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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 29 : France-Angleterre.

Chapitre 29 : France-Angleterre.

             Sabine récupéra en vitesse quelques affaires chez elle puis demanda à un taxi de les conduire à l'aéroport de Nice, ayant auparavant fait jouer quelques relations. Quelques heures plus tard, elle quittait le territoire en compagnie de son frère. A peine sortie de l'avion, elle héla à nouveau un taxi, loua une chambre dans un hôtel assez luxueux et passa à nouveau plusieurs coups de téléphone. Elle finit par paraître satisfaite, elle ne s'était pas trompée…

            " Lourna, Lourna, Lourna… songeait-elle. Non, décidemment, cette vie n’avait plus de sel… "

          Une petite semaine plus tard, un taxi s'arrêtait devant le monumental portail de la propriété des trois Immortelles. Un petit garçon de huit ans en sortit et se dirigea courageusement vers l'entrée. Un homme peu amène se manifesta aussitôt, expliquant que c'était une propriété privée et qu'il n'avait absolument rien à faire ici, le priant de disparaître. Le petit garçon écouta très poliment ce que le garde avait à lui dire, puis déclara fermement, en fermant ses petits poings pour se donner du courage :

— Je suis un ami de Jade.

L'homme le regarda comme on regarde un extra-terrestre et le petit garçon crut bon d'ajouter : " Et Orlane qui est très gentille m'a déjà préparé des tartines, pour le petit déjeuner… "

            Le garde hocha la tête plusieurs fois et déclara :

— Vous pouvez entrer, Monsieur, je vous ouvre, conclut-il en faisant signe au taxi.

            Oan regagna le véhicule et sa sœur lui demanda si tout s'était bien passé.

— Oui, c'est comme Jade l'avait dit. Elle n'a pas menti...

— Elle n'avait aucune raison de le faire, tu sais.

— J'ai quand même parlé d'Orlane…

— Tu as bien fait.

— Il m'a appelé Monsieur… Je ne suis pas un Monsieur…

— C'est un signe de respect, mon chéri. Pour lui, tu es devenu tout de suite très important.

— Parce que j'ai dit que j'étais un ami de Jade ?

— Voilà, oui.

— Un peu avant, il me disait de partir…

— C'est comme ça… Voilà, laissez-nous un petit peu avant le perron, voilà, merci, fit Sabine en réglant la course. Pas la peine de nous attendre. Voilà, gardez la monnaie, fit-elle en sortant en même temps que son frère.

            Jade était déjà en haut du perron et Oan se rua vers elle.

— Coucou toi, rit-elle en l'embrassant sur les deux joues.

— Bonjour, Jade, sourit faiblement Sabine.

— Bien le bonjour, vous, s'amusa Jade en venant lui faire la bise. Venez, on vous attend.

— Vous m'avez fait suivre ?

— Non, on vous avait dit qu'on vous laisserait tranquille.

— Vous saviez que je reviendrais, n'est-ce pas ?

— Oui. Les filles sont à la piscine. On va les rejoindre.

— Il y a Oan…

— Elles sont visibles, ne vous inquiétez pas… On ne rigole pas avec ces choses-là, fit Jade, légèrement choquée.

— Excusez-moi, ce n'est pas ce que je voulais dire.

— Si, mais ce n'est pas grave…

            Effectivement, les deux filles étaient allongées sur deux transats, en plein soleil, mais se levèrent immédiatement quand leurs invités apparurent. Après la séance de politesse obligatoire et quelques verres de jus de fruit, Sabine tendit une pochette à Lournn-Go'Ha.

— J'avais deux raisons de partir. La première était celle-là. Tenez ouvrez, je vous en prie.

— Et la deuxième était de voir si vous étiez toujours libre de vos mouvements, continua l'Immortelle en déchirant le papier kraft de l'enveloppe dissimulée dans la pochette.

— Vous le saviez…

— Oui. Dites donc, c'est intéressant tout ça, fit-elle en compulsant plusieurs feuilles et en les analysant du regard.

— J'ai pensé qu'elle aimerait peut-être savoir… Mais je tenais à vous montrer avant, comme tout passe par vous…

— Comme c'est sincèrement dit…

— Et bien, c'est vrai ? Non ?

— Sabine, Sabine, Sabine, que vais-je bien pouvoir faire de vous ?

