— Parfait.

            Elle planta des yeux d'ambre et d'émeraude dans ceux de Sabine avant de déclarer :

— Je peux vous faire la bise ? Oui ? fit-elle sans attendre de réponse et en l'embrassant sur les deux joues. Vous êtes merveilleuse, j'espère vous revoir un jour ! sourit-elle une dernière fois avant de disparaître dans la nuit.

 

 

Bonjour, j'espère que ce chapitre vous a plu :)

Vous désirez lire la suite ? Sabine vous ouvre le chemin :)

Voici un petit lien vers le prologue, au cas ou vous auriez débarqué ici par hasard :)

Bonnes lectures à toutes et à tous.

                                                              Peter.

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Maëlle B. F. 04/04/2017 11:02

Ah je les aimais bien en fugitives, comme dit Lourna, c'est moins simple maintenant. Effectivement, c'est le début d'une nouvelle ère. Hâte de mieux connaître leurs nouvelles recrues.

Peter Dussoni 06/04/2017 08:12

Bonjour Maëlle. Pardonne mon temps de réponse. Et oui, c'est une nouvelle partie du roman qui commence, toujours axée sur les rapports entre les personnages. Elles ont terriblement évolué également, comme Sabine va s'en rendre bientôt compte.
Merci de ton passage :)

TiphaineLUE 01/04/2017 03:31

C'est mon chapitre préféré pour le moment, j'adore !!!!!!!!

Peter Dussoni 01/04/2017 08:55

Bonjour Tiphaine.
J'aime beaucoup le personnage de Sabine. Tant mieux si ce chapitre vous a plu. C'est le début d'une nouvelle ère :)