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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 25 : Sabine.

Chapitre 25 : Sabine.

            Jade prenait sa douche en compagnie de ses deux sœurs, dans une gigantesque salle de bain munie d'une petite piscine et d'un hammam, environ deux semaines après les événements nocturnes dont ils avaient été les témoins. L'on frappa à la porte de la salle de bain et une personne entra. La seule guerrière du groupe de trois, dont les membres avaient été opérés par Jade et dont les corps étaient gravés de runes, moins nombreuses néanmoins que celles se déplaçant sur la peau de Jalen.

            C'était May, qui s'était pleinement révélée après l'opération effectuée par Jade. Rousse, paraissant trente-sept ou trente-huit ans, mais en accusant le triple, le visage clairsemé de taches de rousseur, ses yeux ronds naturellement verts d'eau. Elle mesurait un mètre soixante-dix-sept et portait une simple tenue blanche, composée d'un pantalon blanc et d'un haut couvrant son buste et le haut de ses bras. Elle marchait pieds nus, deux anneaux d'or cerclant sa cheville gauche. La seule personne autorisée à entrer dans la salle de bain quand les Immortelles y prenaient leur douche ou leur bain.

— Oui, May ? demanda Lournn-Go'Ha en se passant un peignoir blanc, avant d'en nouer la ceinture sur sa taille.

— Une personne se faisant appeler Sabine a voulu te transmettre un cadeau, Orlane. Elle souhaitait initialement te le faire passer par les gardes, au portail. Ils ont appelé, et j'ai pris la liberté d'insister auprès de cette jeune personne pour qu'elle te le délivre elle-même. Sa voiture vient de franchir le portail et elle roule au pas vers la villa. Elle devrait être devant le perron dans à peu près cinq minutes.

— Merci May, tu es merveilleuse, déclara Orlane en attrapant son peignoir, les yeux de la rouquine brillant de plaisir sous le compliment. Je vais la rejoindre, je ne veux personne dans mes pattes.

— Très bien, conclut la jeune guerrière en se retirant, tout sourire.

— Un cadeau, sourit malicieusement la brunette.

— C'est bien celle que tu as torturé moralement, hein ? demanda Jade, la tête renversée en arrière, les yeux clos, se rinçant abondamment sa blonde chevelure. Il n'y a pas de justice, enchaîna-t-elle. Je suis adorable avec tout le monde et on ne m'offre jamais rien, à moi…

— Menteuse, tu reçois au moins un bouquet de fleur ou une boîte de chocolat hors de prix par semaine !

— Les chocolats, je ne peux même pas les manger, répondit Jade, fort hypocritement.

— Elle s'est brûlée, Jade, finit par conclure Orlane. Comme un papillon à une bougie. Je l'ai fait exprès. Je voudrais la garder avec nous. Un agent de renseignement, un vrai, nous serait grandement utile. De plus, même si ce fut bref, elle a eu assez de cran pour me regarder dans les yeux. Je vais la rejoindre.

Quand Sabine arriva sur le parvis, Orlane apparaissait sur le perron, descendant lentement les marches en se nouant une serviette autour de ses cheveux, en souriant légèrement. La jeune militaire hésita quelques secondes avant de sortir de sa voiture, garée du mieux qu'elle put et de s'avancer vers Orlane qui n'avait pas quitté les escaliers, la laissant venir vers elle. Celle-ci tenait dans ses mains une petite boîte et semblait s'en servir comme d'un talisman de protection. Elle avait simplement voulu au début faire passer le cadeau à Orlane, mais les événements avaient pris une tournure qui ne lui plaisait guère, même de jour, même en plein soleil.

— Vous me faites une sacrée surprise, Sabine, commençant Orlane en l'attrapant doucement par les épaules pour lui faire la bise. Votre ami va mieux ?

— …

— J'ai cassé les os de façon nette, vous savez, il devrait s'en sortir sans séquelle, expliqua Orlane, sur le ton de la conversation.

— Je regrette, je ne voulais pas vous déranger, fit la militaire en reculant doucement. Je suis désolée…

— Stop, Sabine, fit Orlane en secouant la tête. J'arrête de jouer. Vous valez mieux que ça, mais je suis incorrigible. Venez, on va boire quelque chose ensemble. Et ne vous inquiétez pas. Vous êtes plus en sécurité ici que vous ne l'avez jamais été, conclut-elle en lui tendant la main. Vous avez eu le courage de revenir. Rien que pour cela, vous avez gagnez mon respect. Venez, je vous en prie.

