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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 33 : Accident.

Chapitre 33 : Accident.

              C'est au milieu du mois de Juin, alors qu'Oan était à présent en fin d'année de CM2, que le drame éclata. Jade était venue le chercher pour la pause de midi. Elle démarrait sa moto quand un coup de frein se fit entendre à une cinquantaine de mètres derrière eux. Un bruit sourd, suivit d'un véritable hurlement, dément. Quand elle se retourna, elle vit un corps étendu dans la rue. Une voiture blanche était arrêtée juste devant et une femme hurlait devant son fil, de l'âge d'Oan, qui venait de se faire renverser.

Elle enleva son casque alors que deux pompiers en civil, certainement des parents d'élèves, se dirigeaient en courant vers l'accident. Elle se mordilla les lèvres en observant l'homme qui s'occupait d'empêcher les passants de s'approcher, tandis que l'autre portait les premiers secours. Elle entendit pleurer à côté d'elle et posa une de ses mains sur l'épaule d'Oan.

 —Tu le connais ? C'est un petit copain à toi ?

 —C'est Alexandre, il est dans ma classe… renifla le jeune garçon.

 —Ha, fit elle en observant la maman qui continuait à hurler, malgré l'intervention du pompier qui essayait vainement de la calmer.

Elle vit une ambulance arriver moins de trois minutes plus tard, la caserne étant extrêmement proche. Trois pompiers, eux en tenues, sortirent par l'arrière du véhicule avec du matériel de réanimation, placèrent l'enfant avec d'infinies précautions sur un brancard, avant de le porter à l'intérieur du VSAB, qui ne démarra pas. " Ce doit être grave, songea-t-elle, si ils ne démarrent pas…"

Un autre véhicule, civil celui-là, se gara à côté des pompiers et un médecin en sorti en catastrophe, disparaissant lui aussi à l'intérieur du VSAB.

Jade attrapa son portable, composa le numéro de Lourna et lui expliqua la situation.

 —Je fais quoi ? Ben oui, c'est un bout de chou… Oui, un petit copain de la classe à Oan... Et oui, je sais qu'il y a du monde et qu'il ne fait pas nuit… Oan pleure, Lourna… La justice est une invention humaine, c'est toi qui me l'as appris… Non l'hélico, là… Oui… Lourna… D'accord, je te tiens au courant… Oui, merci.

Allez viens Oan, lui demanda-t-elle en l'attrapant par la main avant de l'emmener vers l'ambulance.

La maman était toujours en pleurs, dehors, à l'arrière du véhicule, quand Jade écouta à la porte.

 —C'est finit…disait le médecin. Le cœur ne repart pas. Je ne peux rien faire.

La voix était triste.

"Et oui, songea jade, quand c'est un bout de chou qui te claque dans les doigts…"

Elle attrapa la poignée de la porte et tira dessus, avant de monter en tirant Oan vers elle.

 — Bonjour, je suis médecin ! fit-elle en poussant deux des hommes qui lui bloquaient l'accès à l'enfant. Elle brandit une seringue qu'elle avait préalablement extirpée de son sac à main et la planta droit dans la poitrine de la victime inconsciente, à l'emplacement du cœur, avant d'appuyer d'un coup sec sur un bouton, injectant tout son contenu d'un coup.

 —Mais vous êtes folle ! hurla l'un des pompiers en voulant la repousser.

Il n'y avait que trois personnes sur terre capable de pousser Jade, il n'en faisait pas parti… Elle ne bougea pas d'un pouce, soulagée néanmoins en entendant  le bruit de sirènes alors que plusieurs motards de la gendarmerie arrivaient sur les lieux du drame. La porte s'ouvrit d'un coup sur un capitaine au visage vraiment ennuyé.

 —Jade ?

 —Oui, bonjour capitaine, répondit-elle de sa voix légèrement rauque, après avoir jeté un œil sur ses insignes.

 —J'ai des ordres qui viennent de très haut…

 —Oui, je sais…

 —Que puis-je ?

 —Videz moi ce VSAB, et que tout le monde sorte, s'il vous plait… demanda-t-elle calmement, ses prunelles très légèrement nimbées de vert.

Voilà, C'est réglé, affirma-t-elle alors qu'ils se retrouvaient seuls. Je vous veux avec moi, monsieur. Que quelqu'un prenne en charge la maman et escortez nous à cette adresse, s'il vous plait, demanda-t-elle en lui tendant une petite carte de visite. Un de vos hommes va conduire.

