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L'Orichalque, un roman de Peter Dussoni.

Chapitre 34 : Ce n'est pas ma soeur !

Chapitre 34 : Ce n'est pas ma soeur !

            Comme promis, Sabine fut présente à tous les Noëls et tous les anniversaires d'Oan. Mais au fil du temps, ils s'éloignèrent lentement l'un de l'autre. Sabine semblait avoir trouvé une personne pour partager ses nuits et Oan avait à présent bien plus l'impression que sa vraie sœur était Jade et non pas celle qu'il n'avait que rarement vue pendant son enfance et qu'il ne voyait plus à présent que deux fois par an.

            A l'inverse, c'est Lournn-Go'Ha qui parut au fil des années prendre un plaisir infini à l'avoir pour quelques temps à ses côtés. Quand Sabine arrivait, Lournn-Go'Ha était invariablement la dernière à la saluer. Elles se frôlaient mutuellement les lèvres et se serraient ensuite chacune sur le cœur de l'autre de très longues minutes. Au cours de chacune des deux semaines de vacances que s'octroyait l'ancienne militaire, elle et Lourna promenaient dans la propriété, souvent main dans la main, semblant simplement heureuses de pouvoir deviser tranquillement.

— Elles se parlent au téléphone plus d'une heure par semaine, avait expliqué Orlane à Jade, juste par plaisir. Elle arrive à me la faire rire… Lourna n'a jamais eu d'amie, tu comprends… Nous, ce n'est pas pareil… Elles discutent de tout et de rien, un peu comme nous quand on boit le thé. Je suis heureuse. Sabine lui fait du bien. Lourna est toujours légèrement triste quand elle doit repartir.

— Rien ne dure éternellement, n'est-ce pas ?

— Non, c'est sûr, un jour elle n'aura plus besoin d'être là-bas...

             C'est arrivé vers quatorze ans qu'Oan se décida à courir absolument tous les jours avec Jade, quel que soit le temps. Une habitude qui ne devait plus jamais les quitter. C'est également à cette période qu'il se prit de passion pour le dessin, dans le plus pur style japonais. Ils couraient pendant des heures sur le front de mer, ne s'arrêtant que pour laisser le jeune homme souffler de temps en temps.

            Ce fut lors d'un hiver, au cours de l'une de ses pauses, alors qu'Oan allait sur ses dix-sept ans, que Jade déclara dommage le fait de ne pas pouvoir se baigner, car elle en avait envie.

— Tu ne crains pas l'eau froide…

— Oui, mais je n'ai pas de maillot…

            Il hésita puis déclara franchement pouvoir fermer les yeux, si elle le désirait. Jade le regarda longuement, très longuement et finit par accepter :

— Ne me déçois pas, Oan… Ne me déçois pas…

            Il ferma non seulement les yeux, mais tourna également le dos à la mer, jusqu'à ce qu'une main froide se pose sur son épaule.

— Merci, ça m'a fait du bien, tu peux ouvrir les yeux, je me suis rhabillée. On peut repartir. Oan avait quasiment dix-sept ans. Il avait toujours regardé Jade comme une grande sœur. Personne ne peut dire ce qui se serait passé si Jade n'avait pas éprouvé l'envie de se baigner ce jour-là. Mais pour le jeune homme, tout bascula sans qu'il ne s'en rende immédiatement compte.

Sa sœur n'était pas sa vraie sœur, justement… Il lui sembla la regarder avec un regard d'adulte pour la première fois. Et ce qu'il vit avec ce nouveau regard lui plut énormément... Un petit peu après ses dix-huit ans, il lui demanda pour la première fois si elle voulait bien aller prendre un verre avec lui, en ville et, pourquoi pas, faire un billard, ce que Jade accepta bien volontiers. Après leur départ, Orlane vint ceinturer son amante de ses deux bras, posant sa tête sur son épaule, épousant son dos. Toutes deux les regardant partirent en moto, de la fenêtre.

— Je ressens sa souffrance d'ici…

— Oui, répondit Lournn-Go'Ha

— Elle ne voit rien…

— Elle ne veut pas voir, Orlane, elle ne veut pas voir.

— Mis à part nous, personne n'a jamais été aussi proche d'elle, personne. Ils se connaissent presque par cœur. Il lui faut quoi ?

— Un déclic, ma chérie, un déclic…

— Elle le trouve peut-être trop jeune ?

— Elle a plus de 400 ans. Tout le monde est jeune… Il viendra te voir, un jour, Orlane. Il n'ira pas voir May, ni moi. Il viendra te voir, toi.

— Je sais, oui. Mais je ne sais pas ce qui se passera…

Oan et Jade passèrent la majeure partie de leur temps ensemble, un dernier été, à courir, faire du sport et sortir le soir, souvent toute la nuit, alors qu'Oan marchait à présent sur ses 22 ans.

            Ce fut un matin, après être allé courir avec la femme qu'il aimait et qui ne semblait s'apercevoir de rien, qu'il alla trouver Orlane, ainsi que l'avait prédit longtemps à l'avance la plus ancienne des Immortelles.

— Orlane… commença-t-il

— Oui mon chéri, je sais… Je sais… Tout le monde le sait… Sauf elle…

— Je le montre à ce point ?

— Toujours l'air malheureux, oui… Toujours à la chercher du regard… Toujours à essayer de trouver un truc à faire avec elle…

— C'est mal ?

— Non, du tout. Tu sais ce qui risque de se passer ?

— Oui, je risque de perdre le peu que j'ai…

— Tu préfères quoi ? Tout est dans cette question… Tu gardes une sœur ? Ou tu tentes le tout pour le tout pour avoir mille fois plus ?

— Je tente le tout pour le tout...

— Alors fonce. Je connais ma sœur par cœur. Elle va d'abord prendre une très longue douche, brulante. 20 ou 30 minutes. Ensuite, elle va se passer un peignoir et seulement ensuite, se sécher les cheveux.

            Va la rejoindre dans la douche, c'est ce que je ferais moi. Tu attends bien d'entendre le sèche-cheveux, pour ne pas lui tomber dessus quand elle est nue, parce que là, même toi, je pense que tu aurais de gros problèmes... Et tu lui déballes tout… Essayer de l'embrasser à un moment ou à un autre ne marcherait pas, à mon avis. Non, vas-y, et vide ton sac. Laisse parler ton cœur, on verra bien. On est avec toi, Oan, on t'aime…

— Merci Orlane, fit le jeune homme en se dirigeant lentement vers la grande salle de bain.

 

 

Bonjour, le Prologue est ici.

Bonnes lectures à toutes et à tous.

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