            La jeune femme hésita quelques instants avant d'estimer Orlane sincère et de la suivre en acceptant la main tendue.

            Sabine expliqua qu'elle avait été démise de ses fonctions, mais la menace d'Orlane ayant fait son effet, elle continuait à toucher son salaire. Orlane la guida dans un salon, lui demanda ce qu'elle souhaitait boire, mais la jeune femme, une fois assise, tint absolument à lui offrir son cadeau.

— C'est très gentil, ça, sourit Orlane sans malice, sa serviette toujours nouée autour de ses cheveux et n'en ayant cure, défaisant le papier cadeau et ouvrant la petite boite qu'il protégeait. Elle en sortit une petite bouteille de parfum et se répandit en mille mercis.

— Voilà, bégaya plus ou moins la jeune militaire, les mains posées à plat sur ses cuisses. Il semblait vous plaire. Je ne savais pas si vous vous moquiez, mais dans le doute…

— Non, murmura Orlane avec des yeux de velours, je ne me moquais pas et ça me touche, encore merci.

— Bien le bonjour, lança gentiment Jade en arrivant derrière elle. Vous êtes Sabine ?

— Oui, bonjour Madame, répondit-elle en se levant.

— Jade, sourit à nouveau la jeune Atlante. Restez assise, fit-t-elle avec un geste de la main. Un thé ? Une tisane ?

— Un thé, oui, pourquoi pas…

— Je prépare ça tout de suite, c'est l'heure, de toute façon.

— Venez, fit Orlane, on va l'aider. Un petit rituel entre nous.

            Sabine suivit le mouvement, puis finit par demander :

— J'ai le droit de savoir ?

— Ça dépend de ce que vous voulez savoir, fit Jade, en plaçant une casserole d'eau sur une plaque de gaz, dans une cuisine qui aurait rendu jaloux les chefs des plus grands restaurants.

— Vous ne semblez pas vieillir. Vos dents sont celles de vampire. Orlane a une force absolument incroyable et l'autre soir, je n'ai jamais eu autant peur de toute ma vie. Et là, vous êtes en train de préparer du thé. Orlane est en peignoir… Je n'ai pas peur du tout, vous semblez si gentilles… Je ne comprends absolument plus rien.

— Nous ne sommes pas des vampires, non. Nous avons plusieurs siècles. Notre sang est chaud et nous respirons. Et si vous n'avez pas peur, c'est parce que depuis des dizaines d'années, Orlane, qui est ma sœur et moi-même, nous avons appris à modifier nos mouvements, nos comportements, nos regards et notre façon de nous déplacer en présence d'humains, tout ce qui constitue notre aura, en fait, pour passer inaperçu auprès d'eux. L'autre soir, Orlane s'est tout simplement comportée naturellement. Voilà pourquoi elle vous a tant effrayée. Vous avez dû avoir l'impression de vous trouver à côté d'une panthère.

— C'était bien pire que ça…

— J'ai vécu ça, Sabine, il y a très longtemps, mais j'ai vécu ça. Et nous sommes encore en vie toute les deux, hein ? Ha ! Voilà Jalen, le compagnon de May, que vous rencontrerez bientôt ! Il vient dire bonjour, sourit Jade.

— Bonjour, sourit-il. Je me demandais à quoi vous pouviez bien ressembler. Vous avez beaucoup plu à Orlane, vous savez.

— Jalen !

            Mais Sabine ne pouvait pas décrocher son regard des runes qui bougeaient doucement sur ses bras.

— Jalen est notre plus grand guerrier, expliqua Orlane d'un ton détaché, voyant que Sabine ne réagissait pas à la plaisanterie. Il aurait pu massacrer votre détachement avec un bandeau sur les yeux, sans recevoir une seule égratignure. Je dois vous avouer qu'il est plus fort que moi… Oui, c'est difficile à croire, n'est-ce pas, conclut-elle du bout des lèvres, souriant sans complexe.

            Et je ne vous parle pas de la femme qui était assise sur les marches à attendre vos petits copains. Je l'ai vue, une fois, se battre contre Jalen. Oui, je sais, ils sont amusant ses petits tatouages qui bougent… Elle l'a mis au tapis en moins de six secondes…

— Celle qui brise les os ? paniqua Sabine.