 —On ne va pas à l'hôpital ?

 —Non, monsieur.

Devant l'hésitation du capitaine elle rajouta doucement :

 — Il va mourir si on reste là… Donnez vos ordres, puis revenez. Je cherche à le sauver, capitaine… insista-t-elle.

Deux minutes plus tard il remonta et demanda :

 —Et pour le chauffard ?

 —Le cadet de mes soucis…

 —Vous êtes médecin ? demanda-t-il alors que le véhicule s'ébranlait doucement.

 —Oui et non, sourit-elle en écartant doucement les mâchoires fracturées du petit garçon, introduisant un objet en métal de la taille d'une pièce de 5 franc dans sa bouche.

 —Oui et non…

 —Vous avez des ordres, monsieur…

 —Je n'ai pas l'habitude d'obéir aveuglément ! Je ne jette pas mes hommes du haut d'un pont si on me l'ordonne…

 —Alors c'est que vous êtes intelligent.

L'officier la regarda longuement avant de demander à nouveau :

 —Vous êtes qui ?

 —Malheureusement pour votre carrière ici, une personne que vous auriez mieux fait de ne jamais rencontrer, j'en ai bien peur… expliqua-t-elle en faisant apparaitre un mini écran holographique ou s'affichèrent nombre de données concernant l'état de santé du jeune garçon. Son cœur ne bat plus et il ne respire plus, continua-t-elle.  Je lui ai injecté de quoi tenir une demi-heure. Pendant une demi-heure, son corps va se comporter comme si le sang continuait à circuler en véhiculant de l'oxygène.

 —C'est impossible…dit-il en fixant l'écran Holo, incrédule.

 —Jade, tu vas le soigner ? demanda Oan que l'enchainement des faits avait fait taire jusqu'à présent.

 —On va tout faire, oui, mon chéri, conclut-elle en soupirant, ennuyée par ce qu'indiquaient les données affichées sur son écran. Voilà, on arrive… Le portail va s'ouvrir… Capitaine, une femme va venir vous accueillir. Ne la provoquez pas. Surtout, ne la provoquez pas. Vos hommes peuvent partir, quant à eux.

Arrivé devant la villa, Jade ouvrit les portes du véhicule, tandis qu'Acha et Jalen venait récupérer le brancard.

 —Au labo, s'il vous plait, tous les deux, merci… Je vous laisse à ma sœur. Soyez poli… Et merci pour votre compréhension, capitaine, conclut-elle en s'éclipsant.

Orlane apparu en haut du perron, s'écartant pour laisser le passage au brancard, frôlant les lèvres de Jade au passage et passant sa main dans les cheveux d'Oan, avant de se replacer devant la porte, les bras le long du corps, les mains jointes devant elle.

Le capitaine attendit en bas des marches, ne sachant absolument pas quoi faire, tandis que le VSAB faisait demi-tour et repartait, suivant la route jusqu'au portail de la gigantesque propriété.

 —Vous pouvez monter… lança Orlane d'un ton peu amène en se tournant vers la porte et en pénétrant dans la villa. Ne touchez à rien… C'est gentil…

Celui-ci haussa les épaules. C'était le ministre de l'intérieur qui avait appelé en personne. Tant qu'il n'y avait pas de danger, il n'y avait pas à chercher à comprendre. Il monta les quelques marches du perron et pénétra dans la villa, après s'être soigneusement essuyé les pieds. Il suivit l'Immortelle au travers de la demeure pour finir par la traverser complètement et en ressortir, débouchant sur la piscine. Oan était déjà en train de boire un jus de fruit, assis à l'une des tables de la terrasse.

 —Vous voulez bien déposer votre arme, je vous prie ? fit une nouvelle voix, en provenance de la piscine. Elles rendent Orlane nerveuse…

Une tête dépassait des margelles, le reste du corps occulté par la piscine. Le capitaine fixa les yeux gris pendant peut être une dizaine de secondes avant de détourner le regard et de déposer son arme de service sur l'une des tables, loin du garçon tandis que May apparaissait, ennuyée, les yeux rouges.

 —Jade s'en prend à moi, elle, elle…

 —J'y vais annonça Orlane en disparaissant.

 —Ça va pas ? demanda Oan, éprouvant une grande affection pour May depuis le soir où elle était venue le récupérer dans le jardin.