— Je ne sais pas, fit sincèrement l'intéressée, je ne sais pas. Mais je n'ai pas envie de devenir comme vos amis, Lourna. A errer ici en attendant qu'il se passe quelque chose, ou que vous décidiez de faire une fête. Je manquerais vite d'air…

— Ha ? Vous ne prendriez pas cela comme un privilège ?

— Pas vraiment, non, je suis navrée…

— C'est la première fois qu'on me la fait, celle-là, je vous avoue, sourit l'Immortelle, semblant amusée. Pourquoi êtes-vous revenue, en ce cas ?

— Je me suis brûlée et vous le savez parfaitement… Je vous tourne autour comme un papillon autour d’une bougie… Je suis revenue pour vous voir, tout simplement.

— Han han, réfléchit Lournn-Go'Ha en dissimulant sa bouche derrière l'enveloppe. Jade ?

— Tu viens Oan ? On va préparer la pâte pour les crêpes de ce soir, ça marche ?

            Oan mit sa petite main dans celle de Jade et tous deux partirent vers la cuisine.

— Oh, Jade ?

— Oui ?

— J'aimerais être seule avec Sabine… Vraiment seule.

— C'est compris, Lournn-Go'Ha, fit Jade en hochant la tête.

— Ma chérie ?

— Tu me raconteras, hein, fit Orlane, anxieuse.

— Peut-être…

— J'aime pas ça, Lourna, tu le sais… insista Orlane.

— Je le sais mon cœur, déclara-t-elle avant de regarder son amie partir.

— Que se passe-t-il ? s'enquit Sabine, intriguée.

— Je veux vous parler seule à seule, sans personne pour écouter. Et de l'autre côté de la villa, elles peuvent toutes les deux m'entendre si elles le désirent. Elles ont l'ouïe fine, pour faire simple.

— Ha… Et elles ne vont pas écouter, pas même Orlane ?

— Non, pas même Orlane.

— Vous avez un moyen de vérifier ?

— Non, aucun.

— Et ben…

— Sabine, j'aurais bien une mission importante à vous confier, mais je me heurte à plusieurs obstacles.

— Dites-moi tout.

— Le premier, car je me dois d'être honnête, est de vous informer qu'une fois modifiée, vous ne pourrez plus avoir d'enfant.

— Ha ?

— Oui, pour faire simple, l'opération rend stérile. Tenez-en compte quand vous me délivrerez votre réponse.

— Et bien… Merci de votre sincérité… Je vous écoute.

— Vous êtes dans le renseignement et dans l'intervention, nous sommes toutes les deux bien d'accord ?

— J'étais, oui. C'était mon métier.

— Puis-je demander à une sœur, ce que je ne pourrais demander à une mère ?

— Je ne vous suis pas…

— Si vous deviez partir, loin. Pourriez-vous nous laisser la garde d'Oan pendant plusieurs années ? C'est votre petit frère. Pas votre fils. Votre métier vous accaparait énormément et de toute façon c'est une nounou qui s'en occupait la plupart du temps. Vous n'étiez ensemble que quelques jours par mois…

— Non ! Vous ne pouvez pas me demander ça…

— Bien, je vous comprends. Ce n'est pas grave.

— C'était pour faire quoi ? hésita la jeune femme.

— Comme je vous l'ai dit, il y avait plusieurs obstacles. Celui-ci était le premier, sans compter le souci d'infertilité… Donc, le reste est caduc.

— Dites-moi quand même…

— Noyauter les Etats-Unis. On s'occupe déjà de l'Europe. Vous placer là-bas, dans l'ombre. Et installer des cyborgs à des postes de plus en plus élevés. Ils sont intelligents. Ça prendra des années, mais c'est très largement faisable.

— Pourquoi moi ? Vous avez des tas de gens sûrs autour de vous.

— Non, le seul de votre trempe est Jalen, et il s'occupe déjà de l'Europe. Je n'ai personne.

— C'est gentil, ça… Mais cela peut vraiment prendre des années, comme vous dites.

— Oui.

— Pourquoi devrais-je ne plus voir Oan?

— C'est votre seul talon d'Achille. Si Jade vous modifie, vous deviendrez quasiment invulnérable. Aux balles, au poison… Mais votre frère ? Jade n'opère pas avant que la personne n'ait au moins une vingtaine d'années. On ne peut courir le risque que des personnes influentes le repèrent. Il serait condamné ou bien considéré comme un objet de chantage…

            Il pourra vous rejoindre, mais une fois modifié, une fois amélioré. Je ne peux pas me permettre d'attendre 12 ou 14 ans, Sabine. C'est maintenant que j'ai besoin de quelqu'un…

— Mais il n'y a pas assez de cyborgs… Si ?