— Oui… Ça peut effectivement lui arriver…

— Orlane !

— C'est plus fort que moi, rit l'intéressée en dénouant sa serviette et en faisant voler ses cheveux.

            Plusieurs minutes s'écoulèrent ensuite, tandis que l'eau frémissait doucement, et qu'Orlane dénichait un petit pot de miel.

— Voilà, le thé est prêt, enchaîna Jade en faisant le service. Ha… Lournn-Go'Ha va arriver, annonça-t-elle en tournant la tête vers l'une des portes de la cuisine.

— Voui, commenta Orlane. Elle est absolument adorable, Sabine. Ne vous inquiétez pas. Elle ne vous fera aucun mal.

— Sabine, finit Jade, prenez ma main, et ne la lâchez pas. Si vous saviez comme j'aurais aimé qu'on le fasse avec moi, au tout début. On vous a expliqué que nous faisions beaucoup d'effort en présence des humains, mais la femme qui va arriver n'en fait aucun. Comprenez qu'elle ne vous veut aucun mal...

— Bien sûr que non, je ne lui veux aucun mal, je ne suis pas un monstre, enfin, quoique, rit légèrement Lournn-Go'Ha en pénétrant dans la pièce. Voici donc la fameuse Sabine, qui a réussi à tous nous réveiller l'autre nuit, fit-elle en accentuant son sourire, semblant prendre possession de la pièce entière par sa seule présence.

            Sabine analysa la situation en quelques battements de cœur et comprit instantanément : Elle n'avait eu affaire jusqu'à présent qu'à des enfants, de simples enfants. La jeune femme d'environ 25 ans, aussi belle qu'Orlane ou que Jade, qu'elle avait à présent en face d'elle se déplaçait comme une véritable tigresse.

            La chef, la maîtresse, l'âme incontestée, absolue, sans partage, du petit groupe. Elle dut se retenir pour ne pas se laisser tomber à genoux. Jamais elle n'avait ressenti un tel charisme, une telle présence. Sa respiration s'était bloquée instinctivement. Elle se sentit absolument insignifiante. Jade et Orlane pouvaient faire illusion, donner le change. Pas elle. Néanmoins, elle s'était attendue à éprouver une peur panique, comme dans son pc de commandement. Elle constata avec surprise qu'il n'en était rien.

— Alors, comme ça, on offre du parfum à la femme que j'aime ? demanda Lourna en la fixant de son regard gris, légèrement amusée.

            Sabine ne sut absolument pas quoi répondre, avait-elle commis une erreur ?

— Ce serait plutôt à moi de le faire, ça. Mais je crains que vous ne combliez effectivement un vide, avoua-t-elle dans un sourire, révélant à nouveau ses dents.

— Ha ça, pour me faire des cadeaux… râla Orlane.

— Tu as absolument tout ce que tu veux, ma chérie. Que veux-tu que je t'offre ?

— Une bague, mais tu ne veux pas en entendre parler !

Les yeux de Lournn-Go'Ha devinrent améthyste.

— Pas ici, Orlane, pas maintenant…

            Jade avait conscience d'avoir loupé un truc important, très important. Comme quoi, même au bout de tout ce temps, certaines choses continuaient à lui échapper.

Orlane baissa les yeux, les joues en feu et choisit de se taire.

— Venez me voir, Sabine, fit Lournn-Go'Ha.

— Tu arrives à camoufler ton aura comme nous… fit Jade avec surprise.

— Sabine a déjà assez souffert comme ça. Je ne vois pas de raison d'en rajouter. Je connais mon Orlane. Elle n'a pas dû y aller avec le dos de la cuillère. Le plus amusant, c'est qu'elle ne tient pas ça de moi… C'est inné chez elle.

 — …

— Jade, Jade, Jade…

— Je suis bête, hein ? fit-elle en lâchant la main de la jeune militaire.

— Non ma chérie, tu n'es pas bête. Venez me voir, conclut-elle en regardant la jeune femme châtain.

            Sabine perdit pied et se retrouva ceinturée par deux bras chauds, agréables, une voix douce murmurant à son oreille, ne s'arrêtant que pour analyser, décortiquer les réponses qui lui étaient données. Au bout d'une petite demi-heure, Lournn-Go'Ha la garda dans ses bras et murmura : Acha…

            Le colosse ne mit que cinq ou six secondes à apparaître.