 —Je ne vais pas assez vite, expliqua tristement May. Je n'arrive pas à aider Jade… Alors elle s'est un peu énervée…

 —On ne peut pas demander plus que ce que les gens peuvent accomplir, sourit Lournn-Go'Ha, ne t'inquiète pas. Orlane va te remplacer, prend un jus de fruit. Vous aussi, monsieur, servez-vous, fit-elle avant de retourner  au fond de l'eau.

 —Orlane sait opérer les gens ? demanda Oan, très surpris.

 —Orlane sait faire beaucoup de choses, Oan… Elle taquine tout le temps. Elle est espiègle… Mais en cas de coup dur, elle est toujours là. Comme Jade et Lourna. C'est comme ça. Mais elle n'aime pas le montrer, c'est tout, sauf quand il n'y a pas le choix… Servez-vous un jus de fruit, monsieur, continua May, c'est volontiers.

 —Merci, ça va aller… Vous pouvez m'expliquer ce que je fais là ?

 —Ha ça, je n'en n'ai aucune idée…

 —Vous n'en n'avez aucune idée…

 —Et même si c'était le cas, ce qui l'est un peu tout de même, je laisse le soin à Jade, Orlane ou bien Lourna de vous l'expliquer…

 —Jade est la jeune femme blonde. Orlane ?

 —Sa sœur qui vient de partir me remplacer. Et Lourna est au fond de la piscine…

 —Depuis presque 5 minutes…

 —Si vous le dites.

 —Avez-vous une compagne, Capitaine ? demanda Lourna, sa tête émergeant à nouveau de la piscine.

 —Je suis marié, oui, madame.

 —Des enfants ?

 —Deux…

Et elle replongea. Au bout d'une demi-heure elle finit par sortir de la piscine, dans un maillot de bain deux pièces extrêmement correct, dû au départ à la présence d'Oan et prit une serviette pour se sécher.

 — Si grave que ça, May ?

 — Oui…

 — Venez, capitaine, suivez-moi. Rassurez-vous, fit-elle en souriant franchement, dévoilant ses crocs. J'ai passé l'âge de jouer.

            L'officier jeta un œil à Oan, puis sur May. Il estima les chances qu'il avait de réussir à attraper son arme, à enlever le cran de sécurité, à viser, à tirer… Elles étaient nulles.

"Les gens ne disparaissent pas comme ça, songeat-il. J'ai une femme, des enfants, des amis, ma brigade. Non, nous ne sommes plus au moyen âge."

 Il ignorait à qui, ou à quoi, il avait à faire. Mais le ministre en personne lui avait demandé d'intervenir. Il fut surpris de trouver Lournn-Go'Ha à côté de lui. D'un geste, elle l'invita à pénétrer dans la maison. Le cœur battant à tout rompre, songeant à sa femme et à ses deux enfants, il la suivit lentement, pour s'apercevoir que son hôtesse avait choisi de passer le long de la table ou était posé son arme. Son rythme cardiaque s'accru encore. Il frôla le meuble, hésita une fraction de seconde, pour finalement laisser ses bras pendre le long de son corps et suivre la jeune femme, conscient qu'elle avait essayé de lui faire comprendre quelque chose.

— Je vais mourir ? demanda l'homme une petite heure plus tard, en remontant du labo de Jade, suivant Lournn-Go'Ha.

 — Mourir ? Là ? Tout de suite ? Non, capitaine. Vous allez avoir une mutation et un avancement. Plus un numéro de téléphone, le mien. Au cas, ou, un jour la vie vous jouerez des tours. Vous avez vu ce que nous sommes capables de faire. Dans 3 ou 4 jours, ce petit garçon sera complètement rétabli. Je vous demande de faire patienter ses parents, c'est tout. Inventez ce que vous voulez. Un hôpital de l'armée, je ne sais, moi. Mais faites en sorte que nous ne soyons pas inquiétés. C'est tout ce que je vous demande.

            Le capitaine demeura silencieux jusqu'à ce qu'il retourne au bord de la piscine et fini par demander :

 — Que la vie me joue des tours ?

 — Le genre de tour subit par ce jeune enfant, par exemple. Voyez-vous, il y deux façon de s'assurer de la loyauté d'autrui. Et, à présent, je préfère de loin la douce, celle qui profite à tout le monde.

 — Madame…

 — Oui capitaine ?