— Un nouveau arrivera tous les six mois, dans un endroit différent à chaque fois. Il aura des papiers, une histoire, des traces de son enfance et de sa vie en général seront glissées dans les documents officiels. Ecole, adresse, filiation. Tout sera faux, mais absolument invérifiables, faites-moi confiance…

— Vous ne me dites pas tout, Lournn-Go'Ha…

— Vous êtes d'une intelligence supérieure, Sabine, vraiment…

— Dites-moi tout…

— J'ai plus de 5 000 ans. Comprenez que je ne vois pas les choses exactement de la même façon que le commun des mortels.

— C'est évident, oui…

— Une personne dans mon entourage me rend malheureuse, même si je ne le montre pas.

— Jade…

            Lournn-Go'Ha fixa longuement la jeune femme avec un regard neutre, pendant de longues minutes.

— Acceptez mon offre, Sabine, j'ai vraiment besoin de vous, vraiment… Vous seriez d'une utilité diabolique.

— Laissons le diable, voulez-vous, continua Sabine en souriant. Jade, donc, vous fait de la peine, car elle est seule. Car elle ne peut plus se passer de vous la nuit… Et que personne n'arrive à vous remplacer dans son cœur.

— Personne ne nous écoute, je vais donc faire tomber mon masque l'espace de quelques minutes et nous allons parler de femme à femme. D'égale à égale. Tu veux bien ?

— Je veux bien, oui, murmura Sabine en réponse.

— J'aime Jade. Je l'aime terriblement. Comme une sœur, une vraie sœur. Orlane a les mêmes sentiments à son égard. Je voudrais vraiment qu'elle trouve le vrai bonheur. Il m'a fallu quasiment 4000 ans pour trouver Orlane. Je ne souhaite pas un tel sort à ma meilleure amie, tu comprends ?

— Oui, bien sûr que oui. Elle est seule depuis longtemps ?

— Quasiment 400 ans…

— Ha oui, quand même.

— Oan lui fait du bien. Il l'occupe. Si tu pars, elle va devoir s'en occuper, et compte sur moi pour que ce soit elle qui le fasse. L'amener à l'école. Manger avec lui le midi. Le chercher le soir. Lui faire faire les devoirs. Lui faire faire du sport. Elle va être obligée de faire autre chose, pendant quelques années, que rester avec deux Immortelles qui vivent ensemble depuis mille ans. Ça va lui changer les idées, et je l'espère très sincèrement, lui montrer qu'il peut y avoir d'autres personnes dignes d'intérêt que nous deux sur cette Terre.

— Oui… Oan est adorable. Mais, encore une fois, tu ne me dis pas tout...

— Je ne te ferais pas l'insulte de te mentir. En effet, je ne te dis pas tout. Mais je ne t'en dirai pas plus, je suis navrée.

— Disons que tu as déjà été pas mal franche. Oan ne risquera jamais rien, jamais ? J'ai ta parole ?

— Il ne risquera rien, tant qu'il reste avec nous. Je ne te garantis plus rien, le jour, où, adulte, il décidera de vivre sa propre vie.

— Tu le feras modifier ?

— Tout le monde a eu le choix. Ce sera à lui de décider, Sabine, pas à moi…

— Bien, je peux te donner ma réponse dans quelques jours ?

— Oui, tout à fait. Oui, oui, pas de problème.

— Puis-je aussi t'ouvrir mon cœur ?

— D'égale à égale, Sabine...

 

 

Bonjour. Si vous avez atterri ici par hasard, pourquoi ne pas jeter un coup d'oeil au Prologue ?

Si vous aussi, vous écrivez, n'hésitez pas à commenter mon petit article sur l'inspiration.

Quelles qu'elles soient, bonnes lectures à toutes et à tous.

                                                            Peter.

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TiphaineLUE 08/05/2017 12:18

J'ai 'impression que ce dialogue n'est as fini... je me trompe ?

Peter Dussoni 10/05/2017 21:53

La suite avant la fin de la semaine, promis :)

TiphaineLUE 10/05/2017 20:48

Raaah... c'est stressant ! Oui, je stresse pour rien. Vivement la suite parce que là...

Peter Dussoni 10/05/2017 18:57

Bonsoir Tiphaine.
Non, en effet, le dialogue n'est pas finit :)