— Sabine va rester quelques jours avec nous. Pouvez-vous lui faire préparer une chambre au même étage que les nôtres ?

— Tout de suite, oui.

— Merci. Orlane, ma chérie ?

— Oui ? répondit l'intéressée, boudeuse.

— Ce soir, on en parle, c'est promis. Quand je dis on en parle, cela veut dire que l'on trouve une solution. Tu as ma parole.

            Les yeux d'Orlane devinrent deux lacs d'or et elle se rapprocha doucement.

— En attendant, la personne que tu avais " sentie " sur Sabine, se prénomme Oan. C'est son petit frère de huit ans. Elle n'a pas d'autre famille que lui. Je le souhaite ici avant se soir.

— Je viens avec toi, précisa Jade. On prend une voiture et on y va. Il est où ?

— Il sort d'une école de Nice, en milieu d'après-midi, à seize heures trente. Vous lui donnerez un portable et il pourra parler à sa sœur, avant de venir avec vous. Si la maîtresse, ou institutrice, ou directrice, ou je ne sais quoi, pose souci, passez-lui le portable et passez la moi.

— Ça marche, déclarèrent les deux filles en même temps.

— Merci. Orlane ? Tu as vraiment ma parole, ma chérie.

— Merci, fit Orlane sur un ton que Jade ne lui reconnut pas.

            Il était dix-huit heures quand les deux amies ramenèrent le jeune frère de Sabine. Elles avaient pris le temps de lui acheter un monumental goûter, le couvant comme deux mères poules tout le long du trajet. Il était à présent dans les bras de sa sœur. Plutôt que de dormir seul, il préféra avoir la même chambre qu'elle et un deuxième lit fut rapidement installé. May leur apporta à manger dans leur chambre et s'éclipsa sans un mot. Sabine borda son frère et alla lentement rejoindre son lit, songeuse. Sa vie venait de basculer. Elle avait basculé le jour où elle avait pris cette affaire en main.

            A présent épuisée, elle se déshabilla et se coucha à son tour avant d'éteindre la lumière, s'émerveillant de la capacité d'adaptation d'un certain garçonnet de huit ans, qui n'avait posé absolument aucune question, se contentant de prendre ce qu'on lui offrait.

 

 

 

 

            Ce fut un léger grattement à la porte qui attira son attention, une demi-heure après qu'elle se soit couchée. Elle hésita, et il y en eut un deuxième.

— Oui ? chuchota-t-elle.

            La porte s'ouvrit et se referma lentement, sans un bruit.

— Bien le bonsoir, c'est Jade, je ne vous réveille pas ?

— Et bien, heu, non, je ne dormais pas encore, j'ai un peu de mal, je vous avoue. Il y a un souci ?

— Je peux être franche ?

— Oui…

— Les personnes avec qui je dors habituellement, Mmmh, sont occupées cette nuit… Je n'aime pas dormir seule, en fait, heu, je n'ai pas l'habitude… Ça vous dérange si je dors avec vous ?

            " Elle est Immortelle, a très certainement autant de force qu'Orlane et elle ne veut pas dormir seule. C'est une maison de fou… " songea Sabine.

— Vous n'avez pas de petit ami ? demanda l'ancienne militaire, regrettant aussitôt sa question.

— Le dernier fut Jalen, mais ça n'a pas marché, hésita Jade. Bon, ce n'est pas grave, je vais vous laisser tranquille…

— Venez, c'est un grand lit. Venez, il n'y a pas de problème, essaya-t-elle de se rattraper.

— Merci, c'est gentil, fit Jade, sincère, en enlevant rapidement son jean et son haut, restant en sous-vêtement avant de venir se coucher. J'adore Orlane, vous savez. Elle peut être un véritable amour. Mais je ne joue pas, pas comme elle. Vous ne risquez absolument rien. Il n'y a pas de piège, d'aucune sorte.

— Merci, c'est gentil. Vous êtes gentille.

— Et bien bonne nuit, Sabine.

— Oui, bonne nuit.

            Sabine se cala sur le côté, dos à Jade et chercha le sommeil. Ce fut quelques minutes plus tard qu'elle sentit l'Immortelle l'attraper par la taille et venir coller son museau contre sa nuque.