 — Vous pourriez sauver des milliers de vie…

            Lournn-Go'Ha hésita quelques instants, avant de se retourner lentement et de plonger son regard dans celui de l'officier qu'elle avait en face elle.

 — Vous avez un bon fond. Vous êtes empathique. Mais vous avez une femme, et deux enfants. Je ne peux vous prendre à mon service. Et croyez bien que je le regrette.

Pour répondre à votre question, rien que le contenu de la seringue que jade a injecté en priorité, vaut la rançon d'un roi. Oui, nous pouvons sauver une vie, ou deux, de temps en temps. Mais à grande échelle, c'est tout bonnement impossible. Je ne suis pas sûre qu'un gouvernement, même pour sauver un président, soit prêt à dépenser le budget utilisé par Jade aujourd'hui, car il est tout simplement colossal. Mais un jour, oui, certainement, nous pourrons faire ce dont vous me parler. C'est une certitude.

Vous avez vu mes dents. Vous avez vu, et je l'ai fait intentionnellement, le nombre de minutes que je peux passer sans respirer. Vous avez compris, n'est-ce pas ? J'ai tout fait pour.

Un jour, Capitaine. Un jour. Mais pas avant de très nombreuse années. Nous espérons réaliser de grandes choses, mais, même pour nous, le temps est une contrainte non négligeable.

            Après un long temps d'hésitation, le capitaine finit par murmurer :

 — C'est plus que secret défense… Et vous me laisser repartir avec tout ce que je sais ?

 — Vous avez mon numéro, capitaine. Il ne changera jamais. Où que vous soyez, si un jour, vous aviez besoin de ma sœur. Pour un enfant, pour votre femme, pour un petit fils. Pour un évènement qui vous semblerait dramatique, injuste. Composez-le. Le jour, la nuit.

 Oui, finit-elle dans un sourire, se dirigeant vers la piscine. Vous avez bien du comprendre, capitaine, que nous n'avions pas énormément besoin de dormir…

— C'était joué d'avance, n'est-ce pas ? hésita Jade une semaine plus tard, en montrant la lettre qu'elle venait de recevoir. Lettre accompagnée d'un gigantesque bouquet de fleurs.

            Lourna parcourut des yeux le papier que lui tendait Jade, avant de soupirer légèrement :

 — Plus ou moins, oui.

 — Quatre ans que je vais là-bas plusieurs fois par jour. Elle m'a reconnue… Tu crois que …

 — Non, elle ne bougera pas. Jamais. C'est une maman. Néanmoins, autant s'en assurer, à vie. Je vais aller la voir.

 — Tu préfères que j'y aille moi ?

 — Non, je vais le faire. Que les choses soit bien claires, entre elle est moi.

            Orlane entra dans le salon à ce moment-là, intriguée, jusqu'à ce que Lourna lui tende la lettre reçu par Jade en fin de matinée.

 

 

"Dieu vous bénisse, Madame. Qui que vous soyez, Dieu vous bénisse. Merci, merci. Quelques soit vos raisons, merci, merci, merci encore, Madame.

Jamais, jamais je ne vous trahirais, jamais. Vous m'avez rendu mon petit Alexandre. Que dieu vous bénisse, Madame, que Dieu vous bénisse."

 — Ben au moins, c'est clair… murmura Orlane.

 — Il reste deux semaines d'école, à présent. Avant que l'année ne soit finie. Jade, j'aimerais, je préfèrerais, qu'Oan finisse ces deux semaines ici. L'année prochaine, au collège, il sera noyé dans la masse.

 — Oui, souffla lentement Jade. Nous ne sommes plus à deux semaines prêt, de toute façon… Le capitaine a échoué…

 — Non, affirma Lournn-Go'Ha, en secouant la tête. Non, Jade. Il a fait ce qu'il a cru bon de faire. Il sait jauger les gens, crois-moi. S'il a parlé à cette femme et, peut-être, à son mari, il l'a fait en connaissance de cause. Les gens comme lui sont rares. Pour mon malheur, il est bien trop ancré dans sa vie, pour pouvoir nous rejoindre. Il est rare, que j'éprouve des regrets. Et pourtant, pour moi, cette personne en demeurera un.

Bonjour.

Si vous débarquez ici pour la première fois, n'hésitez pas à jeter un oeil au Prologue.

Bonnes lectures à toutes et à tous.

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