— Je suis désolée, je serre quelqu'un contre moi quasiment toutes les nuits, depuis des centaines d'années. Vous ne risquez absolument rien, c'est juste un câlin.

Sabine s'était littéralement tétanisée, elle mit presque dix minutes à relâcher la tension, sentant la respiration de Jade s'apaiser doucement.

" Elle dit peut être la vérité, songea-t-elle. Une gosse… Une simple gosse. Bon… "

            Beaucoup plus tard dans la nuit, la porte s'ouvrit à nouveau. Deux regards se posèrent sur le lit, il y eut quelques chuchotements et la porte se referma. Sabine qui était face à la porte et que les chuchotements avaient réveillé, tant elle avait le sommeil léger, comprit que les sœurs de Jade étaient venues voir si tout allait bien.

            " C'est une meute, songea-t-elle à nouveau. Une meute de louves et l'une d'elle a dû quitter la tanière pour la nuit… Et elles ont ramené mon petit frère ici, avec ma bénédiction.… J'ai dû perdre la raison… Et pourtant, je ne me suis jamais autant sentie en sécurité… songea-t-elle en cherchant à nouveau le sommeil, l'Immortelle toujours blottie contre elle. "

 

            Il devait être vers les cinq heures du matin quand Jade perçut la voix d'Orlane qui lui demandait si tout allait bien. Après avoir répondu par l'affirmative elle se leva lentement, avec mille précautions, essayant de ne pas réveiller la femme qui dormait paisiblement à ses côtés. Mais Sabine avait le sommeil extrêmement léger.

— Vous vous levez ? chuchota-t-elle. Je vous ai entendue murmurer…

— Oui, fit Jade dans un souffle. Mes sœurs sont réveillées, je vais les rejoindre. Dormez encore un peu. Quand vous le voudrez, ouvrez la porte de la chambre. Une personne sera à votre disposition. Et encore merci, vous avez été très chic avec moi hier soir.

— Vos sœurs sont réveillées ?

— Oui, j'ai entendu Orlane, ne vous en faites pas, dormez, on se verra plus tard.

            " Comment a-t-elle pu entendre sa sœur ? se demanda la jeune femme. Je lui demanderai plus tard, " songea-t-elle en se mettant en chien de fusil, cherchant à nouveau le sommeil, tandis que Jade s'éclipsait de la chambre sans aucun bruit, après avoir attrapé ses vêtements, les posant sur son bras.

            Jade salua Amogh, l'un des trois guerriers qu'elle avait opéré et qui était de garde cette nuit dans le couloir. Elle s'approcha pour lui faire la bise, lui donna deux consignes concernant Sabine et son jeune frère puis se dirigea vers la chambre où se trouvaient ses sœurs.

Amogh était grand, le teint cuivré, d'origine indienne. C'était la seconde personne à avoir été modifiée par Jade, après May, quelques décennies plus tard. Il se recolla le dos au mur et ferma à nouveau les yeux, qu'il avait ouverts pour lui dire bonjour.

            La jeune Immortelle pénétra dans la pièce sans avoir frappé, ce qu'Amogh ne serait jamais assez fou pour faire, et referma silencieusement la porte.

— Coucou, murmura Orlane.

— Coucou, émit Jade en réponse, tandis qu'elle avançait dans la pièce plongée dans le noir total. Elle vit Lournn-Go'Ha lui sourire, monta sur le lit à quatre pattes et se coula entre ses deux sœurs. Alors, c'est quoi tous ces mystères ? murmura-t-elle en attrapant Orlane, avant de glisser son museau au creux de son cou.

— Orlane voulait quelque chose depuis un petit moment, mais je n'étais pas très chaude, commença Lournn-Go'Ha en se collant contre le dos de la jeune Atlante, l'enserrant de ses bras.

— Ha ?

— Je veux me marier, murmura Orlane. C'est un truc d'humain, mais j'étais bien humaine… Je dis toujours " la femme que j'aime " ou bien " celle qui partage mes nuits " ou encore " celle que j'aime " Je veux pouvoir dire : " Ma femme " à moi ! À moi toute seule, la mienne !

— Han han… émit Jade, songeuse.

— Tu en penses quoi, ma chérie ? demanda Lournn-Go'Ha.

— De toute façon, vous n'avez pas passé toute la nuit à papoter sans prendre une décision, non ?

— Non, bien sûr, confirma Lourna.

— Bon, donc, vous allez vous marier…

— Oui, confirma la plus ancienne des Immortelles.

— Tu ne pouvais pas faire ça à Orlane, c'était évident. Maintenant, puisqu'on me demande mon avis, je me pose plusieurs questions, heu, d'ordre technique, en fait…

— Ha ? fit Orlane, quoi comme questions… ?

— Ben, pour se marier, il faut bien un état civil, non ?

— Heu…

— Et bien…

— De plus, vous voulez quoi comme mariage ? Religieux ? Quelle religion ? Quel pays ? Pourquoi un plutôt qu'un autre ? Vous voulez vous marier. Ben achetez-vous deux bagues, des belles, deux robes blanches, magnifiques aussi. Vous réunissez tout le monde, on fait la fête… Et puis voilà… Pourquoi vous enquiquiner avec les humains ? Tu pourras dire " Ma femme " autant que ça te chantes… Et si on te demande, ce que personne sur terre ne sera jamais assez fou pour faire, si tu es mariée, tu réponds oui…

            Il y eut deux grosses minutes de silence, puis Orlane demanda, mi-figue mi-raisin :

— Lourna, pourquoi on n'en a pas parlé à Jade avant ?

— C'est certainement la question la plus sensée que l'on se soit posées depuis le début de la nuit, ma chérie, fit Lourna, ses yeux devenue d'or pur.

            Il y eut encore quelques instants de silence puis Jade demanda d'une toute petite voix :

— Je suis le témoin de qui, alors ?

— Ben des deux, firent ses sœurs en même temps.

— C'est possible, ça ?

— A partir du moment où on ne s'enquiquine pas avec les humains… sourit Orlane.

— C'est pas faux… Et vous voulez faire ça quand ?

— Cet été, répondit Lournn-Go'Ha. Il y a Sabine à régler d'abord. Tu en penses quoi, Jade ?

— De ça aussi, vous avez dû en parler une partie de la nuit…

— Oui. Orlane l'apprécie, mais je ne sais pas quoi faire de son petit frère…

— Mmmh, c'est bientôt les vacances scolaires, il nous en a parlé, à Orlane et à moi, dans la voiture.

— Ça dure combien de temps, ça ?

— Deux mois, il en est tout content. Et à la rentrée, si tu as désiré garder Sabine, on le met à l'école à St Raphael, et puis voilà. On verra bien ensuite… En tous cas, elle a été sympa avec moi, hier soir.

— Oui, on sait, murmura Orlane.

— Il te faudrait combien de temps, pour la modifier, au cas où ?

— Un petit mois, on a fait de sacrés progrès, tu sais…

— TU, ma chérie, TU… Et pendant ce temps, Oan ?

— On trouvera bien à l'occuper, non ?

— Bon, très bien, murmura à nouveau Lournn-Go'Ha. Vous voulez rester encore un peu là, ou on va prendre une douche ?

— J'opte pour la douche, décida Jade.

— Ça marche, confirma Orlane.

— Et Sabine, elle dort encore ? questionna Lournn-Go'Ha en enfilant ses sous-vêtements.

— Je pense, oui. Amogh est dans le couloir, si elle sort, il sait quoi faire.

— Parfait. Allez, fit Lourna constatant qu'Orlane avait elle aussi passé culotte et soutien-gorge, on va faire plouf.

— Plouf ? fit Jade dans un sourire.

— Oui, plouf, j'ai envie d'un bain, rit Lourna en ouvrant la porte et en se dirigeant vers Amogh, suivie d'Orlane, pour lui dire bonjour. Allez, on descend

 

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le temps me manque, en ce moment :p

Enfin, heureusement, le livre est déjà écrit !

Le prologue est ici.

Merci à tous ceux qui suivent ce blog. désolé si je passe moins souvent, mais c'est toujours comme ça. pendant un mois, on a le temps de tout faire, et le mois suivant, on cours dans tous les sens ( Signe de bonne santé ? :p)

A la semaine prochaine ^^

Et... Bonnes lectures :)

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TiphaineLUE 10/04/2017 19:49

Du coup ils vont la modifier Sabine ou pas ?

TiphaineLUE 20/04/2017 17:55

Elle est gentille en tout cas

Peter Dussoni 10/04/2017 21:08

Bonsoir :)
Réponse dans les prochains chapitres :)
En vaut elle réellement la peine ?